UDF
Marielle de Sarnez, l'éclaireuse de Bayrou
17/01/2007 - © Le Point
Elle a depuis vingt ans l'oreille de François Bayrou, dont elle est aussi l'oeil avisé. Celle qui sera sa directrice de campagne a décidé de sortir de l'ombre. Portrait d'une éminence grise très lumineuse.
S i l'UDF était une flèche, et Bayrou son archer, Marielle de Sarnez en serait la pointe. Silhouette d'escrimeuse, regard bleu ciel affûté et langage direct, tout, chez elle, autorise la comparaison. Surtout quand, grande blonde pressée à l'élégance négligée, elle déboule dans le Thalys en jean et pull à col en V, sac Vanessa Bruno à la main et sourire en bandoulière. Pas pour autant une tueuse, à l'entendre s'émouvoir sur le soleil qui chasse la brume dans la campagne. « Vous avez vu cette lumière, c'est superbe, non ? » Au moins autant que celle qui, samedi matin, faisait scintiller la ligne de crête des Pyrénées au moment de la déclaration de candidature du chef de l'UDF. L'idée de la faire du Béarn, berceau familial de la dynastie Bayrou, ils l'ont eue ensemble, dit Bayrou. Mais c'est « Marielle », il le confesse volontiers, qui l'a décidé à se déclarer en plein air. Sans beaucoup le forcer. « En elle j'ai toute ma confiance , assène-t-il. Elle est le pivot, le point central, la seule qui ait de l'influence réelle sur moi... même si je ne l'écoute pas toujours ! » Tout est presque dit.
Marielle de Sarnez a 55 ans. Elle est députée européenne, vice-présidente de l'UDF, et sera la directrice de campagne de François Bayrou en 2007. Dans le microcosme, tout le monde la connaît. Dans la vraie vie, personne. C'en est d'ailleurs bizarre, tant, à la voir, on se dit qu'elle est du pain bénit pour un candidat en campagne. Elle a du charme et du charisme, elle passe bien à la télé, et c'est une femme. En ce moment, ça compte. Elle le confesse, mais ajoute qu'il faut « arrêter de s'esbaudir avec ça, parce que ça va devenir ringard » . Elle l'a dit l'autre jour, chez Christine Ockrent. Un « France Europe Express » « spécial femmes » avec Marine Le Pen, Corinne Lepage et Françoise de Panafieu. Dont elle sera la rivale à la mairie de Paris en tant que tête de liste UDF. « Elle va faire un malheur » , prédit Bayrou, qui se réjouit que celle qu'on appelle sa « tour de contrôle » ait enfin décidé de sortir de l'ombre pour aller se bronzer à la lumière des combats médiatiques. Pour elle, c'est une première. En 1979, Simone Veil - « une femme magnifique » - lui propose d'être sur sa liste. Elle refuse, car elle est enceinte. Aux législatives de 1993, idem avec Bayrou. Niet, mais pour d'autres raisons. « Timidité, complexes » , avancent ses amis. Serait-elle désinhibée ? « J'ai maintenant la distance pour le faire, et je n'ai pas peur à la télévision » , explique-t-elle. Alors pourquoi ne l'y voyait-on pas ? « J'avais fait quelques émissions, mais ça passait inaperçu. » Elle s'arrête et rit : « Peut-être parce que c'était sur l'Europe ! »
L'Europe, c'est son dada. Quand elle en parle, ça s'allume au fond de ses yeux. Elle dit que ne pas faire l'Europe, c'est être irresponsable. Que les Français font preuve d'un immense péché d'orgueil en pensant que la France peut peser seule dans le monde. Que c'est facile d'en faire un bouc émissaire « pour des situations qui relèvent de notre propre impuissance » . Elle veut la relancer, y mettre la France au premier rang pour faire rayonner des valeurs et un projet de société à opposer à celui des Américains ou des Chinois. Au Parlement de Bruxelles, elle explique ça aux lycéennes d'Ile-de-France qui pique-niquent sur la moquette. Elle en traverse les couloirs au pas de course, claque la bise à ses collègues et propose qu'on élise le président du groupe à main levée pour gagner du temps. « Marielle, elle se prend pas la tête » , résume Anne Lapérouse, eurodéputée du Tarn.
Son extrême proximité avec Bayrou est un mystère. Le goût pour la lecture excepté, tout oppose ces deux sparring partners - c'est le mot qu'elle préfère pour décrire leur relation. Il est provincial, elle est parisienne. Il est né paysan, elle, noblesse d'Empire. Il est croyant et pratiquant, elle a été éclaireuse pour ne pas aller aux scouts. Mieux, alors qu'il est agrégé des lettres, elle n'a pas fait d'études, et a même réussi l'exploit de se faire virer de Sainte-Marie-de-Passy pour avoir retaillé aux ciseaux les cheveux d'une copine. Les vestes en velours en moins, on pense à Brett Sinclair et Danny Wilde, les héros complémentaires d'« Amicalement vôtre ». Peut-être pas un hasard si, comme la série culte, pur produit des années 70, le centrisme revient d'ailleurs à la mode.
Elle est tombée dans le centre par hasard. Elle avait 22 ans et, à l'époque, c'était branché, c'était Giscard. Un ami de la famille, Ladislas Poniatowski, lui en entrouvre la porte en lui proposant un mi-temps de secrétaire aux Républicains indépendants. Presque pour la sauver. Elle a quitté le giron familial et, pour gagner sa vie, vend des fourrures au porte-à-porte. Pis, elle fait Mai 68 au moment où son père, Olivier de Sarnez, se fait élire député UDR pour défendre l'ordre gaulliste . Novatrice, elle crée les tee-shirts « Giscard à la barre », et pousse la politique-passion jusqu'à épouser Philippe Augier, chef des jeunes du parti et futur maire de Deauville, dont elle aura deux enfants. C'est dans les coulisses de la campagne de Barre, en 1978, qu'elle rencontre Bayrou. « Elle avait mis des parkas "Barre confiance" à tout le monde » , s'amuse le président de l'UDF. « Elle était responsable des meetings, moi j'étais le chef des plumes. On vantait ses capacités d'organisatrice, son énergie. » « Il était l'intellectuel-plume, le jeune politique qui monte , renchérit-elle. On avait le même âge, je le trouvais sympa. » Le générique au clavecin d'« Amicalement vôtre » peut commencer : ils ne vont plus se quitter. En 1993, elle le suit à l'Education nationale. En deux ans, elle en devient le « dircab ». « C'est bien la première fois qu'il y aura eu un directeur de cabinet autodidacte au ministère de l'Education » , s'amuse Bayrou, qui, aujourd'hui, profite de sa nostalgie du giscardisme triomphant : « Elle a connu le centrisme victorieux, c'est une combattante, et ça tombe bien ! »
Oui, ça tombe bien. Car Bayrou aura besoin de cette éminence blonde pour ne pas finir, comme en 2002, sur la bande d'arrêt d'urgence des élections dans un bus au colza en panne de carburant politique. Et pas seulement, comme disent les méchantes langues, pour flatter son ego quand il doute, ou contrôler le périmètre de sécurité qu'elle aurait installé autour du chef. Il aura besoin d'elle, car cette centriste tendance dure n'a pas son pareil pour ringardiser en deux phrases « Ségolène » ou « Sarko », et vous vendre Bayrou comme un Kennedy d'aujourd'hui, qui n'a pas besoin de s'inventer une image, parce qu'il est « plus profond que les autres » et qu' « il a une histoire avec la France » . C'est gonflé, mais elle y croit, comme à l'idée du centre qui serait, à l'horizon 2007, le seul vote contestataire constructif. « Marielle est certainement pour beaucoup dans l'évolution de Bayrou , analyse son collègue européen Daniel Cohn-Bendit. Avant, il était très droite catho-cinq enfants et bondissait dès qu'on évoquait la drogue ; aujourd'hui, il parle d'homoparentalité : c'est un rééquilibrage intelligent. »
Cet ange gardien souriant a-t-il trop d'influence, au point d'avoir réussi à faire marcher Bayrou chaque matin à l'aube ? C'est ce que disent ceux qui s'agacent que le chef ne lève pas le petit doigt sans lui parler d'abord. S'étrangleront-ils en apprenant que le fils de Marielle, âgé de 28 ans, rentrera bientôt du Darfour pour rejoindre le staff de campagne ? Il y dirigeait un camp de réfugiés, et a tout connu de cette sale guerre. Face aux razzias que ne manqueront pas de lancer contre les « Bédouins » de l'UDF les « Jenjawid » des rues La Boétie ou de Solferino, c'est déjà tout un symbole.
Marielle de Sarnez
1951 : naissance à Paris
1974 : dans le staff de campagne de VGE
1978-1979 : naissance de ses enfants
1997 : directrice de cabinet à l'Education nationale
1999 : élue députée européenne
2004 : conduit la liste UDF aux européennes en Ile-de-France : 12,63 % des voix
2006 : élue à la tête de la fédération de Paris