Mes chers amis
Le thème de nos universités dété vous aura peut-être surpris. Pourquoi avoir choisi la problématique du progrès technologique et plus précisément lexemple des nanotechnologies alors que lactualité regorge de sujets environnementaux , que la crise économique liée au prix du baril, aux rigidités françaises et à la baisse du pouvoir dachat, menace, que la grippe aviaire est à nos portes, que la réforme des institutions est à lordre du jour ?
Tout simplement parce que nous avons toujours au moins une longueur davance.
Les sujets qui sont aujourdhui dans lactualité ont été largement débattus lors de nos précédentes universités dété et surtout lheure nest plus ,en ce qui nous concerne, au constat.
Celui-ci est accablant et les catastrophes se succèdent les unes aux autres. Le cyclone de la Nouvelle Orléans est sans doute un des symboles les plus forts qui nous ait été donné de notre triple faiblesse.
- faiblesse à légard des éléments naturels . La régularité des évènements météorologiques extrêmes annonce la dimension des catastrophes à venir, liées au changement climatique
- faiblesse des institutions et des systèmes dorganisation . Comment les Etats Unis, première puissance économique mondiale ont-ils pu donner une telle image dincapacité et dinefficacité à sauver les vies humaines ? Serions nous capables dêtre plus efficaces si une telle catastrophe nous arrivait ?
- faiblesse de lespèce humaine quand tout vernis civilisationnel disparaît et que la sauvagerie à létat pur se manifeste, transformant une ville traumatisée en un immense Far West ?
Le constat est là et lurgence de laction est extrême, au niveau planétaire comme au niveau national. Cest donc sur les voies de sortie quil faut réfléchir et cest donc un projet quIL FAUT CONSTRUIRE.
Deux voies majeures se dessinent aujourdhui :
- celle qui consiste à croire que lon peut inventer lélectricité en bricolant la bougie. Autrement dit, une voie qui consiste à maintenir le cap sur une croissance infinie, sur le développement du transport, sur notre modèle actuel en tolérant des modifications à la marge pour sadapter au coût de lénergie. Cette conception, largement répandue dans la classe politique française, à droite évidemment mais aussi dans une grande partie de la gauche pense que lhomme a toujours trouvé les solutions techniques et que les solutions viendront au fur et à mesure ; que le pétrole est encore présent pour 50 ans et quil reste le seul combustible réaliste pour faire tourner la machine économique.
- celle qui considère que sans changement de paradigme, lhumanité est vouée à sa perte. Autrement dit, il ne peut y avoir de solution envisageable à la crise écologico-sanitaire à laquelle nous sommes confrontés sans que nous changions de mode de pensée, de modes de production et de consommation, de mode dorganisation sociale.
Mais, à ce stade de lanalyse , deux écoles saffrontent :
· celle des pessimistes qui pensent que la situation est perdue et que la seule lueur despoir se trouve dans la décroissance, cest-à-dire la réduction massive de la consommation des pays industrialisés et dans un rationnement plus ou moins progressif des ressources (eau, énergie, sol, matières premières) avec la crainte légitime de voir apparaître des régimes autoritaires pour gérer la pénurie
· celle des optimistes qui pensent que laction humaine peut encore avoir un impact, si elle est massive et qui voit dans la conversion à léco-économie la solution pour y parvenir. Soyons clairs. Cest à une révolution culturelle autant quéconomique que nous sommes appelés car notre mode de vie en sera profondément modifié , à commencer par nos déplacements ; notre consommation alimentaire( finis les haricots verts du Kenya ou les cerises à Noël), notre manière de consommer en général, les modes de production seront bouleversés : énergie, économie des matériaux, traitement des déchets, production végétale à usage ou non alimentaire , habitat, vont changer. Au plan public, la comptabilité publique, la fiscalité et en particulier les bases à imposer, les grands choix publics devront être bouleversés. Nous y reviendrons.
Cest très clairement ce choix que je vous propose et il nest envisageable que pour autant que le progrès technologique soit au rendez-vous. Oui, mais le progrès technologique est précisément à la source de lessentiel de la crise contemporaine que ce soit sur le plan sanitaire avec la chimie ou sur le plan climatique avec le pétrole. Dans ces conditions, comment faire en sorte que les conditions du progrès technologique soient telles quil ne se retourne pas contre nous et quen définitive le prix à payer ne soit pas largement supérieur aux bénéfices réels. Doù lintérêt de nos travaux pour essayer, à partir dune des technologies les plus porteuses, celle des nanotechnologies , de définir les voies dun autre changement de paradigme qui nous évite les catastrophes du passé.
Sur cette base, quel pourrait être un projet politique et quelles propositions contiendrait-il ?
Tout dabord, un précision méthodologique. Parmi les très nombreux reproches qui peuvent être formulés à lencontre non seulement des politiques actuelles, mais encore des propositions qui fleurissent , figure labsence de projection dans le futur et donc labsence totale de mise en cohérence et en perspective des propositions qui sont faites. Prenons un exemple : celui de la fiscalité. Deux débats sont agités aujourdhui : la réforme de limpôt sur le revenu et la fiscalité pétrolière.
Pour la première, il sagit de réformer les tranches pour alléger la fiscalité. Pourquoi pas, à la condition de répondre préalablement à la question : comment compense-t-on ? par une baisse corrélative des dépenses, mais alors il faut commencer par les définir ou par laugmentation des autres recettes, mais alors lesquelles ? peut-être tout simplement léconomie en terme de gestion qui serait réalisée par le passage à la retenue à la source permettrait-il de financer une partie de la réforme ? Le gouvernement est il prêt à le faire ? Pour ma part, je plaiderai volontiers pour la généralisation de la retenue à la source avec un partage du gain entre la réduction de la dette et la baisse de la fiscalité, justement répartie. Pour la fiscalité pétrolière, le bon sens le plus élémentaire devrait conduire, comme vient de le proposer la Cour des Comptes, à augmenter les taxes et non à les baisser à la fois pour internaliser les coûts externes du carbone et de la pollution et pour rendre plus attractives les solutions de substitution. La contrepartie serait pour les consommateurs la constitution dun fonds, alimenté comme nous lavons proposé voici un mois par les éventuels surplus fiscaux liés à la hausse du pétrole et surtout par une taxe spécifique sur les super-bénéfices des sociétés pétrolières. Ce fonds pourrait financer, pour partie en subvention, pour partie en avances remboursables avec ou sans intérêt le changement dénergie : passage au renouvelable pour le chauffage et leau chaude, achat dun véhicule GNV, hybride, ou électrique pour le transport. Au delà, cest bien sûr toute la fiscalité de lénergie qui doit être pensée, ce qui conduit à une réflexion sur ce qui doit être imposé. Aujourdhui, cest le travail et la création de valeur ajoutée qui sont imposés. Sagit-il des bonnes bases ? Ne faudrait-il pas, en tenant évidement compte de la compétition des systèmes fiscaux, détaxer le travail et taxer lutilisation des matières premières, les produits générateurs de co2, lespace utilisé ? En tous cas et pour commencer, le gisement déconomies le plus considérable à faire est la SUPPRESSION de TOUTES LES SUBVENTIONS A LA POLLUTION. Il faut rappeler que nous subventionnons le pétrole ,le nucléaire, les pesticides, etc
Ce manque de mise en perspective crée une vision très impressionniste de la situation, empêche une construction raisonnée du futur et pour répondre à un souci , créé dautres déséquilibres. Si on admet donc la nécessité de se projeter dabord dans lavenir en définissant les priorités puis de faire des propositions dont la contrainte commune sera de sintégrer dans le projet, quelles seraient les priorités ?
- définir un projet éco-économique dans la perspective tracée par Lester Brown qui implique
· de transformer les critères actuels de la comptabilité publique pour faire des économies dénergie et de matières premières (eau y compris), de léco-efficacité et de la réduction des GES un critère majeur des choix publics. Sy adjoindrait à un rang équivalent de préoccupation la santé publique à commencer par la pollution chimique, électro-magnétique, radioactive. Dans ce cadre, devraient impérativement cesser le financement public voire même des autorisations données à des entreprises privées pour des activités dont limpact sanitaire est probable. Le principe de précaution , conçu comme comme un principe de recherche, daction et de financement dalternative devrait être réellement appliqué et cest un minimum.
· Dengager sans tarder un immense effort en RD dans cette direction. Notre opposition à la réalisation dun EPR, imposé par le Parlement et le Gouvernement qui poussent le mépris du public jusquà organiser un débat public , censé être la phase préparatoire à la prise de décision, vient en particulier du fait que les 3Mds deuros du prototype auraient été mieux utilisés à investir sur le renouvelable, la bio-énergie et les bio-matériaux, et plus généralement les éco-industries
· Revisiter la fiscalité positive et négative pour doper le secteur industriel émergent par une véritable demande
· Réorienter les choix publics en faveur de grandes infrastructures autres que la route : fer, transports publics, cabotage
Ceci nimplique évidemment pas la politique de braderie des autoroutes qui nous prive des moyens de financer les infrastructures ferroviaires ou autres
· Redéfinir les bases dune politique agricole, garantissant grâce à lusage des sols des revenus complémentaires : valorisation de la totalité de la plante, bio-énergie, éolien
Cest à partir de ce nouveau développement , dématérialisé autant que faire se peut , que la création demplois pourra devenir une réalité et non un leurre. Ceci nexclut pas que les charges pesant sur le travail et nous lavons rappelé- diminuent.
Cette transformation ne peut se faire sans une réforme radicale du mode de gestion des rapports sociaux et des institutions politiques
- Les institutions politiques sont à repenser et les propositions fleurissent qui traduisent lépuisement du modèle de la Véme république , dû tant au système lui même quà sa dérive clientéliste, monarchique, et à contre sens de la modernité.
Une république nouvelle simpose, mais quel régime instaurer ? Parlementaire ou présidentiel. Nous aurons à en décider. Mais, à mon sens , 3 principes essentiels devront sappliquer :
· linstauration de la proportionnelle qui pourrait être intégrale avec un régime présidentiel, partielle avec un régime parlementaire pour permettre lémergence dune majorité stable
· un véritable pouvoir judiciaire couronné par une cour suprême réunissant Cour de Cassation et Conseil dEtat, garantissant la totale indépendance de lExécutif grâce à un Conseil Supérieur de la Magistrature ouvert à de non-magistrats mais sans lien avec lExécutif. Dans la même optique, le Conseil constitutionnel verrait sa composition modifiée pour réduire lincidence politique et faire prévaloir le droit
· la reconnaissance dune existence constitutionnelle de la société civile, complètement oubliée des projets qui circulent. Dune part, le Conseil Economique et Social pourrait jouer ce rôle à condition dy voir siéger des personnes élues par les différentes catégories socio-professionnelles et non y voir nommer les recalés du suffrage universel en mal de fins de mois ou les amis à récompenser. Dautre part, un droit au référendum dinitiative populaire devrait être reconnu , pour interdire à lavenir un scandale démocratique comme celui du référendum du Gers sur les OGM et des espaces de débat public ouverts entre la communauté scientifique, les décideurs publics, les citoyens et les acteurs économiques, espaces inexistants aujourdhui.
Je vous propose de mettre en discussion ce sujet sur internet pour recevoir vos suggestions et observations ainsi que celles de nos visiteurs.
- Les rapports sociaux sont trop tendus dans notre pays pour que des réformes en profondeur puissent être réellement engagées. La perte de la valeur travail, celui-ci nétant en réalité plus ni valorisé ni récompensé, pèse lourdement sur le rapport à l'emploi. La faiblesse numérique de nos syndicats, le manque dhabitude de vraies politiques de concertation, la dégradation du niveau de vie de la classe moyenne nous appellent à une transformation dans nos modes de travail.
Pour que les salariés soccupent de lentreprise, encore faut-il que lentreprise soccupe deux. Nous avons à construire, et la Responsabilité Sociale et Environnementale peut être un outil très utile à reconstruire un nouvel équilibre au sein de lentreprise entre les actionnaires, les salariés et les clients . La sécurité des produits et les questions de santé publique dans et hors de lentreprise pourrait être un excellent champ dexpérimentation à ce sujet. Plus généralement, la formation dans et hors de lentreprise est majeure. Nous devons à cet égard essayer dêtre beaucoup plus ouverts sur des formules souples, permettant de lier la question du temps de travail et celle de la formation.
Mais il va de soi que désormais la mondialisation conditionne notre vie et la compétition internationale nous apparaît comme ravageuse. Cest vrai lorsque lon est confronté aux délocalisations et aux pertes demplois dans des entreprises dont certaines sont étroitement liées à lhistoire . Mais lessentiel vient de notre perte de confiance en nous même et de notre capacité dinnover, dans les blocages administratifs qui rendent très difficiles linnovation, dans notre manque dhabitude dimporter les bonnes pratiques étrangères, dans lattachement de lEtat à un modèle centralisé. Lintégration dans lEurope, bien loin dêtre le bouc émissaire ou le repoussoir présenté par certains est une ardente obligation. Après léchec du referendum, qui n a pas été pour nous une surprise, nous avons à reconstruire . LEurope représente une chance unique de construire un modèle sur des valeurs qui sont les nôtres et à nous permettre de défendre à léchelle internationale un développement authentiquement durable.
Cest en définitive sur les valeurs et notre moral que je terminerai avant un mot de politique. Notre pays est triste alors que nos jeunes et les moins jeunes ont besoin doptimisme, despérance , de gaieté. Il va de soi que les temps ne forcent pas à une vision très positive de lavenir . Mais à force de naviguer entre le mensonge sur le mode RAS , circulez il ny a rien à voir, et le catastrophisme pas éclairé du tout, il ny aucun espoir ; No Future.
De la même manière, jeter par dessus bord, comme le font certains par souci électoraliste , les valeurs du pacte républicain à commencer par la laïcité, le respect de légalité des droits de toutes les femmes, à continuer par la probité et la morale la plus élémentaire, ne peut guère encourager à développer la solidarité et léthique.
Le projet de CAP21 est très ambitieux et porteur despoir. Il sagit dun projet mobilisateur et rassembleur bien au delà des clivages politiques traditionnels. Cest un projet du XXIéme siècle qui se situe en amont des questions de répartition des richesses qui traditionnellement séparent droite et gauche. CAP 21 est capable dallier valeurs de la République et projet européen, principe de précaution et éco-économie, lutte contre le terrorisme et combat pour une plus grande justice nord-sud etc
Au centre de léchiquier politique, nous sommes capables de proposer des solutions dites de droite ou de gauche. Mouvement se revendiquant écologiste, nous refusons de pencher vers un antimondialisme qui nous condamnant au statut doppresseur nous interdirait tout espoir.
Ce projet , je souhaite, avec vous le porter. Pour cela, notre parti doit être en ordre de marche pour pouvoir présenter 577 candidats aux législatives, être présents à toutes les échéances locales.
Quant à la présidentielle, je me déterminerai avant la fin de lannée. La priorité doit être désormais dans la construction dun projet profondément réformateur, humaniste, optimiste qui suscitera ladhésion de nos concitoyens.
Corinne Lepage. 10 septembre 2005