L'ouest de la France est particulièrement touché par la sécheresse
LE MONDE | 02.08.05 | 13h39 Mis à jour le 02.08.05 | 13h50
Les rivières asséchées, des débits très faibles, des niveaux de nappes phréatiques inférieurs aux moyennes... Après plusieurs mois consécutifs de sécheresse, plusieurs régions françaises, notamment dans l'ouest du pays, connaissent une situation qui s'apparente à la crise historique de 1976, année marquée par un très fort déficit pluviométrique. Dans 19 départements, la situation est jugée "préoccupante" par le ministère de l'écologie. Dans 34 autres, elle est qualifiée de "délicate" .
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Belle-Ile ravitaillée en eau par bateau
Belle-Ile-en-Mer (Morbihan), qui risque de se trouver bientôt en rupture d'eau potable en raison de la sécheresse, a commencé, lundi 1er août, à être ravitaillée en eau douce par bateau. Le cargo-citerne Pointe-du-Croisic, qui peut transporter 7 150 m3 d'eau, a quitté le port de Lorient, lundi matin, pour rejoindre Belle-Ile avec sa première cargaison. Des rotations sont prévues pendant les mois d'août et septembre, à raison de trois jours et demi pour une rotation. Quelque 100 000 m3 d'eau devraient ainsi être acheminés pendant l'été.
Belle-Ile souffre d'un déficit pluviométrique depuis plusieurs mois. L'île dispose de trois retenues d'eau, uniquement alimentées en eau de pluie, d'une capacité totale de 850 000 m3 mais qui ne contiennent aujourd'hui que 170 000 m3. Pendant l'été, la population de l'île passe de 5 000 à 50 000 habitants. Le coût global du ravitaillement en eau est estimé à 2,8 millions d'euros à cause, notamment, de la construction d'une plate-forme d'accostage pour le cargo-citerne. (AFP.)
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Les pluies du début de la semaine ne devraient pas suffire à inverser la tendance : Météo France relève que le bilan pluviométrique a été largement déficitaire pendant la période critique de l'automne et de l'hiver, où les précipitations censées reconstituer les réserves souterraines sont restées limitées, notamment en Poitou-Charente, dans les Pays de la Loire, en Aquitaine et dans une partie des régions Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur.
PLUIES FAIBLES OU INEXISTANTES
L'absence de pluies pendant l'été, plus habituelle, n'a pas permis de combler les déficits. " Pendant le mois de juillet, la pluviométrie a été assez contrastée entre le Nord et le Sud", précise cependant Jérôme Lecou, ingénieur prévisionniste à Météo France. Elle a même été excédentaire dans le nord du pays et le Bassin parisien, avec en moyenne 90 mm de pluies, soit 50 % de plus que la normale. Il est ainsi tombé 105 mm d'eau à Saint-Quentin, 173 mm à Lille, 67 mm à Rouen, 65 mm au Bourget et 35 mm à Paris-Montsouris. " Globalement, la région nord a été assez bien arrosée, mais de manière inégale, car ces pluies étaient le faitde cellules orageu ses" , ajoute Jérôme Lecou.
" Par contre, dans les régions du Sud, on a eu des pluies faibles, voire inexist antes" , précise le spécialiste. Il est y tombé seulement 5 à 6 mm en moyenne pendant le mois de juillet, contre 30 à 40 mm habituellement. Il n'a quasiment pas plu à Marignane (3 mm), Nice (5 mm), Perpignan (5 mm) et Toulouse (10 mm). Globalement, dans le Sud, il est tombé seulement la moitié des précipitations habituelles de juillet. La situation est identique dans le Centre-Est (Massif central et région Rhône-Alpes). Il faudra attendre les pluies d'automne à partir de septembre pour espérer une amélioration.
Conséquence de cette sécheresse, les préfets, qui sont responsables de la "police de l'eau", ont multiplié les mesures de restriction pour les particuliers, les agriculteurs et les industriels. Des arrêtés ont ainsi été publiés dans 62 départements, contre une cinquantaine à la même époque en 2003 et 2004. Ces textes déclinent les interdictions selon la gravité de la sécheresse (généralement trois niveaux : alerte, alerte renforcée, crise) et selon son étendue (d'un bassin versant à l'ensemble du département).
Pour les particuliers, qui représentent 25 % de la consommation totale d'eau en France, les interdictions touchent généralement le lavage des véhicules (hors stations de lavage), le remplissage des piscines (sauf celles en cours de construction) et l'arrosage des pelouses. Dans certains départements, toutefois, les préfets sont allés plus loin encore, pour faire face à des situations plus critiques : dans l'Ardèche, par exemple, un arrêté interdit pour six bassins versants l'arrosage des jardins potagers, sauf deux jours par semaine. Dans la Charente-Maritime, les douches publiques sur les plages ont été fermées. Par souci de préservation des rivières, des interdictions de canyoning ont été prononcées dans le Gard. En cas de non-respect de ces dispositions, des amendes pouvant aller jusqu'à 1 500 euros sont prévues par le code de l'environnement.
STOCKS DE FOURRAGE CORRECTS
Les agriculteurs, qui consomment 49 % de l'eau pendant l'année mais près de 80 % pendant la saison estivale, subissent également des restrictions. Les préfets disposent de deux moyens principaux : soit le "lissage" des prélèvements d'eau sur la journée ou la semaine pour éviter que tous les agriculteurs irriguent en même temps, soit la limitation des débits pouvant être prélevés. Ces mesures ont été mises en oeuvre dans la plupart des départements touchés par la sécheresse.
Le ministère de l'agriculture se veut néanmoins assez confiant sur le niveau des récoltes pour 2005. Contrairement à l'épisode de la canicule de 2003, les stocks de fourrage sont jugés corrects et pourraient, de toute façon, être compensés grâce à l'autorisation donnée par Bruxelles de pâturer les jachères.
Les seules inquiétudes portent sur la production de maïs, celle-ci étant très consommatrice en eau, dont le niveau dépendra de la pluviométrie en août. "A l'avenir, il faudra faire en sorte qu'il y ait plus de disponibilité en eau" , a souligné le ministre de l'agriculture, Dominique Bussereau, sur RMC info, lundi 1er août, en suggérant la mise en place de "réserves de substitution partout où la nature le permet" .
De leur côté, les industriels sont incités à limiter leur consommation d'eau aux besoins indispensables. Dans certains cas, lorsque cela a été prévu au moment de l'autorisation de prélèvement, des mesures plus restrictives sont possibles. EDF, qui prélève des volumes très importants pour refroidir ses centrales nucléaires, a ainsi dû procéder à des baisses "significatives" de sa production dans plusieurs sites, sur le Rhône et la Garonne. L'entreprise publique affirme, par ailleurs, affronter une situation délicate pour ses barrages, très peu remplis, notamment dans le Sud-Est : EDF a déjà perdu 5 % de sa capacité de production hydraulique.
Luc Bronner et Christiane Galus
Article paru dans l'édition du 03.08.05