Le gouvernement prépare les Français à vivre avec un pétrole cher
AFP [ mercredi 17 août 2005 - 8h13 ]
Le ministre de l'Economie Thierry Breton et le Premier ministre Dominique de Villepin, le 16 août 2005 à Matignon © AFP Pierre Andrieu PARIS (AFP) -
Le Premier ministre Dominique de Villepin a préparé mardi les Français à un pétrole durablement cher, en défendant les énergies alternatives, dont le nucléaire, et en promettant des mesures pour les secteurs les plus touchés par l'envolée du prix du baril.
"Face à la crise pétrolière, je veux poser plusieurs exigences: une exigence de vérité, d'abord, car cette crise est appelée à durer. Tous les facteurs sont réunis pour que le pétrole reste cher dans les années et les décennies à venir", a averti le Premier ministre. Alors que le gouvernement était critiqué pour son silence sur l'emballement des prix depuis début août, M. de Villepin a convoqué à Matignon en pleine trêve estivale plusieurs ministres pour une réunion sur la politique énergétique de la France. Entouré de Thierry Breton (Finances), Dominique Perben (Transports), Nelly Olin (Ecologie) et François Loos (Industrie), il a ensuite expliqué que l'augmentation du prix du brut était due à la hausse rapide de la consommation mondiale mais aussi aux tensions politiques au Moyen-Orient, qui concentre les deux tiers des réserves, autant de facteurs qui risquent de durer. Le gouvernement entend donc renforcer l'indépendance énergétique de la France: si la production nationale couvre aujourd'hui la moitié des besoins énergétiques, "cet acquis doit être conforté car c'est cette orientation qui, seule, nous permettra de protéger dans la durée le pouvoir d'achat des Français", a estimé M. de Villepin.
Pour cela, il entend relancer les investissements dans le domaine pétrolier. Jugeant les capacités de raffinage actuellement saturées en France, M. de Villepin a enjoint Total et les autres compagnies pétrolières d'engager des efforts en ce sens.
Le gouvernement veut aussi préparer la nouvelle génération de centrales nucléaires. Un réacteur de troisième génération, l'EPR, destiné à prendre le relais des réacteurs existants, doit être mis en service à l'horizon 2012. Pas question cependant de tomber dans le "tout nucléaire", a promis le Premier ministre, qui préconise "un véritable bouquet énergétique" comportant le développement des énergies renouvelables, telles l'hydroélectricité, l'éolien, les biocarburants et le solaire.
"Ces nouvelles énergies deviennent des alternatives de plus en plus intéressantes à mesure que le prix du pétrole monte", a reconnu M. de Villepin. A partir d'un baril à 50 dollars, la production d'électricité d'origine éolienne devient compétitive par rapport à la production fournie par les turbines à gaz à cycle combiné, selon le syndicat des énergies renouvelables. Une directive européenne prévoit que les énergies renouvelables passent de 16% à 21% à l'horizon 2010.
Sans annoncer de nouvelles mesures, le Premier ministre a rappelé que le gouvernement avait pris des dispositions en faveur des biocarburants et de l'électricité produite par les énergies renouvelables. Sans lancer d'appel aux Français à réduire leur consommation d'énergie, il a assuré que l'Etat prendrait "toute sa part" dans les économies d'énergie. Il a cité le renforcement des crédits d'impôts en faveur des voitures propres et de l'acquisition de chauffages fonctionnant à partir d'énergie renouvelable, ainsi que la relance des investissements publics en faveur des transports collectifs et la recherche sur les véhicules propres. Alors en poste à Bercy, Nicolas Sarkozy avait prôné en octobre 2004 une politique de +chasse au gaspi+ pour contrer l'envolée des prix du brut. Le Premier ministre a par ailleurs jugé qu'il fallait définir un "plan d'adaptation de chacun des secteurs à la nouvelle donne pétrolière". Les ministres concernés devront rencontrer les différentes professions "dès les semaines qui viennent", a-t-il dit.
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