La saint-jacques, reine des mers
LE MONDE | 06.10.05 | 13h07 Mis à jour le 06.10.05 | 14h39
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La pêche à la coquille saint-jacques, rouverte depuis le 3 octobre, est strictement encadrée selon les zones de pêche : seulement quatre jours par semaine et 250 kg par jour et par homme embarqué sur le littoral de la Manche. En fait, la coquille Saint-Jacques ne se pêche pas, elle se drague. C'est ce qui permet de relever les infractions à l'obligation de pesée et au passage en criée, car l'espèce, fragile et menacée, est étroitement surveillée.
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Saint-Jacques dorées à la fondue d'endives
Recette de Jean-Pierre Crouzil
Pour 4 personnes : 8 noix de coquilles saint-jacques ; 600 g d'endives ; 2 échalotes ; 1 jus de citron ; 15 g de sucre ; 150 g de beurre ; 1 cuillère à soupe de ciboulette ; sel et poivre blanc. Laver et tailler les endives en julienne. Dans une casserole antiadhésive, faire suer les échalotes dans 50 g de beurre. Ajouter les endives, le sucre et le jus de citron. Saler, poivrer, faire suer à couvert quinze minutes. Egoutter et conserver le jus dans une casserole. Remettre les endives à feu doux pour les colorer. Monter par ailleurs le jus avec 100 g de beurre. Mixer énergiquement. Poêler les noix de saint-jacques préalablement coupées en deux et les disposer autour du dôme d'endives. Arroser les noix avec la sauce et saupoudrer de ciboulette.
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La récolte est interdite, par exemple, jusqu'à nouvel ordre, à proximité de l'estuaire de la Seine en raison de la présence d'une algue toxique microscopique appelée dinophysis . Dans le même temps, à Brest, lors des 9es entretiens sur "le littoral et les avancées scientifiques" (Océanopolis, 7 et 8 octobre), les scientifiques doivent faire le point sur le rôle bénéfique des mini-escargots parasites de la saint-jacques, appelés crépidules, qui ont vaillamment débarrassé la rade de Brest des algues toxiques et, accessoirement, du plus dangereux des prédateurs de la coquille, l'étoile de mer.
"Echangerais dinophysis contre crépidules " : c'est aujourd'hui le casse-tête de l'Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer), le gendarme des hauts fonds, dont la vigilance et la politique de quotas (bravée, hélas, par les braconniers) permettent aujourd'hui le retour dans nos assiettes de la saint-jacques, le plus prestigieux de nos mollusques marins. Sur la côte normande, fraîche et entière, elle bénéficie même d'un label rouge.
ATTRIBUT DU PÈLERINAGE
A la différence de ses congénères, huîtres creuses et plates de pleine mer, palourdes, ormeaux et coques, la saint-jacques vit en bandes organisées sur des fonds sablo-vaseux entre 20 et 50 mètres, enfouie sur sa partie convexe. Pecten maximus, c'est son nom scientifique, est abondante des côtes de Norvège jusqu'au nord de l'Espagne, en Galice, au large de Compostelle.
Elle est, là-bas, un attribut du pèlerinage suscité par le plus étrange des saints du calendrier, Jacques l'apôtre, évangélisateur de l'Espagne, qui dispose avec Hermès Trismégiste de la capacité de déclencher le tonnerre. Une figure légendaire et sympathique au demeurant : "faire le jacques" , c'est s'amuser, ce dont les Frères Jacques, dont aucun ne porte le prénom, ne se sont pas privés. La jaquette ornée de la coquille et du bourdon est le pourpoint que portent les pèlerins. Le "jakin", pour les férus d'ésotérisme, est une colonne du temple de Salomon.
Ailleurs en Méditerranée, la coquille est avant tout celle de la naissance de Vénus, peinte par Botticelli. Il n'est donc pas étonnant que la coquille Saint-Jacques, comme tous les pectinidés d'ailleurs, soit hermaphrodite. Sa glande génitale, à la fois mâle et femelle, qui assure sa reproduction, est appelée "corail" par euphémisme. Son intérêt gustatif est nul, alors que son muscle adducteur, appelé noix, est l'un des mets les plus délicats, en raison tant de son goût que de sa texture.
C'est un produit recherché, donc assez cher, ce qui suscite des contrefaçons. Les Anglo-Saxons, qui ne connaissent pas véritablement la saint-jacques peut-être parce qu'ils sont trop éloignés de Compostelle ? désignent par un seul mot saint-jacques et pétoncles. L'Organisation mondiale du commerce, en 1996, a donc décidé de classer les deux produits sous un même libellé : scallops pour désigner Pecten maximus , qui est notre bonheur, mais aussi bien jacobaeus et fumatus , ou bien les pétoncles aux noms scientifiques de chlamis, placopecten ou patinopecten, de provenance canadienne ou australienne et d'un bien moindre intérêt gustatif.
Françaises, écossaises ou irlandaises (vérifier les étiquettes sur les cageots), on les achètera de préférence vivantes et en coquille, pour éviter le trempage, qui augmente le poids jusqu'à 50 %, avec en prime quelques additifs pour la conservation, le blanchiment et la rétention. Dans la poêle, la saint-jacques rejettera cette eau, comme au temps du veau aux hormones. Notons toutefois que le trempage, en principe, est interdit en France.
Il existe au moins cent manières de préparer les saint-jacques, nous dit le chef breton Jean-Pierre Crouzil : à la provençale, au safran, au vin jaune, en tempura, au sirop d'érable, au fruit de la passion... La saint-jacques excite l'imagination de cet excellent cuisinier. La plupart de ses recettes sont divines, mais l'une saint-jacques farcies au caviar avruga (sic) est proprement diabolique.(Le tribunal de grande instance de Paris vient d'ailleurs de statuer (le 24 juin 2005) sur cette appellation, considérée comme "trompeuse et de nature à créer une confusion dans l'esprit du consommateur". )
UN PEU D'AMERTUME
Cuite, crue ou légèrement marinée, poêlée, grillée, cuite à la vapeur, en papillote, à la plancha, à la nage, au four avec une noix de beurre salé, ou encore lutée, la saint-jacques est mise en valeur par d'innombrables sauces et condiments, à la condition qu'ils respectent sa délicatesse et son discret parfum de noisette. Un peu d'amertume ne lui nuit pas. Celle de l'endive est bénéfique dans la recette de Fredy Girardet saint-jacques aux endives et citron vert , ou bien la coriandre dans la papillote de saint-jacques et langoustines à la coriandre.
Sont bannies aujourd'hui les préparations pimentées, le gruyère, le jambon, la béchamel couverte de chapelure et qu'il convenait de faire gratiner au repas dominical. On se contente désormais de saisir la noix une minute de chaque côté à la poêle antiadhésive avec quelques gouttes à peine d'huile d'olive, avant de la condimenter.
Les gourmets abandonnent le corail à leur chat. Chez Benoît, le grand bistrot parisien cédé récemment par Michel Petit à Alain Ducasse "à la condition qu'il maintienne l'esprit de sa cuisine ", on a remis à l'honneur les saint-jacques à la grenobloise, avec câpres, demi-tranches de citron pelées à vif et mini-croûtons de pain de mie dorés qui relèvent un fumet, obtenu, une fois ôtée la poche noire, par réduction des bardes qui tapisse le pourtour de la noix. Alors la coquille Saint-Jacques règne sur la table des grands jours.
Jean-Pierre Crouzil, 20, les Quais. 22 130 Plancouët.
Tél. : 02-96-84-10-24. Mes 100 recettes de saint-jacques , Jean-Pierre Crouzil (Minerva, 2005, 192 p., 32 ). Chez Benoît, 20, rue Saint-Martin, 75004 Paris. Tél. : 01-42-72-25-76. Tous les jours. Menu au déjeuner : 38 . A la carte, compter 65 .
Jean-Claude Ribaut
Article paru dans l'édition du 07.10.05