Une mauvaise constitution qui révèle un secret cancer de notre démocratieChers collègues et amis,Après six mois de réflexion intense, se cristallise une argumentation autour du "traité constitutionnel", à partir de lui mais au-delà de lui, une argumentation qui nest ni de droite ni de gauche, et qui montre un danger historique pour nous tous, au-dessus de la politique. Pour ces raisons, cette courte argumentation devrait intéresser les citoyens de tous bords.Il y a six mois, en septembre 2004, jétais, comme tout le monde, favorable à ce texte sans lavoir lu, par principe, "pour avancer", même si je savais bien que les institutions étaient très imparfaites. Je ne voulais pas être de ceux qui freinent lEurope. Je crois vraiment que limmense majorité des Européens, au-delà des clivages gauche/droite, aiment cette belle idée dune Europe unie, plus fraternelle, plus forte. Cest un rêve de paix, consensuel, très majoritaire.Je navais pas lu le texte et je navais absolument pas le temps : trop de travail
Et puis lEurope cest loin, et puis avec tous ces hommes politiques, je me sentais protégé par le nombre : en cas de dérive, il allait bien y en avoir quelques-uns pour nous défendre
et je me dispensais de "faire de la politique", cest-à-dire que je me dispensais de moccuper de mes propres affaires.Déjà des appels sélevaient contre le traité, mais ils venaient des extrêmes de léchiquier politique et pour cette simple raison, je ne commençais même pas à lire leurs arguments, restant en confiance dans le flot de lavis du plus grand nombre sans vérifier par moi-même la force des idées en présence.Et puis soudain, des appels sont venus de personnes non suspectes dêtre antieuropéennes. Jai alors lu leurs appels, sans souci des étiquettes, et jai trouvé les arguments très forts. Je me suis mis à lire, beaucoup, des livres entiers, de tous bords, Fabius, Strauss-Kahn, Giscard, Jennar, Fitoussi, Généreux, etc. et beaucoup plus darticles des partisans du traité parce que je voulais être sûr de ne pas me tromper. Et plus je lis, plus je suis inquiet. Finalement, aujourdhui, je ne pense plus quà ça, je ne dors presque plus, jai peur, simplement, de perdre lessentiel : la protection contre larbitraire.Je continue aujourdhui à lire toutes les interventions, ceux qui sont pour, ceux qui sont contre, je continue à chercher où est la faille dans mon raisonnement et le présent texte est un appel à réfléchir et à progresser : si vous sentez une faille, parlons-en, sil vous plaît, tranquillement, honnêtement, cest très important. Je peux me tromper, je cherche sincèrement à léviter, réfléchissons ensemble, si vous le voulez bien.Je sens que cest mon rôle de professeur de droit[1] den parler un peu plus que les autres, den parler à mes collègues, mais aussi à mes élèves, aussi aux journalistes. Je serais complice si je restais coi.Jai ainsi trouvé plus de dix raisons graves de sopposer à ce texte dangereux, et encore dix autres raisons de rejeter un texte désagréable, pas fraternel du tout en réalité. Mais les cinq raisons les plus fortes, les plus convaincantes, celles qui traversent toutes les opinions politiques parce quelles remettent en cause carrément lintérêt davoir une réflexion politique, me sont apparues tardivement car il faut beaucoup travailler pour les mettre en évidence. Ce sont ces raisons-là, les cinq plus importantes, sur lesquelles je voudrais attirer votre attention et solliciter votre avis pour que nous en parlions ensemble, puisque les journalistes nous privent de débats publics. Dans cette affaire d'État, les fondements du droit constitutionnel sont malmenés, ce qui rappelle au premier plan cinq principes traditionnels conçus pour protéger les citoyens. 1. Une Constitution doit être lisible pour permettre un vote populaire : ce texte-là est illisible.2. Une Constitution nimpose pas une politique ou une autre : ce texte-là est partisan.3. Une Constitution est révisable : ce texte-là est verrouillé par une exigence de double unanimité.4. Une Constitution protège de la tyrannie par la séparation des pouvoirs et par le contrôle des pouvoirs : ce texte-là norganise pas un vrai contrôle des pouvoirs ni une réelle séparation des pouvoirs. 5. Une Constitution nest pas octroyée par les puissants, elle est établie par le peuple lui-même, précisément pour se protéger de larbitraire des puissants, à travers une assemblée constituante, indépendante, élue pour ça et révoquée après : ce texte-là entérine des institutions européennes qui ont été écrites depuis cinquante ans par les hommes au pouvoir, à la fois juges et parties. Préalable : Constitution ou traité ? Quelle est la juste qualification de ce projet ?Il faut rappeler ce quest une Constitution et pourquoi on entoure son élaboration de précautions particulières.Une Constitution est un pacte passé entre les hommes et leurs gouvernants. Cest parce quils ont signé ce pacte que les hommes acceptent dobéir aux lois. Cest par ce pacte que lautorité trouve sa légitimité. Ce pacte doit protéger les hommes contre linjustice et larbitraire. Les principes dont on va parler servent à garantir que le pacte joue son rôle protecteur et que les hommes pourront le contrôler.Le projet de Traité établissant une Constitution pour lEurope (TCE) est exécutoire sans limitation de durée[2], il simpose sur presque tous les sujets essentiels à la vie des gens[3], sa force juridique est supérieure à toutes nos normes nationales (règlements, lois, Constitution)[4], il met en place les grands pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire) et il en règle les équilibres. Le projet de TCE est donc, par nature, une Constitution, il fixe "le droit du droit". Les débats en cours montrent que ce préalable est au centre des réfutations. Je renforce donc mon affirmation par une citation dOlivier Gohin, professeur à lUniversité de Paris II : « Le nouveau Traité est une véritable Constitution dès lors quelle correspond à la définition matérielle de toute constitution : organisation des pouvoirs publics et garantie des libertés fondamentales, avec identification dun pouvoir constituant (
) la nouvelle Union européenne réunit, dès à présent, les éléments nécessaires de la définition de lÉtat »[5].De plus, la primauté du droit européen, même dun simple règlement, sur lensemble du droit des États membres, même sur leur Constitution, est fortement démontrée par plusieurs professeurs dUniversité qui tempêtent évidemment contre ce séisme juridique sciemment sous-évalué par le Conseil Constitutionnel (voir les textes de Frédéric Rouvillois et Armel Pécheul, note 4)Le plus important nest donc pas, à mon avis, la qualification que les auteurs ont eux-mêmes donnée à leur texte, puisque les principes dont on va parler servent à protéger les citoyens contre des institutions dangereuses : tout texte fondamental qui définit ou modifie les pouvoirs des institutions devrait donc respecter ces principes, quelle que soit sa dénomination officielle.Est-ce que ce texte à vocation constitutionnelle, donc, offre les garanties quon peut en attendre ?[6]Premier principe de droit constitutionnel : une Constitution est un texte lisible.Une constitution doit être acceptée, directement, par le peuple qui sy soumet. Pour que cette acceptation ait un sens, il faut que le texte soit lisible par le peuple, celui qui va signer (et pas seulement par des experts).De ce point de vue, le "traité constitutionnel" est long et complexe[7] : 485 pages A4, soit presque une ramette (dans la version compacte actuellement disponible sur le site http://www.constitution-europeenne.fr). Cette longueur, unique au monde pour une Constitution, se double dune multiplicité de renvois qui la rendent simplement illisible pour les citoyens de base.Certains points importants comme la définition des SIEG napparaissent pas dans le texte[8].Des contradictions apparaissent même entre des parties éloignées[9].Pour illustrer encore la difficulté de lecture de ce texte, on doit relever également, et cest grave, labsence de liste des domaines dans lesquels chaque institution peut créer le droit. Ainsi, on ne trouve nulle part (et on peut donc parfaitement ignorer quexiste) la liste des domaines où le Parlement européen est complètement tenu à lécart du droit de légiférer (ce nest pourtant ni banal, ni anodin). Pour connaître cette répartition, il faut scruter les centaines darticles un à un, en espérant de ne pas en avoir oublié (voir plus loin). Est-ce quon peut parler de lisibilité ?Dautres articles importants, comme larticle I-33 qui institue les "actes non législatifs" (règlements et décisions) qui permettent à une Commission (non élue) de créer sans contrôle parlementaire des normes aussi contraignantes que des lois[10], ne sont pas suivis dune liste contrôlable. Cette longueur et cette complexité interdisent la critique pour le commun des mortels.Les 75% dEspagnols votants qui ont approuvé ce texte, comme les 60% qui se sont abstenus, ne l'ont probablement pas lu : ni les ministres, ni les parlementaires, ni les professeurs, ni les journalistes, ni les citoyens, qui ont tous autre chose à faire : qui a le temps matériel de lire 500 pages A4 ? Il suffit de se poser la question pour soi-même : ce nest pas différent pour les autres. Ces citoyens prennent ainsi le risque majeur, pour eux, mais aussi pour leurs enfants et leurs petits-enfants, de découvrir trop tard ce qu'ils ne pourront plus changer.Il faut évidemment lire et comprendre ce que l'on signe. Ou bien, on refuse de signer.Même s'il était simple (et il ne l'est pas), un texte aussi long ne permet pas de le juger avec discernement. Et pourtant, il faut bien avoir un avis. Comment faire pour avoir un avis sur un texte qu'on ne peut pas lire ? En salignant sur "les autres", on se rassure, comme les moutons de Panurge.Cette longueur est, par elle-même, non démocratique : le débat est réservé aux experts.Une Constitution est la loi fondamentale, elle est "le droit du droit", elle doit pouvoir être lue par tous, pour être approuvée ou rejetée en connaissance de cause. Deuxième principe de droit constitutionnel : une Constitution nimpose pas une politique ou une autre, elle permet le débat politique sans en imposer l'issueUne Constitution démocratique n'est pas de droite ou de gauche, elle n'est pas socialiste ou libérale, une Constitution n'est pas partisane : elle rend possible le débat politique, elle est au-dessus du débat politique.À linverse, le TCE, en plus de fixer la règle du jeu politique, voudrait fixer le jeu lui-même !En imposant dans toutes ses parties[11] (I, II et surtout III) des contraintes et références libérales, ce texte n'est pas neutre politiquement : il impose pour longtemps des choix de politique économique qui devraient évidemment dépendre du débat politique quotidien, variable selon la conjoncture. Cest une sorte de hold-up sur lalternance des politiques économiques.Notamment, ce texte confirme pour longtemps que lEurope se prive elle-même des trois principaux leviers économiques qui permettent à tous les États du monde de gouverner : Pas de politique monétaire : nous sommes les seuls au monde à avoir rendu notre banque centrale totalement indépendante, avec en plus, comme mission principale, constitutionnelle, intangible, la lutte contre linflation et pas lemploi ou la croissance[12]. Aucun moyen nest accordé aux pouvoirs politiques pour modifier ces missions. On sait pourtant que les politiques anti-inflationnistes se paient en chômage[13], par un effet presque mécanique. (bien lire la note 13)Pas de politique budgétaire : le pacte de stabilité[14] enferme les États dans une rigueur budgétaire qui est certes une politique possible, mais qui ne doit pas être la seule ad vitam aeternam. Aucune relance de type Keynésien (grands travaux) nest plus possible.Pas de politique industrielle : linterdiction de toute entrave à la concurrence[15] emporte avec elle linterdiction daider certains acteurs nationaux en difficulté ou fragiles.Cest une politique de limpuissance économique décrite par léconomiste Jean-Paul Fitoussi[16] qui est ainsi institutionnalisée, imposée pour longtemps.À ce sujet, il faut lire la passionnante synthèse de douze économistes contre le TCE[17].Le projet de TCE infantilise les citoyens d'Europe : il nous prive tous de l'intérêt de réfléchir à des alternatives. À quoi bon continuer le débat politique, en effet, puisque toute alternative réelle est expressément interdite dans le texte suprême ?Concrètement, si demain, une majorité européenne voulait changer de direction et repasser à un mode dorganisation non marchand, plus solidaire, elle ne le pourrait pas : il faudrait lunanimité.Mise à part la constitution soviétique (qui imposait, elle aussi, une politique, le collectivisme), cette constitution partisane serait un cas unique au monde.Troisième principe de droit constitutionnel : une Constitution démocratique est révisableTous les peuples du monde vivant en démocratie peuvent réviser leur pacte de gouvernement. Le projet de TCE est beaucoup trop difficilement révisable[18] : pour changer une virgule à ce texte, il faut d'abord l'unanimité des gouvernements pour tomber d'accord sur un projet de révision, puis il faut l'unanimité des peuples (parlements ou référendums) pour le ratifier (cela sappelle la procédure de révision ordinaire).Avec 25 États, cette procédure de double unanimité est une vraie garantie d'intangibilité pour les partisans de l'immobilisme. Ce texte semble pétrifié dès sa naissance.Concrètement, si une large majorité dEuropéens souhaitent modifier leur loi fondamentale, ils ne le pourront pas. Cest ça qui est choquant, inquiétant.C'est inacceptable pour une Constitution[19] et ce serait, là encore, un cas unique au monde.On me répond en mettant en avant le mot "traité" pour prétendre que l'unanimité est normale (ce qui est vrai en matière de traités), mais ça ne tient pas : ce texte, à lévidence, joue le rôle dune constitution et l'oxymore "Traité constitutionnel" (assemblage de mots contradictoires) conduit, en jouant sur les mots, à créer une norme suprême trop rigide, trop difficile à réviser.Curieusement, cette rigidité excessive avoisine une souplesse étonnante à loccasion dune autre procédure qui, elle, ne requiert pas laccord direct des peuples : la procédure de révision simplifiée[20] autorise un des organes de lUnion (le Conseil des ministres) à modifier de sa propre initiative lun des éléments clefs de la Constitution qui conditionne le degré de souveraineté conservé par les États membres dans tel ou tel domaine (puisque le passage à la majorité fait perdre à tous le droit de blocage)[21]. Ça, cest grave : cette Constitution est à géométrie variable, mais sans laval direct des peuples à chaque variation.Par ailleurs, pour l'entrée d'un nouvel État dans l'UE, la règle de lunanimité est une protection, mais ce n'est pas l'unanimité des peuples consultés par référendum qui est requise : c'est dabord lunanimité des 25 représentants des gouvernements (dont beaucoup ne sont pas élus, et dont aucun ne l'est avec le mandat de décider sur ce point important), puis lunanimité des États selon leur procédure nationale de ratification[22]. Seuls les pays qui ont une procédure référendaire, et la France en fait partie, verront donc leur peuple directement consulté.On dirait vraiment que la volonté des peuples compte peu pour ceux qui les gouvernent.Quatrième principe de droit constitutionnel : une Constitution démocratique garantit contre l'arbitraire en assurant à la fois la séparation des pouvoirs et le contrôle des pouvoirsL'esprit des lois décrit par Montesquieu est sans doute la meilleure idée de toute l'histoire de l'Humanité : tous les pouvoirs tendent naturellement, mécaniquement, à l'abus de pouvoir. Il est donc essentiel, pour protéger les humains contre la tyrannie, d'abord de séparer les pouvoirs, et ensuite d'organiser le contrôle des pouvoirs : pas de confusion des pouvoirs, et pas de pouvoir sans contre-pouvoirs.Ainsi le peuple dit : « Toi, le Parlement, tu fais les lois, mais tu ne les exécutes pas. Et toi, le Gouvernement, tu exécutes les lois, mais tu ne peux pas les écrire toi-même. » Ainsi, aucun pouvoir na, à lui seul, les moyens dimposer sa volonté. Ceci est essentiel. « Dautre part, si lun des pouvoirs estime que lautre a un comportement inacceptable, il peut le révoquer : lassemblée peut renverser le gouvernement, et le gouvernement peut dissoudre lassemblée. Dans les deux cas, on en appelle alors à larbitrage (élection) du peuple qui doit rester la source unique de tous les pouvoirs. » Il faut que chaque pouvoir ait à rendre des comptes et se sache contrôlé à tout moment. Ceci est également essentiel.Cest peut-être ça, la meilleure idée du monde, celle qui libère de la crainte dun despote.Même dans le cadre moderne dune union dÉtats, on ne voit pas pourquoi ces principes protecteurs de bons sens auraient perdu leur valeur.Léquilibre entre les trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) est cependant difficile à trouver. Le pouvoir législatif tire une forte légitimité du suffrage universel direct et il est tentant de le rendre plus fort que les autres. Mais une assemblée, même légitime, peut tout à fait devenir tyrannique car le mécanisme de lélection ne tient absolument pas lieu de contre-pouvoir. Par ailleurs, une assemblée nest pas nécessairement le meilleur lieu pour décider : des effets de foule ou une certaine dilution de la responsabilité individuelle au moment de décider collectivement peuvent conduire à des excès[23].Cest pourquoi on prévoit souvent des limites au pouvoir parlementaire malgré la souveraineté quil incarne : on prévoit ainsi souvent deux chambres (système bicaméral) pour que lune tempère lautre : en France, cest le Sénat, élu lui aussi, mais plus âgé, qui joue ce rôle modérateur de lAssemblée Nationale, modérateur mais sans risque de blocage (en cas de désaccord, cest lAssemblée nationale qui a le dernier mot).Souvent, on prévoit une autre limite importante au pouvoir législatif : il faut pouvoir dissoudre lassemblée, toujours dans cette optique essentielle des contre-pouvoirs qui responsabilisent les acteurs publics.Dans le cadre de ces limites (deux chambres et menace de dissolution), le Parlement devrait jouer un vrai rôle législatif, avec linitiative des lois, la possibilité damender les textes dans tous les domaines, un vrai rôle dans la fixation des impôts (cest un de ses rôles primitifs essentiels : contrôler le poids des prélèvements opérés par lautorité publique)
Ce nest pas exactement ce qui est prévu dans le projet de TCE : le Parlement na pas du tout linitiative des lois[24], ce qui est déjà inacceptable, et son rôle dans le vote du budget, quoique augmenté, reste limité, et surtout il est exclu de la délibération des lois dans certains domaines, réservés au Conseil des Ministres (procédures législatives spéciales[25]).En fait, cest peut-être plus grave : jai longtemps concentré mon attention sur les lois (actes législatifs), et je suis en train de découvrir avec étonnement les « décisions », (art. I-33, I-35), "actes non législatifs" bien distincts des simples règlements. Il ny a rien à redire au règlement qui est un texte dapplication, comme les décrets et arrêtés en France, qui justifie un pouvoir normatif limité traditionnellement conféré à lexécutif pour fixer rapidement les simples modalités pratiques de lapplication des lois. Les « décisions » sont différentes, elles sont décrites à part[26].Les "décisions" semblent aussi contraignantes que les lois, mais semblent plus faciles à créer que les lois, moins contrôlées (probablement par la CJE mais pas par une discussion parlementaire). En lisant le texte du TCE, je cherche : qui peut prendre ces « décisions » qui ressemblent à des "lois sans Parlement" ? Le Conseil européen (entre chefs dÉtats et de gouvernements), le Conseil des ministres et la Commission (tous membres de lexécutif, au niveau national ou européen, et souvent non élus), et
la BCE. La BCE a le pouvoir de prendre seule des « décisions ». Et qui la contrôle, cette banque centrale ? Quels sont les garde-fous qui existent autour de ces normes élaborées sans discussion parlementaire ?Il nous reste à faire ensemble linventaire (puisque la liste ne nous est pas fournie) des articles du TCE qui permettent (pour linstant) de produire ainsi des "décisions européennes". À suivre
On nous présente donc un "triangle" composé du Parlement qui représente les peuples, du Conseil des Ministres qui représente les États et de la Commission qui représente lintérêt général (sic).La Commission est principalement lémanation du Conseil européen qui en nomme les membres avec un droit de regard du Parlement qui "élit" même son Président (sur proposition du Conseil). La commission est totalement indépendante, elle ne doit recevoir de consignes de personne, mais elle peut quand même être révoquée par le Parlement à travers une motion de censure et chacun des commissaires peut être "démissionné" par le Président de la Commission.Cest la Commission qui est en charge de la préparation technique du droit et qui soumet ses propositions au Conseil des Ministres et au Parlement, présentés comme deux organes législatifs.On présente donc le Conseil des Ministres comme une « chambre haute » qui jouerait le rôle du Sénat, mais cest difficile à accepter : dabord, les ministres ne sont pas élus, mais surtout, ils détiennent dans leur pays le pouvoir exécutif, cest-à-dire quil maîtrisent la force publique qui leur permettra, en rentrant au pays, dappliquer les règles quils ont eux-mêmes élaborées. Ce sont donc les mêmes personnes qui créent le droit au niveau européen et qui lappliquent au niveau national (une fois transposé) : il y a ici confusion des pouvoirs. Le Conseil des M. est un organe évidemment lié à lexécutif à qui on a confié un rôle législatif.Avec la non séparation des pouvoirs, cest un important rempart contre larbitraire qui nous échappe. Même si cest sur un nombre limité de sujets (21 ? qui sait ?), cest dangereux.Laurent Lemasson, dans larticle précité[27], fait remarquer, lui, que le Parlement est composé dune seule chambre, et que le Parlement est irresponsable : personne ne peut le dissoudre. On a vu quil est privé de linitiative des lois, mais il peut révoquer la Commission qui dispose de cette initiative, ce qui donne au Parlement un ascendant sur elle pour "suggérer" des propositions. L. Lemasson voit dans cette organisation des pouvoirs un risque de régime dassemblée (une sorte de tyrannie parlementaire). Ça, je dois dire que cest complètement nouveau pour moi, et lanalyse est intéressante : le Parlement serait à la fois complètement impuissant par endroits (on peut se demander pourquoi à ces endroits-là
) et peut-être trop fort ailleurs. À creuser
Dans cette nouvelle approche, je vois aujourdhui la codécision plus positivement, comme un contre-pouvoir dans les deux sens : ainsi, le Parlement ne peut pas abuser de son pouvoir, et le Conseil des Ministres non plus.Sauf quand le Parlement est carrément mis à lécart dune série de sujets où les Conseils, la Commission et la BCE créent le droit seuls (comme par hasard ce sont des domaines économiques importants) (Art. III-130-3 : marché intérieur et Art. III-163 et III-165 : règles de la concurrence). Alors ça, cest choquant parce que, sur ces sujets, il ny a presque plus de contre-pouvoir : la Commission (qui garde souvent linitiative) peut-elle être considérée comme une vraie force capable de sinterposer en cas de dérive arbitraire des Conseils (dont elle est si proche) ?Il semble donc y avoir un vrai problème démocratique dans tous les domaines enlevés au Parlement : ni séparation, ni contrôle. La liste de ces sujets interdits nexiste nulle part, et cette exclusion du Parlement de certains domaines nest même jamais formulée clairement.[28]Là où le contrôle des pouvoirs nexiste pas, cest encore un rempart essentiel contre larbitraire qui va nous manquer.Pour un citoyen qui débarque là sans avoir été conditionné psychologiquement au préalable, cest choquant. Mais peut-être que je me trompe. Peut-on mexpliquer cet étrange « équilibre » des pouvoirs ? Pour qui a-t-on écrit ce texte ?En tant que citoyen, on aimerait quon nous explique pourquoi cette exclusion existe, sur quels critères on a choisi ces sujets interdits, et pourquoi aucune liste explicite (et donc critiquable) na été formulée.On aimerait aussi savoir qui est réellement responsable de ses actes dans cette organisation européenne, car enfin :Le parlement nest responsable devant personne (en dehors des élections dont on a déjà dit quelles ne peuvent pas tenir lieu de contre-pouvoir) car il ny a pas de procédure de dissolution.Le Conseil européen nest responsable devant personne au niveau européen (et il faut sen remettre à la lointaine responsabilité nationale pour mettre en cause ses membres un par un). Le fait quil soit évidemment difficile dorganiser cette responsabilité, puisquil sagit des chefs dÉtat, ne suffit pas à nous rassurer car le résultat est quand même une irresponsabilité au niveau fédéral.Le Conseil des Ministres nest responsable devant personne au niveau européen (et il faut encore sen remettre à la responsabilité nationale pour mettre en cause ses membres un par un). Le fait quil soit, là aussi, évidemment difficile dorganiser cette responsabilité, puisquil sagit des ministres dépositaires dune autre souveraineté populaire que celle de lEurope, ne suffit pas à rassurer non plus car le résultat est quand même une irresponsabilité là où sont prises les décisions. Sans compter que la mise en uvre de cette responsabilité paraît aussi compliquée quillusoire.La Cour Européenne de Justice (CJE), non élue, dont les juges dépendent directement des exécutifs qui les nomment (ça cest fou), est aussi hors de contrôle (officiel) et sans recours, malgré les pouvoirs immenses dont elle est dotée à travers linterprétation de tous les textes et larbitrage de tous les litiges. Démocratiques, ces institutions ? (À lire : [29]).La Banque Centrale Européenne (BCE), non élue, rigoureusement indépendante des pouvoirs publics, est également hors de contrôle, donc irresponsable, malgré linfluence considérable de ses décisions sur la vie quotidienne des 450 millions deuropéens (voir plus haut).Cest quand même consternant cette impression dirresponsabilité générale, non ?La commission, finalement, est la seule qui risque quelque chose[30] : la censure globale par le Parlement, dune part, mais seulement aux 2/3 ce qui est beaucoup et qui rend peut-être la censure théorique, et dautre part la démission individuelle dun commissaire qui peut être exigée par le Président de la Commission.Mais la Commission est-elle réellement le siège du pouvoir ? Là-dessus, les avis sont partagés, mais compte tenu du tableau densemble, jaurais tendance à penser comme Yves Salesse[31] que le vrai pouvoir est détenu par le Conseil des Ministres (irresponsable) et que la Commission fait écran, une sorte de "fusible politique", un bouc émissaire commode qui permet aux ministres de créer le droit tout en disant « Cest pas moi, cest elle, et je ny peux rien, je ne peux pas la forcer : elle est indépendante
».La Commission est cependant un lieu de pouvoir important. Exemple : le commissaire chargé du commerce international, par le mandat quil a reçu une fois pour toutes, est le représentant unique de lUnion dans toutes les négociations internationales (OMC et autres). À lui seul, cet homme concentre donc un pouvoir vertigineux. Cest à ce titre quil négocie lAGCS (Accord général sur les services, gigantesque projet de dérégulation[32], version mondiale de la directive Bolkestein) au nom de tous les Européens, mais dans le plus grand secret : il ne rend aucun compte au Parlement des négociations quil mène sur un accord qui va pourtant profondément changer la vie de tous les Européens, et le Parlement ne peut pas lui imposer de rendre des comptes[33]. On peut donc déjà observer des signes tangibles dune dérive de type tyrannique. Et le "traité constitutionnel" verrouille pour longtemps un déséquilibre institutionnel qui le permet.La commission peut être censurée par le Parlement, mais seulement à la majorité des deux tiers, ce qui signifie que la Commission peut gouverner 450 millions de personnes avec laccord dun tiers seulement du Parlement. Même le mode de scrutin (par liste) garantit aux leaders des partis leur place au Parlement sans aucun risque, ce qui rend plus théorique la responsabilité de ces élus au moment des élections.Tous ces pouvoirs sans contrôle réel, cette irresponsabilité générale
Où est la démocratie ? Où sont les garde-fous contre l'arbitraire ?Il paraît que, depuis vingt ans, les manuels scolaires des étudiants en sciences politiques appellent ça pudiquement le "déficit démocratique" de l'UE. Un terme bien anodin pour désigner en fait un abandon des peuples, trop confiants en ceux qu'ils ont désignés pour les défendre.Il me semble que toutes les conversations des citoyens de base devraient en ce moment analyser point par point ce recul de la démocratie : dans les institutions européennes, les organes de lUnion semblent être presque tous irresponsables, la volonté des peuples semble compter peu pour les gouvernants, et une certaine politique économique est imposée pour longtemps.Comment les analystes et commentateurs peuvent-ils glisser là-dessus comme si c'était secondaire ? C'est l'Europe à tout prix ? N'importe quelle Europe ? Même non démocratique ?! On n'a pas le droit d'en parler sans être qualifié dantieuropéen ?Largument selon lequel "cest partout pareil" ne me rassure pas mais minquiète plus encore : pendant que la plupart des citoyens négligent la démocratie, hypnotisés par la pub, le foot et la télé, dautres sen occupent activement, et discrètement, on voit comment.On nous dit : « ce texte est meilleur quavant, il faudrait être idiot pour refuser de progresser ». Cest masquer quavec ce texte, on ne ferait pas que progresser : on figerait, on bloquerait, on entérinerait, on renforcerait, on donnerait pour la première fois une caution populaire aux textes qui sen sont dispensés jusque-là, on voit pour quel résultat. Même mieux quavant, le texte proposé est dangereux. Montesquieu doit se retourner dans sa tombe.Triste paradoxe que ces peuples qui accepteraient eux-mêmes le recul de la démocratie, cest-à-dire des différents remparts qui les protègent de linjuste loi du plus fort.On voudrait nous faire croire que tous ces défauts trouvent une juste compensation dans des avancées spectaculaires :Par exemple, ceux qui claironnent la naissance d'un référendum d'initiative populaire à l'initiative d'un million de citoyens[34] nont pas bien lu : le traité ne définit qu'un triste droit de pétition sans aucune force contraignante pour la Commission qui n'est qu'invitée à réfléchir et qui peut parfaitement jeter la proposition à la poubelle sans même devoir se justifier[35]. De la même façon, les beaux principes généraux et généreux, répétés partout, sur toutes les radios, les télés, les journaux, tout au long des spots officiels, sont en fait en recul par rapport à notre droit actuel[36]. Par contre, contrairement à ce que laisse penser lart 111-2, leur force contraignante est réelle, même si elle conditionnée à ce quen dira la CJE[37].Partout, ce texte est en trompe-l'il et masque une maladie de la démocratie : progressivement et subrepticement, en affirmant le contraire sans vergogne, les exécutifs nationaux, de droite comme de gauche, à l'occasion de la naissance de l'Europe, sont en train, en cinquante ans, de s'affranchir du contrôle parlementaire là où ils en ont le plus besoin (en matière économique), et dune façon plus générale de toute responsabilité réelle de la plupart de leurs décisions politiques.Cinquième principe de droit constitutionnel : une Constitution démocratique est forcément établie par une assemblée indépendante des pouvoirs en placeUne Constitution nest pas octroyée au peuple par les puissants. Elle est définie par le peuple lui-même, ou par des représentants choisis pour cette tâche précise, précisément pour se protéger de larbitraire des puissants.À linverse, les institutions européennes ont été écrites (depuis cinquante ans) par les hommes politiques au pouvoir qui sont donc évidemment juges et parties : de droite comme de gauche, en fixant eux-mêmes les contraintes qui allaient les gêner tous les jours, ces responsables ont été conduits, c'est humain mais c'est aussi prévisible, à une dangereuse partialité.C'est, là encore, un cas unique au monde, pour une démocratie.Et on observe les résultats comme une caricature de ce qu'il faut éviter : un exécutif complètement libre de ses mouvements sur des sujets économiques choisis, presque tous les organes de lUnion irresponsables à leur niveau de décision, une apparence de démocratie avec des trompe-l'il partout, de petits progrès montés en épingle, mais un recul réel des garanties contre l'arbitraire.La seule voie crédible pour créer un texte fondamental équilibré et protecteur est une assemblée constituante, indépendante des pouvoirs en place, élue pour élaborer une Constitution, rien que pour ça, révoquée après, et respectant une procédure très publique et très contradictoire (en droit, le mot "contradictoire" signifie que les points de vue opposés doivent pouvoir sexprimer totalement).C'est aux citoyens d'imposer cette procédure si les responsables politiques tentent de s'en affranchir.La composition assez variée et riche en personnalités de grande valeur de la Convention Giscard n'est pas un argument satisfaisant : on reste à mille lieues d'une assemblée Constituante : ses membres n'ont pas été élus avec ce mandat, ses membres n'étaient pas tous indépendants des pouvoirs en place, et surtout ses membres n'avaient pas les pouvoirs pour écrire un nouveau texte, équilibré et démocratique : ils ne pouvaient que valider, compiler (et légèrement modifier) les textes antérieurs écrits par des acteurs à la fois juges et parties[38].De plus, la réécriture du texte, encore par les gouvernants au pouvoir, pendant une année après que la Convention a rendu sa proposition, est encore une énormité dun point de vue constitutionnel[39]. Ce nest pas au pouvoir en place décrire le droit du droit.En établissant une Constitution par voie de traité, procédure beaucoup moins contraignante quune lourde assemblée constituante, (publique, longuement contradictoire et validée directement par le peuple), les parlements et gouvernements, de droite comme de gauche, ont fait comme sils étaient propriétaires de la souveraineté populaire, et ce traité, comme les précédents, peut sanalyser comme un abus de pouvoir : nos élus, tout élus quils sont, nont pas reçu le mandat dabdiquer notre souveraineté. Cest au peuple, directement, de contrôler que les conditions de ce transfert, (à mon avis souhaitable pour construire une Europe forte et pacifiée), sont acceptables.Je respecte profondément, bien sûr, tous les membres éminents de la Convention, mais je crois simplement quils navaient pas mandat pour faire ce quils ont fait.On est dailleurs sidéré de voir de nombreux acteurs politiques de premier plan qui osent regretter tout haut que le TCE ait été soumis à référendum, en soulignant que tout ça aurait été moins compliqué et moins incertain avec le Parlement qui aurait voté ça comme un seul homme, sans même rien lire peut-être
Que valent les peuples pour nos élites ?À propos, les nombreux gouvernements qui ont fait ratifier ce texte par leur Parlement national[40], plutôt que par leur peuple (référendum), signent une véritable forfaiture : les peuples de ces pays sont ainsi privés à la fois du débat et de lexpression directe qui leur aurait permis de résister au recul démocratique qui les expose à larbitraire. Quel moyen reste-t-il à ces citoyens pour résister à cette confiscation de leur souveraineté ?[41] Ce mépris des peuples et de leurs choix réels est très révélateur du danger qui grandit dans la plus grande discrétion : nos élites, de droite comme de gauche, se méfient de la démocratie et nous en privent délibérément, progressivement et insidieusement. ConclusionLe TCE paraît donc dangereux à plusieurs titres. Que ma-t-on répondu pour linstant ? (Pardon pour les arguments encore oubliés, mais cest un travail immense de compiler tout ça.)Pour calmer mes craintes, on me parle de progrès, mais à la vérité tout est dans la référence qu'on prend pour évaluer le progrès : car en effet, si l'on prend la situation de Nice (que je tiens pour déplorable sur le plan démocratique), c'est effectivement "mieux", c'est un "progrès", et on comprend donc pourquoi on se réfère à ce texte pour nous vendre le TCE. Mais si je me réfère à la démocratie nationale que je perds au profit de la "démocratie européenne" que je gagne, c'est objectivement un recul quon me demande dentériner : sur la responsabilité des actes quotidiens de tous les pouvoirs, sur le contrôle du pouvoir exécutif sur ses (x) domaines réservés et surtout sur la politique économique imposée, très probablement cause du chômage endémique et de la croissance molle en Europe, et imposée clairement pour longtemps.Or je rappelle que c'est la première fois en cinquante ans qu'on me demande mon avis : en tant que citoyen, je ne suis donc pas cosignataire de Nice, ni des traités précédents. À Maastricht, on minterrogeait sur la monnaie et les contraintes économiques, si je me souviens bien, pas sur léquilibre et le contrôle des pouvoirs. Et pour les contraintes, on sétait bien promis de faire le bilan. A-t-on fait ce bilan ? A-t-on de bonnes raisons dêtre satisfaits des performances économiques de ces institutions pourtant à vocation plus économique que politique ? Relire Fitoussi et Généreux.Pourquoi n'aurais-je donc à juger que du petit différentiel qui sépare Nice du TCE ? Pourquoi n'aurais-je pas mon mot à dire ("moi", citoyen de base, évidemment) sur l'ensemble de ce fantastique coup de force des exécutifs nationaux, depuis cinquante ans, sur le contrôle citoyen des politiques menées ?Je ne vois pas pourquoi il faudrait que le texte soumis au vote soit artificiellement circonscrit aux quelque 50 articles nouveaux du TCE. Quand je vois d'éminents experts prétendre qu'il n'y a que 60 pages à juger, 50 petits articles de rien du tout, prétendre que le reste existe déjà et se trouve donc hors du sujet, pas soumis au référendum, quand j'entends ça, je me dis, et j'ai l'impression que je ne suis pas le seul, quil est temps de se réveiller.Si on refuse cette vue d'ensemble dont je parle, si cette période de cinquante ans est sacrée, promue intouchable, irréversible, si on impose Nice comme référence, alors, effectivement, le TCE est un "bon texte" puisqu'"on progresse", mais il ne vous apparaît pas qu'il manque une petite partie de la démonstration ? quon nous impose ainsi de valider un chemin qui nest pas bon ?C'est vrai que c'est sans doute une erreur (pour ceux qui construisent cette Europe peu démocratique) d'avoir qualifié le texte de Constitution (ils nous ont mis la puce à loreille), et une autre erreur d'avoir proposé le texte par référendum à ces râleurs arrogants que sont les français, mais pour nous, citoyens, j'ai bien l'impression que ces deux erreurs nous donnent une chance historique, celle de voir plus clairement le danger et d'enfin résister.Il y a quand même un progrès incontestable dans ce traité
Cest la nouvelle possibilité qui est offerte de séchapper du piège : Article I-60-1 : « Le retrait volontaire de l'Union Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l'Union. ». Ce droit actuellement nexiste pas, ce qui fait du rejet du texte un enfermement dans un autre piège, celui de Nice. Cest gai
Finalement, ce "traité constitutionnel" est un révélateur qui met en lumière ce qui se décide sans nous depuis longtemps. D'une certaine façon, le loup est sorti du bois et les citoyens peuvent enfin voir le danger, et résister.Une des grandes erreurs, probablement, cest de faire passer léconomique avant le politique, cest de renoncer à la possibilité dagir, cest de sen remettre aveuglément aux marchés, cest de confier la barre aux économistes alors quils devraient rester dans les soutes pour faire tourner le moteur (cest Bernard Maris, dans son savoureux antimanuel déconomie, qui le suggère en souriant). En prônant la liberté comme une valeur supérieure, au lieu de la fraternité, en institutionnalisant la compétition, la concurrence, au lieu de la collaboration et lentraide, en limposant dans le texte suprême à travers le dogme de la concurrence absolue, et finalement une morale du « chacun pour soi et contre tous », en détruisant la régulation par lÉtat, gardien de lintérêt général, pour instaurer la régulation par le marché, somme dintérêts particuliers, les économistes libéraux sen prennent aux fondements de la démocratie pour, tout compte fait, affranchir les principaux décideurs économiques de tout contrôle. La dérégulation systématique menée en Europe (institutions, politique et verrou de la Constitution), et plus généralement sur la terre entière (OMC, AGCS, ADPIC) est un recul de la civilisation, un retour vers la barbarie de la loi du plus fort[42].Par optimisme, par crédulité, par indifférence, les peuples modernes laissent s'affaiblir leur bien le plus précieux, très rare sur cette planète, celui qui conditionne leur sérénité quotidienne : les différentes protections contre l'arbitraire des hommes forts, depuis le cur des entreprises (droits sociaux) jusqu'à la patrie (institutions démocratiques contrôlées et révocables). La démocratie n'est pas éternelle, elle est même extrêmement fragile. En la croyant invulnérable, nous sommes en train de la laisser perdre. Même après le refus de ce texte-là, il faudra se battre pour la garder, et continuer à militer pour imposer à nos représentants de construire une autre Europe, simplement démocratique. Je nai pas dalternative toute prête, peut-être dautres en ont-ils. Sinon, il faut limaginer et la construire.Ce texte fondateur en trompe-l'il est présenté aux citoyens à travers un débat lui aussi en trompe-l'il[43]. De nombreux journalistes, en assimilant les opposants au texte à des opposants à l'Europe, font un amalgame malhonnête : la double égalité "Oui au traité=Oui à l'Europe, Non au traité=Non à l'Europe" est un mensonge insultant, une inversion de la réalité, un slogan trompeur jamais démontré, fait pour séduire ceux qui n'ont pas lu le traité et qui n'ont pas étudié les arguments, pourtant forts, de ceux qui sopposent à ce traité précisément pour protéger la perspective dune Europe démocratique. Les journalistes sont un rempart essentiel, moderne, pour protéger la démocratie. Montesquieu ne pouvait pas prévoir limportance capitale quils allaient prendre, mais cest certain : le pouvoir immense des journalistes mériterait lui-même un vrai contre pouvoir (de ce point de vue, on peut sûrement se demander si on ne commet pas une grave erreur en laissant acheter et vendre les médias comme de simples marchandises) et leur responsabilité est ici historique. C'est, pour l'instant, l'Internet qui est le média le plus démocratique, non censuré, le meilleur outil pour résister. Si ce message vous semble utile, diffusez-le vite dans vos propres réseaux et au-delà de lInternet, sur papier. Conseil aux partisans du TCE (je ne peux pas les aider, je nai pas trouvé moi-même les arguments qui leur manquent ;o) : pour rassurer ceux qui sentent un grand danger dans le TCE, cest une mauvaise réponse de souligner ce qui est bon dans le TCE : ça ne suffit pas à rassurer, évidemment. On ne signe pas un texte sil contient ne serait-ce quune seule ligne inacceptable, quand bien même il contiendrait par ailleurs monts et merveilles. Et ce traité comporte de nombreux points inacceptables. Il faut donc plutôt démontrer quil ny a pas de raison de sinquiéter, par exemple que chaque organe de lUnion est pleinement responsable de ses actes (au-delà du simple mécanisme électoral) dans toutes les phases de création du droit, que les politiques économiques ne sont pas aussi encagées quil y paraît, que les volontés à venir des peuples européens ont toutes les garanties dêtre respectées
Quant aux opposants au traité, ils ne convaincront vraiment ceux qui, pour linstant, votent oui en se bouchant le nez faute de mieux (il y en a tant
) quen proposant une alternative crédible, une perspective plausible.Cest une vraie faille dans mon raisonnement, vous savez, celle que je cherchais au début : je ne vois pas bien comment faire changer de cap à ce paquebot, et je ne vois pas non plus comment recommencer à zéro, il faudrait être plusieurs.La masse des messages que je reçois tous les jours a une unité, une cohérence, une force : quel que soit le bord politique (et ça vient vraiment de partout), le sentiment général est fondamentalement proeuropéen et exigeant sur la démocratie et le respect de la volonté des peuples. Et il y a beaucoup dhumanité et de générosité dans ces messages (à part les affreux qui minsultent, mais ils sont très rares). Jy vois un socle (ou un germe de socle) pour que les politiques professionnels se ressourcent, se regroupent différemment, modifient leurs programmes, et imaginent un projet pour laprès non, une vrai Europe pour les hommes, pas pour les États. On a bien deux ou trois ans pour rallier nos frère européens et engager cet élan partout, nest-ce pas ?Et si cétait les peuples dEurope qui réclamaient fermement aux partis politiques cette refondation démocratique, en partant de la base, communiquant à travers le net pour se passer le mot sans forcément respecter les clivages des partis ? On peut rêver
Ne faut-il pas commencer par le commencement : demander aux 25 peuples sils veulent sunir pour créer une République européenne ? Puis engager, seulement avec les pays qui le veulent, un vrai processus constituant, organisé par les pouvoirs en place mais indépendant deux ?On peut y réfléchir, non ? Jai entendu à la radio, il y a quelques semaines, une phrase qui a fait mouche, qui depuis résonne sans cesse dans ma tête et qui me change. Elle dit : on ne naît pas citoyen : on le devient. Étienne Chouard, Trets (Marseille). Texte mis à jour le 1er mai 2005. Vous pouvez mécrire à etienne.chouard@free.fr mais je nai plus le temps de vous répondre comme il le faudrait, ou seulement de temps en temps. Pardon, vous êtes trop nombreux.Vous pouvez lire des compléments et télécharger ce document à : http://etienne.chouard.free.fr/Europe et le diffuser comme bon vous semble, mais envoyez de préférence un lien vers mon site, car un fichier fige mon texte alors que je laméliore sans cesse grâce à vos vigilantes, bienveillantes et patientes observations. Je répète ici que je nai absolument aucune autorité pour expliquer le droit communautaire que je découvre en ce moment, pas à pas (de surprise en surprise). Post scriptum (3 & 12 avril 2005) : Ce texte a un succès inattendu et il a déjà suscité des milliers de réactions. Des centaines de messages me parviennent chaque jour, presque toujours enthousiastes, parfois critiques, ce qui ma permis de progresser. Certaines questions, des doutes aussi, reviennent dans les messages et je voudrais ici, dun mot, y répondre pour anticiper les prochaines.Je suis professeur de droit, d'économie et d'informatique, en BTS, dans un lycée de Marseille, j'ai 48 ans, quatre enfants, je n'appartiens à aucun parti, syndicat ou association. Dans ma vie, j'ai fait beaucoup plus de parapente que de politique où je suis vierge, un débutant absolu qui sest "réveillé" il y a six mois, et où je ne ferai pas de vieux os (le vol libre est une drogue dure qui me rappellera vite à elle).Je ne suis donc le "sous-marin" de personne (question marrante reçue récemment). Je suis un simple citoyen, "de base"
:o)Jai reçu des propositions de publication sur des sites ou dans des revues que jai acceptées sans contrôler que la CIA ou le KGB nagisse en sous-main. De nombreux sites ont déjà publié des liens vers ce texte, parfois sans men parler, et ils font bien. Je voudrais anticiper sur les probables calomnies à venir, à base détiquetage politique hâtif en vue dun discrédit facile. Je ne suis pas un homme politique, je naspire pas à le devenir, je ne prétends pas non plus être juriste pour imposer mon point de vue de façon prétentieuse mais pour expliquer ma démarche, dailleurs je ne suis pas vraiment juriste, jai surtout une formation de juriste, ce nest, de toutes façons, pas important car je voudrais que le débat reste concentré sur le fond des problèmes sans dériver sur de stériles et parfois malveillantes querelles de personne ou procès dintention dont les commentateurs politiques ont le secretNe me rendez pas non plus responsable de tout ce que devient ce document, de toutes les prévisibles récupérations et déformations. Chacun comprendra quil méchappe et vit sa vie tout seul
:o)Je ne cherche à manipuler personne : je me trompe peut-être dans mon analyse, jattends simplement quon me le démontre et un débat respectueux est toujours fertile : "de la discussion jaillit la lumière" me disait mon père quand jétais petit.Sil vous plaît, fiez-vous surtout aux idées et arguments, abordez le débat comme si votre interlocuteur était de bonne foi, sans noires arrière-pensées, et ne vous laissez pas polluer lanalyse par des considérations parasites.Ce débat important appartient au commun des mortels, c'est la beauté de la démocratie, ne le laissez pas confisquer par les experts. Lisez, réfléchissez et prenez la parole sans complexes :o)Ne me reprochez pas les erreurs éventuelles comme si j'étais malhonnête : elles sont prévisibles, prévues, et pas du tout définitives si on recherche sincèrement à identifier les vrais enjeux de ce traité : admettez que la tâche est rude avec ce texte complexe et sibyllin, et qu'on est beaucoup plus forts à plusieurs pour affiner une critique qui deviendra (peut-être) finalement irréfutable. Enfin, vous avez compris que ce texte évolue, saméliore, au gré de vos contributions, il est donc daté. Pour le faire circuler, envoyez donc de préférence un lien vers le site, plutôt quun document pdf figé, pour être sûr que ce soit la version la plus récente qui circule. Jexprime ici un chaud merci aux milliers de personnes qui, cest émouvant je peux vous dire, mont exprimé leur enthousiasme depuis que jai lancé cet appel au débat comme on jette une bouteille à la mer. Je voulais un débat, je suis-+ servi :o) Merci aussi à tous ceux qui, profondément en désaccord avec mes analyses iconoclastes, mont écrit des mails splendides, très argumentés, respectueux et comprenant ma crainte sans pourtant la partager. Ces interlocuteurs de toutes origines me font beaucoup progresser, je change, jessaie de leur répondre individuellement mais je ny arrive plus comme je voudrais, je dois avoir 1 500 mails de retard
Ne men veuillez pas, cest juste impossible, vous êtes trop nombreux.Merci à tous pour votre écoute attentive et bienveillante :o)ÉC BIBLIOGRAPHIEParmi les livres et articles que jai lu depuis six mois, tous profondément proeuropéens, certains aident particulièrement à se forger une opinion construite et solidement argumentée sur ce texte complexe, et plus généralement sur la construction européenne et la dérégulation mondiale :· Raoul Marc Jennar, docteur en sciences politiques, chercheur pour le compte de lONG OXFAM, « Europe, la trahison des élites », 280 pages, décembre 2004, Fayard : pour un réquisitoire rigoureux et passionnant. Une étude consternante des rouages européens et des dérives foncièrement antidémocratiques de cette Europe qui ment tout le temps. Comment la défense des intérêts privés des grands groupes a dores et déjà pris la place de celle de lintérêt général. Les chapitres sur lOMC, lAGCS et lADPIC sont absolument é-di-fiants. Un livre essentiel, à lire durgence. Tous les journalistes, par exemple, devraient avoir lu ce livre.· Laurent Lemasson, diplômé de lIEP de Paris, docteur en droit public et sciences politiques, chargé de cours à lESSEC, a écrit un article captivant « Constitution européenne : lEurope y trouve-t-elle son compte ? », 15 déc. 2004 : une lectrice ma envoyé cette référence il y a quelques jours et je pense que cest lanalyse la plus finement argumentée, la plus pénétrante quil mait été donné de lire sur la question de léquilibre et du contrôle des pouvoirs. À lire absolument, ça va vous passionner. Cest sur le site le dinstitut Thomas More : http://www.institut-thomas-more.org/showNews/24. Cet auteur ma surpris : il lit dans le TCE le risque dune dérive vers un régime dassemblée (où le Parlement lui-même pourrait devenir tyrannique faute de procédure de dissolution). Il faut encore creuser ce point, mais son approche est vraiment fine et intéressante. À lire et à relire. Le danger considérable que constitue la Cour Européenne de justice, elle aussi sans contrôle, est également mis en valeur, avec la possibilité dune dérive vers un « gouvernement des juges ». Là aussi, il faut creuser ce thème complètement méconnu.· « Douze économistes contre le projet de constitution européenne », par Gilles Raveaud, docteur en économie et enseignant (Institut détudes européennes, Université Paris VIII, et onze autres : une analyse remarquable, très argumentée, du projet actuel de lUnion, plus économique que politique, à lire : http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=2231 et http://econon.free.fr/index.html · Paul Alliès, « Une constitution contre la démocratie ? Portrait dune Europe dépolitisée », 223 pages, mars 2005, Climats : ce professeur de sciences politiques à lUniversité de Montpellier I rappelle dabord les fondements de la démocratie, parmi lesquels un authentique processus constituant, et explique ensuite que le projet de TCE interdit à lEurope de devenir une véritable puissance politique, sonne le glas dun gouvernement économique et plus grave encore, dun fonctionnement démocratique.· Stéphane Marchand, « LEurope est mal partie », 361 pages, février 2005, Fayard : ce journaliste au Figaro a un style agréable à lire, il nous raconte lEurope politique dune façon vivante, il défend une Europe des cercles. Un livre optimiste malgré son titre, vraiment intéressant.· « La nouvelle Union européenne. Approches critiques de la constitution européenne », 182 pages, avril 2005, éd. XF de Guibert. Sous la direction dOlivier Gohin et Armel Pécheul, préface de Jean Foyer, tous professeurs de lUniversité : ce petit livre important regroupe les analyses de neuf jeunes constitutionnalistes universitaires et argumente de façon rigoureuse sur les vices rédhibitoires du TCE au regard de la démocratie. (rapport du colloque du 12 mars 2005, disponible sur commande, 3 rue JF Gerbillon 75006 PARIS).· Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public, a écrit dans le Monde, le 11 mars 2005, un article qui résume bien lessentiel : « Qui veut de la post-démocratie ? » : un article court (une page) et percutant : http://decrypt.politique.free.fr/constitution/lemonde.shtml. · Jean-Paul Fitoussi, économiste distingué, Professeur des Universités à l'Institut d'Études Politiques de Paris, Président du Conseil Scientifique de l'IEP de Paris, Président de l'OFCE et Secrétaire général de l'Association Internationale des Sciences Économiques, propose : « La Politique de limpuissance », 160 pages, janvier 2005, Arléa : un passionnant petit livre dentretiens avec Jean-Claude Guillebaud pour comprendre comment lEurope abandonne sciemment la démocratie et renonce à lintervention économique des États. En nous rappelant la chronologie des grandes décisions, on comprend quelle progression insensible nous a conduit là. Fitoussi est dune rigueur étonnante, un grand personnage de lanalyse économique.· Raoul Marc Jennar, « Quand lUnion Européenne tue lEurope », 40 pages, janvier 2005 : une brochure résumant un argumentaire serré contre le "traité constitutionnel". Également un DVD où Jennar présente lui-même, de façon pédagogique, très posée, trois exposés sur lAGCS, la directive Bolkestein et le traité constitutionnel. On y sent très fortement la terrifiante cohérence qui relie ces textes. Documents importants disponibles sur www.urfig.org. · Jacques Généreux, économiste, professeur à Sciences Po, « Manuel critique du parfait Européen Les bonnes raisons de dire "non" à la constitution », 165 pages, février 2005, Seuil : encore un excellent petit livre, très clair, vivant, incisif, très argumenté, avec une tonalité à la fois économique et très humaine. Encore un enthousiasmant plaidoyer pour une vraie Europe !· « Contre rapport lEurope des démocraties », par un groupe de conventionnels qui ont refusé de signer le projet de TCE, jugé comme « allant à lencontre de tous les principes démocratiques », pour une série de raisons qui méritent dêtre étudiées. Voir lannexe III, pages 21 à 24 : http://europa.eu.int/constitution/futurum/documents/contrib/doc180703_fr.pdf · Dominique Strauss-Kahn, « Oui ! Lettre ouverte aux enfants dEurope », 173 pages, oct. 2004, Grasset : un petit livre facile à lire qui défend bien les points forts du Traité, avec un style énergique, agréable à lire. Il tempête contre les opposants au traité en insistant sur les avancées quon perdrait avec un Non, mais il ne les rassure pas sur les points inacceptables du texte.· Laurent Fabius, « Une certaine idée de lEurope », 125 pages, nov. 2004, Plon : un petit livre sans longueurs, agréable à lire, qui résume bien ce qui nest pas acceptable et qui dédramatise le Non.· Yves Salesse, membre du Conseil dÉtat, « Manifeste pour une autre Europe », 120 pages, janvier 2005, Le Félin : un argumentaire précis, rigoureux, constructif. Agréable à lire et très instructif.· Yves Salesse a également rédigé un article plus court qui résume en 10 pages son analyse : « Dire non à la "constitution" européenne pour construire lEurope » : http://www.fondation-copernic.org/Flash-septembre2004.pdf. · Un petit film dune demi-heure résume de façon pédagogique les griefs contre le TCE recensés par Jennar, Salesse et Cassen : clip téléchargeable à http://www.fondation-copernic.org/ · Valéry Giscard dEstaing, « présente la Constitution pour lEurope », 396 pages, sept. 2003, Albin Michel : lintroduction est intéressante car elle décrit les travaux de la Convention, les difficultés rencontrées, les choix effectués. Le plus gros du livre est le texte du TCE mais avec une ancienne numérotation.· Olivier Duhamel, « Pour lEurope, le texte intégral de la Constitution expliqué et commenté », Seuil 2004 : une explication de texte de première main, par un grand professeur de droit constitutionnel qui a participé à la Convention et à lécriture du TCE.· Ces temps-ci, une source majeure dinformation non censurée, très orientée politiquement (à gauche), mais absolument foisonnante, est le site portail www.rezo.net. Jy trouve chaque jour au moins un document intéressant.· Bernard Maris, « Ah Dieu ! Que la guerre économique est jolie », novembre 1999, Albin Michel : pour une démonstration de limposture de "lindispensable guerre économique", avec un parallèle très convaincant avec la guerre de 1914 : comme dhabitude, la guerre n'est pas inévitable, et ceux qui poussent à faire la guerre ne sont pas ceux qui se battent et qui souffrent. Un bel appel à la désertion. À mettre en parallèle avec la religion de la concurrence (compétition) sans entrave, rabâchée par le "traité constitutionnel" qui, finalement, monte les États et les peuples les uns contre les autres, à coups de dumping social, fiscal, et environnemental.· Bernard Maris, « Anti-manuel déconomie », 355 pages, octobre 2003, Bréal : un livre important et savoureux pour comprendre lineptie du dogme de la religion du marché et de la concurrence. Un livre qui remet de la chair et du sang dans les théories économiques, qui fait léloge de la collaboration et de la gratuité. Passionnant, souvent drôle. Un livre formidable, à lire et à relire. Un économiste enthousiasmant.· Agnès Bertrand et Laurence Kalafatides, « OMC, le pouvoir invisible », 325 pages, juillet 2003, Fayard : un livre palpitant et éclairant pour comprendre les objectifs et les moyens de cette énorme machine à déréguler que sont le GATT puis lOMC, outils de contrainte pour les États mais jamais pour les entreprises. Ce livre permet de ressentir fortement la parfaite cohérence qui existe entre les objectifs et les influences de lOMC et ceux de la construction européenne actuelle. · Joseph E. Stiglitz, « La grande désillusion », 324 pages, sept. 2003, Fayard : un pavé dans la mare : un grand économiste libéral, patron de la banque mondiale, qui a travaillé avec les plus grands hommes de ce monde, et qui décrit en détail le dogmatisme aveugle et criminel des technocrates libéraux du FMI et ses conséquences sur les économies et les peuples. Un style soigné, 0% de matière grasse. Un grand bouquin, une référence. À lire.· Pour comprendre la logique densemble de ce qui prend forme au niveau planétaire, il faut lire larticle à la fois terrifiant et lumineux de Lori M. Wallach, « Le nouveau manifeste du capitalisme mondial », dans Le Monde diplomatique de février 1998, à propos de lAccord Multilatéral sur linvestissement (AMI), (une de ces « décisions Dracula », appelées ainsi parce quelles ne supportent pas la lumière, tellement elles sont évidemment inacceptables) : http://www.monde-diplomatique.fr/1998/02/WALLACH/10055. On y perçoit clairement, comme grâce à une caricature, la logique qui sous-tend de nombreux textes et accords essentiels en préparation aujourdhui : AGCS, Construction européenne libérale, OMC, ADPIC, directive Bolkestein, etc. La parenté de tous ces textes devient évidente : un redoutable « air de famille ».· Serge Halimi, « Le grand bond en arrière, comment lordre libéral sest imposé au monde », 618 pages, mars 2004, Fayard : un gros bouquin qui permet de comprendre comment on en est arrivé là. On retrouve cette cohérence densemble, et on ne lit plus le TCE de la même façon après avoir lu Jennar et Halimi. On change. On a limpression de se réveiller.· Robert Joumard et Christian Darlot, enfin, simples citoyens comme moi apparemment, ont fait la même démarche : ils ont beaucoup lu, di)))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))) Etienne Chouard, Don Quichotte du non Etienne Chouard, Don Quichotte du non
LE MONDE | 11.05.05 | 13h54 Mis à jour le 11.05.05 | 15h09
Etienne chouard a le sourire aussi franc que les petits smileys - : o) - qui émaillent la centaine de mails qu'il reçoit chaque jour. Depuis que, le 25 mars, poussé par une ardente obligation "morale", il a détaillé ses "dix raisons graves de s'opposer à un texte dangereux" - le traité constitutionnel -, le site Internet de ce prof d'informatique de BTS au lycée Marcel-Pagnol de Marseille est devenu l'un des plus fréquentés de France : 25 000 connexions par jour en moyenne. "Un rêve, pour un prof", dit-il. Avec "34 600 références" à son nom sur Google - le thermomètre de la célébrité des années 2000 -, le professeur Chouard peut être tenu pour une star. Celle, en tout cas, de la campagne référendaire.
)))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))
Etienne Chouard en quelques dates
1956 Naissance à Paris.
1980 Maîtrise de droit à Nanterre.
1985 Professeur de droit fiscal puis d'informatique en BTS de comptabilité au lycée Marcel-Pagnol, à Marseille.
2005 Publication d'Une mauvaise constitution qui révèle un secret cancer de notre démocratie sur son site, http://etienne.chouard.free.fr.
[-] fermer
)))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))
Tout a commencé en septembre 2004. "C'est Fabius qui m'a réveillé, un matin, sur Inter, chez Paoli." Ce traité constitutionnel, pour lequel les socialistes vont devoir se prononcer par référendum interne, ne plaît pas au numéro deux du PS. Etienne Chouard ne s'était pas posé de question : il allait voter oui, comme pour Maastricht.
Il commence à lire. Europe, la trahison des élites, de Raoul Marc Jennar (Fayard), devient son livre de chevet. "J'en ai acheté 17 ou 18, ç'a dû être mon premier acte de militance." Il achète ensuite l'Antimanuel d'économie de Bernard Maris (Bréal) - "Un bonbon, je regrette de l'avoir fini".