Des idées pour se libérer du pétrole
La Réunion sabonne aux énergies renouvelables
12 mars 2005
Le PRERURE (Plan régional des énergies renouvelables et dutilisation rationnelle de lénergie) coûtera près dun milliard deuros aux collectivités. Lobjectif en vaut la peine : arriver à 90% dindépendance énergétique de lîle.
(Pages 6 et 7)
"Le concept de base, cest larbre : une protection solaire avec une ventilation maximale". Dans la bouche de Nicolas Picou, chargé dopération à lAgence régionale de lénergie de La Réunion, cette phrase na rien dune provocation. Bien au contraire, dans une île où les gestes quotidiens sont un véritable défi au bon sens énergétique, ces mots rappellent une évidence : nous consommons trop délectricité, donc trop dénergies fossiles, amenées à disparaître dans ce 21ème siècle.
Ce qui amène deux constatations. Dabord, il faut modérer notre consommation dénergie (planter des arbres pour rafraîchir la maison, par exemple ; ou circuler à vélo ou en tram-train plutôt quen voiture). Et ensuite, parmi les énergies que nous consommons, il faut progressivement baisser la part des énergies fossiles, notamment du pétrole, pour arriver à produire nous-mêmes lénergie dont nous avons besoin.
Dépendance actuelle : 83 %
Cest que lobjectif de lautosuffisance énergétique pour La Réunion ressemble actuellement à un objectif Lune. Lîle dépend de limportation de carburant raffiné pour ses besoins quotidiens, et avec laccroissement démographique et la politique du tout-voiture, la consommation augmente de 7 à 8% par an.
Selon lINSEE, la proportion de produits pétroliers importés crée une dépendance vis-à-vis de lextérieur pour 83% de lénergie consommée ! On imagine les conséquences dramatiques quentraînerait un arrêt des importations. Il est dailleurs étonnant quaucun auteur de cinéma nait encore utilisé ce thème pour un scénario de film catastrophe.
Pour la seule production délectricité, lindépendance énergétique de lîle est actuellement de 50% (ce qui signifie que La Réunion ne produit que la moitié de lélectricité quelle consomme). Alors quen 1981, la totalité de lélectricité réunionnaise était produite par énergie hydraulique (propre et renouvelable), laccroissement de la population et lamélioration de son confort (climatisation, téléviseurs, congélateurs ...) ont obligé lîle à importer du pétrole (à partir de 1990) et du charbon (à partir de 1995). Le taux dindépendance énergétique na cessé de se dégrader : il est vital que les Réunionnais inversent la tendance.
Dautant plus que notre production délectricité est encore assurée par EDF, entreprise qui assure une mission de service public et, à ce titre, facture les kilowatts beaucoup moins chers que leur coût réel de fabrication. Au vu de lévolution des services publics vers des logiques comptables privées, on peut se demander combien de temps les Réunionnais vont bénéficier de ce tarif de solidarité.
Autosuffisance à 90 % en 2025
Suite à la loi dorientation pour lOutre-mer, le Conseil régional a hérité de la compétence pour la maîtrise des énergies renouvelables. Lobjectif du PRERURE (Plan régional des énergies renouvelables et de lutilisation rationnelle de lénergie) est darriver à une autosuffisance énergétique de 90% pour lîle en 2025, en sachant que certaines énergies ne pourront jamais être produites à La Réunion (carburant pour les avions, par exemple).
Le PRERURE a un coût : près dun milliard deuros. Le programme des énergies renouvelables coûtera à lui tout seul 706 millions deuros, dont 283 pour les collectivités publiques (Région, Département, ADEME, État, Union européenne, etc). Mais pour nos élus comme pour Nicolas Picou, cet investissement en vaut la peine : cest le prix à payer pour ne plus dépendre des importations et limiter les dégâts dun développement économique que lon sait meurtrier pour lenvironnement. Selon les documents de lARER, si le PRERURE est mis en uvre, il permettra de garder constant le niveau des émissions polluantes entre 2000 et 2025. Dans le cas contraire, elles augmenteraient de 156%... !
Alors, lautosuffisance énergétique est-elle envisageable ? "Oui", répond sans hésiter Nicolas Picou. En chassant tous les gaspillages, en améliorant la conception des maisons pour quelles utilisent moins de climatisation tout en garantissant un confort thermique... "La DDE (Direction départementale de léquipement) a mis en place un programme pérenne : un référentiel de construction pour tous les climats de lîle", complète M. Picou.
"Il faudra aussi repenser le réseau électrique, qui a été conçu pour une production dénergie centralisée, et le transformer pour une production décentralisée". La route est longue pour atteindre lobjectif Lune, mais la fusée est sur orbite.
Nastassia
Avec la SAPHIR, la pluie pourrait faire de la lumière
La Société daménagement de périmètres hydro-agricoles développe actuellement le principe de turbines, pour produire de lélectricité à partir des captages deau.
Pourquoi se fatiguer à pomper de leau lorsquelle coule naturellement vers nous ? Cette question de bon sens, cest Christian Delvas qui la pose. Ladjoint au directeur général de la SAPHIR (Société daménagement de périmètres hydro-agricoles de lÎle de La Réunion), société privée qui gère le réseau de distribution deau dans la région de Saint-Pierre, propose une idée très simple : utiliser leau de pluie canalisée à la fois pour lirrigation et la production délectricité.
"Leau descend par gravitation, de la cote (altitude) 350 jusquau bord de la mer", explique Christian Delvas. "Et dans certaines canalisations, on observe de très fortes pressions". Normal, pour dix mètres daltitude en moins, la pression augmente dun bar. Sur un réseau de 9.000 hectares, entre Saint-Leu et Petite-Île, leau circule beaucoup...
"Dès lorigine, le concepteur du réseau a prévu des réducteurs de pression, poursuit M. Delvas, des appareils hydrauliques qui agissent mécaniquement sur le fluide pour casser la pression". Un système de piston additionné à un ressort provoque laccélération de leau, ce qui affaiblit sa pression.
"Lidée de SAPHIR, suggère M. Delvas, est de placer des turbines à ces endroits-là, pour casser la pression et faire tourner des roues à aubes". Le principe médiéval du moulin à aube servirait à produire de lélectricité. Lidée nest dailleurs pas neuve : une turbine de la CISE produit déjà de lélectricité à Bras-des-Lianes, près de Salazie, à partir du réseau deau potable (1) .
Pour la SAPHIR, qui transporte leau brute à la fois pour les communes et pour lirrigation des champs de canne, les conclusions de létude de faisabilité sont très favorables. "Il y a onze sites, sur nos réseaux, où nous pourrions produire de lélectricité de façon rentable", explique Christian Delvas. Cest-à-dire où le prix dachat par EDF permettrait à la société privée de réaliser un bénéfice.
Outre son caractère novateur, cet investissement aura lavantage de produire autant délectricité que celle que la SAPHIR achète actuellement à EDF ! "EDF aura gagné 6,3 GW/h", simplifie le directeur. Cest minuscule par rapport à la consommation totale de La Réunion, mais plusieurs petites économies cumulées pourront aboutir à une grande.
"Si les concepteurs du réseau avaient prévu des turbines dès le départ, cela aurait été dix fois plus rentable", regrette Christian Delvas, qui précise que dorénavant, lorsquun concepteur de réseau fait des études, il peut prévoir directement un appareil de production électrique. "Il y a la possibilité de placer des micro turbines sur les réseaux urbains ; il y a là de lénergie à récupérer. Ce sont des petits plus qui contribueront à lautonomie énergétique".
Dautant plus que La Réunion reçoit chaque année cinq milliards de mètres cubes de pluie (ce nest pas un hasard si le cirque de Salazie détient le record mondial de pluviosité). Des millions de mètres cubes partent directement à la mer, pendant que la Générale des eaux pompe pour diffuser de leau potable. En dehors de quatre mois de relative sécheresse chaque année, pendant lesquels le pompage restera nécessaire, La Réunion devrait pouvoir mieux utiliser ses eaux de pluie. "Nous sommes acculés physiquement à régler nos problèmes localement", conclut Christian Delvas.
(1) Voir le site Internet de lARER www.arer.org
Des vagues, du vent, du soleil : une carte postale !
De nombreuses initiatives ont déjà été prises, médiatisées et soutenues par le Conseil régional pour encourager la production dénergies renouvelables (chauffe-eau solaires, maîtrise de lénergie à lusine Edena, éolienne à lIUT de Saint-Pierre, etc). Nous avons souhaité interroger des acteurs dinitiatives plus récentes ; mais ceux-ci préfèrent rester discrets. Nous nous contenterons donc dun petit tour dhorizon, avec laide de Nicolas Picou, de lARER.
En commençant par les chauffe-eau solaires : "Il y en a 50.000 à La Réunion ; ça marche bien", confirme M. Picou. On mesure leur rôle social lorsquon voit des chauffe-eau solaires sur les toits de modestes habitations dans les Hauts, dans des familles aux revenus très modestes : oui, lénergie, ici subventionnée par le Conseil régional, doit rester un service public.
Des éoliennes pour alimenter Sainte-Rose
Une autre initiative a déjà fait couler de lencre : les vingt-trois éoliennes de Sainte-Rose suscitent déjà les craintes des riverains en raison du bruit. Lentreprise Vergnet océan Indien na pas souhaité répondre à nos questions. Selon Nicolas Picou, ces éoliennes vont bientôt entrer en phase industrielle et produiront de lélectricité, revendue à EDF. Daprès nos confrères du Quotidien, la production attendue est de 10 millions de kilowatts/h par an, soit léquivalent de la consommation de la ville de Sainte-Rose. En cas de cyclone, les 23 éoliennes seront rabattues sur le sol.
La force de leau est utilisée dans les centrales hydroélectriques depuis le début du 20ème siècle. Mais lHomme essaie désormais de la domestiquer hors des ravines : leau de mer réserve quelques petits secrets. Non pas avec les marées, invisibles à La Réunion en raison de la forte pente du bord de mer, mais avec lénergie des vagues. "Le Conseil régional a lancé une étude pour évaluer ce potentiel", précise M. Picou. Des expériences sont déjà menées en Écosse et aux Açores.
Des vagues, du vent et du soleil : tous les attributs dune carte postale touristique sont désormais sollicités pour produire de lélectricité, et économiser le coûteux pétrole.
Canne : "subventionner la bioénergie plutôt que le sucre"
La canne ne se transforme pas seulement en sucre. Déjà deux sucreries (Gol et Bois-Rouge) sont flanquées dune centrale thermique, qui produisent chacune de lélectricité à partir de la bagasse. Et si, comme le laissent entendre les négociations actuelles de lOCM, La Réunion devait limiter sa production de sucre ?
Nicolas Picou, de lARER, évoque lhypothèse de sélectionner la canne pour ses qualités énergétiques et non sucrières. Voire de remplacer carrément la canne par un autre végétal sur certains sites. Avec ça, imagine M. Picou, "on résout deux problèmes : lagriculture vit dune production locale, et on continue à avoir des ressources locales dénergie". Autrement dit : "On subventionnerait la bioénergie plutôt que le sucre".
Car lusage du sous-produit de la canne a fait ses preuves : "la bagasse permet déviter la production de gaz carbonique : elle nentraîne donc pas deffet de réchauffement climatique", constate Nicolas Picou. Cest différent de lexploitation fossile du bois, extrêmement destructrice en Amazonie ou en Afrique centrale, car les espèces coupées ne sont pas replantées et donnent lieu à une véritable déforestation. Un pillage des forêts pauvres qui entraîne de lourdes conséquences pour toute la planète.
An plis ke sa
o + 350% : cest laugmentation de la consommation dénergie ces vingt dernières années, essentiellement par le pétrole et le charbon.
o 2079 GW/h : cest la production électrique totale de La Réunion en 2003, calculée en gigawatts (milliards de watts) par heure. Dont 30% par énergie hydraulique, 14% par exploitation de bagasse, 27% par fuel lourd et gazole et 29% par charbon.
o Géothermie : des études sont menées pour déterminer si La Réunion possède des sources géothermiques (nappes deau à forte température), en raison de son activité volcanique. Si oui, ce pourrait être, comme en Islande, une source dénergie renouvelable et non polluante.
o Biomasse : lADEME (Agence départementale pour la maîtrise de lénergie) étudie la possibilité dexploiter du bois pour fabriquer de lénergie : soit des espèces plantées, soit des plantes invasives qui repoussent spontanément. Peuvent aussi être utilisés les déchets industriels du bois et des espaces verts.
o Biogaz : des expériences sont en cours, mais lagriculteur que nous avons sollicité na pas souhaité nous recevoir. Il sagit de fabriquer de lénergie à partir dun gaz de fermentation de déchets agricoles. Les boues de stations dépuration peuvent aussi être utilisées pour la production de méthane, qui sera brûlé dans une turbine. En 2005 doit être réalisé le centre denfouissement technique du Gol : une décharge quon recouvre dune bâche. La fermentation produira du méthane.
o À lire : lédition spéciale de Systèmes solaires, lobservateur des énergies renouvelables consacrée à lîle de La Réunion (janvier-février 2004). Ce document, réalisé en partenariat avec lARER, cite les expériences menées dans lîle.
Une agence SAVE pour La Réunion
Dans un communiqué diffusé hier, lARER (Agence régionale de lénergie Réunion) fait savoir quelle-même ainsi que lAgenzia veneziana per lenergia et Kaunas regional energy agency "ont contracté en 2003 un contrat SAVE (Specific action for vigourous economy) pour le soutien à la mise en place dagences SAVE respectivement sur lîle de La Réunion, la ville de Venise, en Italie et la ville de Kaunas, en Lituanie" et que "ces 3 agences se rencontrent à La Réunion le 15 et 16 mars prochain en présence de M. Ballesteros Torres, responsable du programme SAVE Agency à la Commission européenne".
Cette rencontre a pour objectif "de présenter à la Commission européenne létat davancement et le fonctionnement de chaque agence, de définir des axes potentiels de coopération entre les agences". Pour La Réunion, "cest une occasion exceptionnelle de valoriser auprès de partenaires européens les savoir-faire et les initiatives techniques et financières innovantes relatives à la maîtrise de lénergie et aux énergies renouvelables".
Selon lARER, "les acteurs réunionnais de lénergie ont une connaissance imparfaite de laction de lUnion européenne dans le cadre de la promotion des énergies renouvelables et de lefficacité énergétique" et quà linverse,
"lUnion européenne na pas une vision très précise des actions menées au niveau régional et dans locéan Indien sur ces domaines particulièrement stratégiques pour les îles tropicales comme La Réunion".
Ainsi, lARER organise le 16 mars prochain à lIUT de Saint-Pierre "une journée de concertation entre ce représentant de la Commission européenne et divers acteurs locaux du monde institutionnel, économique et de la recherche sous forme de conférence présentant le Programme énergie intelligente pour lEurope le matin et dateliers de travail sur différentes thématiques liées à la mobilisation des aides européennes pour structurer laction régionale laprès-midi".
Cette journée est ouverte aux acteurs intéressés qui peuvent sinscrire au 0262.38.39.34
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Deuxième séance du jeudi 15 avril 2004
199e séance de la session ordinaire 2003-2004
PRÉSIDENCE DE M. JEAN LE GARREC,
vice-président
M. le président. La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à quinze heures.)
1
ÉNERGIE
Déclaration du Gouvernement
et débat sur cette déclaration
M. le président. L'ordre du jour appelle une déclaration du Gouvernement relative à l'énergie et le débat sur cette déclaration.
La parole est à M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.
M. Nicolas Sarkozy, ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Monsieur le président, mesdames et messieurs les députés, avec Patrick Devedjian, nous engageons, avec ce débat sur l'énergie, un débat essentiel.
L'énergie est en effet un sujet qui devrait - je dis bien qu'il « devrait » - concerner tous les Français : sans elle, pas de production de richesses, pas de confort, pas de progrès économique. Sans énergie, plus rien n'existerait de cette vie quotidienne à laquelle nous sommes habitués au point de ne plus nous étonner de rien.
La question de l'énergie est très loin d'être seulement technique, et c'est tout l'enjeu de ce débat. Il s'agit à n'en point douter d'un véritable débat de société. Songeons un instant à cette réalité paradoxale et choquante : un quart des hommes et des femmes dans le monde n'ont pas accès à l'électricité. A tous les autres cependant, dont nous, habitants des pays développés, faisons partie, l'énergie apparaît comme un dû : j'en veux pour preuve un sondage effectué avant le débat national organisé par le Gouvernement au cours de l'année passée, selon lequel 70 % des Français interrogés disaient ne rien connaître de cette question. De fait, si les Français ne participent pas à ce débat, c'est parce que, pour la plupart d'entre nous, l'énergie n'est, hélas ! pas encore un sujet de préoccupation : l'électricité est là, à portée de main, elle permet tous les progrès. Alors pourquoi s'en soucier ?
D'autant que les termes du débat paraissent abscons : sécurité nucléaire, énergie renouvelable, ouverture des marchés européens, tout cela semble relever de discussions de spécialistes. Pourtant les enjeux qui sont derrière tous ces débats ne doivent pas être réservés à l'examen des seuls spécialistes. Mais comment s'étonner que les Français ne s'intéressent pas à un sujet qui reste si complexe, alors même qu'il est essentiel ? Comment s'en étonner, si nous n'affirmons pas aujourd'hui une forte volonté politique ? Pour la plupart des Français, d'ailleurs, la question de l'énergie se limite encore au seul débat autour du nucléaire, qui met en jeu des arguments souvent plus idéologiques que pragmatiques.
Quant aux économies d'énergie, nombreux, hélas ! sont ceux qui se demandent si elles sont encore utiles aujourd'hui. Ne parlons pas de la nécessité de recourir aux énergies renouvelables, dont beaucoup se demandent s'il ne s'agit pas d'une utopie plutôt que d'une véritable opportunité. Prenons l'exemple des éoliennes. L'opinion pensait que c'était une solution écologique, jusqu'à ce qu'on voie des associations de protection de l'environnement se mobiliser contre nombre de projets d'implantation. Alors beaucoup ne savent plus que penser ; beaucoup - ayons la franchise de le reconnaître - ne sont plus ni pour, ni contre : ils s'interrogent. C'est l'exemple même de débats publics aux enjeux mal compris, au point que le citoyen finit par se détourner de ce qui devrait le concerner au plus haut point. C'est le contraire de la démocratie.
M. Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques, de l'environnement et du territoire. Très bien !
M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Voila pourquoi Patrick Devedjian et moi-même souhaitons que, grâce à ce débat, les Français s'approprient ces enjeux ; qu'ils les approuvent ou qu'ils les contestent, mais qu'ils se passionnent pour cette question. Voilà pourquoi présenter, comme je souhaite le faire, de la manière la plus claire et la plus transparente les priorités de notre politique de l'énergie est déjà en soi un enjeu.
Je veux d'abord vous rappeler quelques faits. Incontestablement l'histoire de l'énergie en France s'articule autour de deux dates clés : La première est 1946, année où le général de Gaulle a pris la décision historique de créer, dans un secteur exsangue, deux entreprises nationales, Electricité de France et Gaz de France, chargées à l'époque d'accompagner le développement économique de notre pays. Grâce à cette décision, nous disposons aujourd'hui de deux champions nationaux. Près de 60 ans ont passé depuis cette date ; la France s'est ouverte sur l'Europe et l'Europe sur le monde. La question que nous devons nous poser est celle de savoir comment poursuivre l'uvre du général de Gaulle : comment donner à EDF et GDF les moyens de devenir pour l'Europe ce qu'elles sont pour la France depuis soixante ans ? La question n'est pas mince.
La seconde date marquante c'est 1973, date du premier choc pétrolier et de la découverte brutale de notre totale dépendance à l'égard du pétrole. C'est à cette date que se prennent deux décisions fondamentales : celle d'abord de lancer un programme nucléaire sans précédent, grâce auquel la France dispose aujourd'hui de trois atouts majeurs et que je crois incontestables. Le premier est un taux d'indépendance énergétique de 50 %, à comparer à celui de l'Italie, 16 %, et alors que nous n'avons pas de gisements de pétrole ni de gaz, à l'inverse des Anglais ou des Néerlandais, et que nous n'exploitons plus le charbon comme les Allemands. Malgré cela, grâce à cette décision du début des années soixante-dix, notre pays peut compter sur un taux d'indépendance énergétique de 50 %.
M. Jacques Myard. Et il faut le conserver !
M. Yves Cochet. De 0 % en réalité ! (Protestations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)
M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Deuxième atout, que l'on connaît moins, et qu'avec Patrick Devedjian nous avons voulu souligner : un prix de l'électricité compétitif puisqu'elle est pour les ménages 10 % moins chère que la moyenne européenne. Troisième avantage, dont j'aimerais aussi qu'on parle davantage : les émissions de CO2 de la France sont inférieures de 40 et de 35 % à celles respectivement de l'Allemagne et de l'Angleterre.
M. Jacques Myard. Il a raison !
M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Une plus grande indépendance, pour un coût moindre et un plus grand respect de l'environnement,...
M. Richard Mallié. Eh oui !
M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. ... je crois que c'est là un bilan qui peut rassembler très largement sur l'ensemble des bancs de cette assemblée. J'en veux pour preuve le fait que, alors que nous avons, chacun à notre tour, assumé l'alternance, nul n'est revenu sur les choix de 1946 et de 1973. Mais nous sommes aujourd'hui à un tournant.
La seconde décision majeure du début des années soixante-dix est le lancement d'une campagne d'économies d'énergie, résumée par cette expression entrée dans le langage courant, celle de « chasse au gaspi ». Peu de campagnes de communication ont imprégné aussi profondément le sentiment des Français. Cette « chasse au gaspi » n'a malheureusement pas survécu au contre-choc pétrolier de 1986, à savoir une forte augmentation de la production pétrolière, décidée par l'OPEP, et l'effondrement du prix du baril, qui est passé de trente à dix dollars. Les bonnes habitudes des années soixante-dix se perdent alors, et, reconnaissons-le, jamais aucun gouvernement, aussi forte soit la volonté politique, n'aura pu reprendre la main sur ce thème des économies d'énergie.
Nous sommes tous, quelle que soit notre appartenance politique, les héritiers de cette histoire, et notamment de ces deux dates incontournables pour l'histoire économique de notre pays.
Le problème, c'est que notre parc nucléaire a vieilli. La première centrale, celle de Fessenheim, aura trente ans en 2007. Il s'agit dès lors de savoir comment préparer la relève. Voilà une autre question qu'avec Patrick Devedjian nous souhaitons poser à la représentation nationale, car elle est fondamentale et, à l'évidence, on ne peut pas s'y dérober.
Quant aux économies d'énergie, que nous avons remisées avec une certaine imprudence, le simple bon sens nous indique qu'elles seront indispensables : il nous faudra bien partager demain avec le reste du monde une énergie dont chacun conviendra qu'au regard de l'histoire mondiale elle est appelée à devenir rare, voire de plus en plus rare. Comment relancer une grande politique dans ce domaine ? Voilà une autre question.
Nul ne doute de la nécessité de faire des choix, mais je souhaite maintenant rappeler en quelques mots les contraintes qui pèseront sur ces choix.
La première n'est pas nouvelle, puisqu'il s'agit de l'absence de gisements de pétrole et de gaz sur notre territoire. Le problème est que les conséquences négatives de cette situation pèsent d'un poids croissant. Aujourd'hui que la Chine est devenue le deuxième consommateur de pétrole au monde, avec un taux de croissance de 10 % par an ; que la production de pétrole des pays de l'OCDE stagne ; que l'OPEP détient 80 % des réserves de pétrole, et alors que la Russie sera le principal fournisseur de gaz de l'Europe dans vingt ans, il est clair que la question de la sécurité d'approvisionnement énergétique de notre pays et de l'Europe en général est une question géostratégique absolument incontournable.
M. Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques. Très juste !
M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. La seconde contrainte, plus récente, nous est imposée par le réchauffement climatique. La situation est la suivante : aujourd'hui sept milliards de tonnes de carbone sont rejetés dans l'atmosphère. Il en est résulté une augmentation de la température de la planète de 0,6 °C en un siècle. Et ce n'est pas fini, puisqu'on prévoit un réchauffement compris entre 1,5 et 6 °C d'ici à 2100. Quelques degrés de plus, c'est peu nominalement, mais cela suffit pour entraîner des conséquences majeures : atteintes à la santé, avec notamment une recrudescence des maladies tropicales, dommages causés à l'environnement, multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes. Il est ainsi à craindre que l'épisode de canicule que nous avons connu l'été dernier ne soit que le premier d'une longue série.
Les rapports sont nombreux sur la question, mais nous nous en tiendrons aux informations qui font consensus : pour stabiliser la température de la planète, l'humanité ne devrait émettre que trois milliards de tonnes de CO2 dans l'atmosphère, soit deux fois moins qu'aujourd'hui. Cela signifie pour nous, pays riches, qui sommes naturellement les plus gros producteurs de CO2, diviser par quatre nos émissions, soit une réduction de 3 % par an durant cinquante ans si on lisse l'effort. Voilà quels sont les enjeux du débat.
Face à ces questions et devant ces contraintes, il s'agit de déterminer une politique nationale cohérente et ambitieuse. C'est l'exercice auquel, avec Patrick Devedjian, nous nous trouvons confrontés.
Le Gouvernement vous propose quatre axes prioritaires.
Le premier - et nous souhaitons vivement qu'il puisse faire l'objet d'un consensus politique très large - est l'affirmation de la nécessité de renouer avec le dynamisme de 1974 en matière de maîtrise de l'énergie. Dans dix ans la France doit produire 25 % de richesses en plus avec seulement 9 % d'énergie supplémentaire. Dans trente ans il nous faudra produire deux fois plus de richesses avec la consommation d'énergie de 2015. Pour y arriver, nous devrons mobiliser toutes les politiques publiques. J'en donnerai six exemples, mais il y en a bien d'autres.
Nous devrons travailler avec les constructeurs automobiles pour qu'ils affichent, à côté du prix des voitures, le coût annuel de leur consommation d'essence. Plutôt que sur l'interdiction, nous misons sur l'information pour obtenir des Français qu'ils modifient leurs comportements, et nous pensons que la possibilité de choisir en toute connaissance de cause constitue la clé d'un changement des mentalités.
Deuxième exemple, nous voulons abaisser d'au moins 10 % les seuils de la réglementation thermique - c'est-à-dire le degré d'isolation, la qualité du chauffage, etc. - définie en 2000 pour les bâtiments neufs avec l'objectif de les diviser par trois à l'horizon 2050. Nous imposerons également à l'industrie du bâtiment, quand elle rénove des logements anciens, de respecter des normes d'efficacité énergétique aussi proches que possible de celles de 2000 pour le logement neuf. Le secteur du bâtiment est en effet celui qui recèle les opportunités d'économies d'énergie les plus facilement accessibles.
Troisième exemple, dans le domaine des transports, il faut poursuivre nos efforts en matière de respect des limitations de vitesse. Cela est essentiel non seulement pour réduire le nombre de morts de la route, mais aussi pour l'environnement. Un chiffre : grâce à notre politique de sécurité routière, les consommations d'énergie des voitures et des transports en commun ont - tenez-vous bien ! - baissé pour la première fois depuis 1973 ! Moins 1,8 % en 2003, alors que, jusqu'à présent, ce chiffre n'avait cessé d'augmenter les années précédentes.
M. Jacques Myard. Mais pendant ce temps, la TIPP diminue !
M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Si c'est au prix, monsieur Myard, d'une baisse de recettes issues de la TIPP, peut-être cela en vaut-il la peine pour l'avenir du monde !
M. Hervé Mariton. On est d'accord !
M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Tout ne peut pas se réduire aux recettes fiscales.
M. Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques. Très bien !
M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Et c'est le ministre des finances qui vous le dit ! (Applaudissements sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.) En effet, la catastrophe environnementale qui pourrait s'ensuivre coûterait bien plus cher qu'un déficit de recettes de TIPP.
Quatrième exemple, il faut sans aucun doute affecter la majeure partie de nos ressources financières d'investissement dans les infrastructures ferroviaires, fluviales et maritimes.
Cinquième exemple, nous imposerons par la loi aux fournisseurs d'électricité, de gaz et de fioul domestique d'aider financièrement leurs clients, c'est-à-dire les Français, à investir dans la maîtrise de l'énergie afin d'améliorer l'isolation de leur logement ou l'efficacité de leur chauffage.
Dernier exemple, en tant que ministre de finances, je vous proposerai de faire évoluer la fiscalité énergétique d'ici à la fin de l'année pour qu'elle avantage les Français qui participent, au travers de leur consommation d'énergie, à une meilleure protection de l'environnement. Là encore, je crois davantage à l'incitation et à la conviction qu'à la contrainte et à l'interdiction, celles-ci n'aboutissant qu'à la prohibition. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)
Deuxième axe prioritaire, il nous faut développer les énergies renouvelables. Ces énergies sont encore marginales - 6 % de la consommation française -, mais elles croissent rapidement en Europe, et la France doit rester dans la compétition. C'est bien pour l'environnement, c'est bien pour l'emploi. C'est aussi une assurance pour demain si les prix du pétrole ou du gaz devaient augmenter.
Nous vous proposons deux objectifs.
Le premier doit nous permettre d'accroître de 50 % d'ici à 2015 les énergies renouvelables qui produisent de la chaleur, c'est-à-dire le bois, les déchets - se pose à ce sujet le question des usines d'incinération - et le solaire. C'est possible car ces énergies ont crû de 8 % pour la seule année 2003. Comment faire ? En améliorant avant la fin de l'année le système des aides financières. En permettant par exemple aux collectivités locales de conditionner, si elles le souhaitent, l'octroi d'un permis de construire à l'obligation de recourir en partie aux énergies renouvelables - comme c'est le cas aujourd'hui dans une ville aussi moderne et prospère que Barcelone.
Le second objectif doit nous permettre de porter la production d'électricité d'origine renouvelable de 15 % à 21 % d'ici à 2010. La priorité dans ce domaine est la préservation du potentiel hydraulique actuel et le développement de l'éolien,...
M. Hervé Mariton. Et les paysages ?
M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. ...notamment offshore,...
M. Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques. Très bien !
M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. ...qui pose quand même moins de problèmes que l'éolien terrestre, même s'il y aurait beaucoup à dire sur le sujet.
Les filières industrielles concernées ont besoin de visibilité pour se développer en France, mais ce développement ne doit pas donner lieu à des excès en créant des rentes excessives ou des rejets par les populations concernées. C'est la raison pour laquelle nous avons lancé des appels d'offres en matière d'éolien et souhaité que la plus grande attention soit accordée à la concertation locale. Le Gouvernement est contre tous les intégrismes,...
M. Hervé Mariton. Très bien !
M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. ...y compris lorsqu'il s'agit de l'intégrisme prétendument écologiste. Là encore, c'est une question d'équilibre. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)
Enfin, le Gouvernement continuera d'encourager le développement des biocarburants, comme il le fait actuellement à travers la défiscalisation mise en place dans la dernière loi de finances. La meilleure manière d'aider au développement de cette filière fera certainement l'objet d'une discussion approfondie devant cette assemblée.
Sur les énergies renouvelables, il faut toutefois avoir l'honnêteté de reconnaître que, quelle que soit notre volonté politique, elles resteront un appoint aux énergies classiques et non un substitut, ce qui pose - de façon incontournable, si on veut bien être raisonnable - la question du nucléaire.
M. Jacques Myard. C'est évident !
M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Dans le domaine nucléaire, quelles sont nos certitudes et quelles sont nos interrogations ? Je pense d'ailleurs qu'on n'affaiblit pas ses certitudes en ayant le courage de revendiquer des interrogations.
La moitié de notre parc nucléaire aura une moyenne d'âge de trente ans en 2011. Trente ans étaient, je vous le rappelle, la durée de vie initialement prévue d'une centrale. Nous avons de bonnes raisons de penser que cette durée pourra être prolongée de dix ans. Certains prédisent plus ; ils n'en savent d'ailleurs rien. Disons qu'il est raisonnable d'affirmer que ce qui était prévu pour trente ans pourra vraisemblablement l'être pour quarante ans. Mais c'est une probabilité, ce n'est pas une certitude. Et en tout état de cause, qui pourrait affirmer sérieusement que notre parc de cinquante-huit centrales durera cinquante ans sans problème ?
Même avec la plus grande volonté possible en matière de maîtrise d'énergie et le plus fort volontarisme en faveur du développement des énergies renouvelables, il est certain que nous aurons à choisir pour renouveler notre parc nucléaire entre le nucléaire, le gaz et le charbon, c'est-à-dire entre les risques - et il en existe sans doute - associés au nucléaire et les émissions de gaz à effet de serre ! Mais que certains ne nous disent pas que nous ne luttons pas assez contre celles-ci tout en manifestant par ailleurs contre le nucléaire ! (Applaudissements sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire et du groupe Union pour la démocratie française.) On peut manifester contre les émissions de gaz à effet de serre ou contre le nucléaire, mais le faire contre les deux à la fois, c'est tout simplement irresponsable. Je respecte toutes les opinions. Il n'y a pas, de ce point de vue, de délit d'opinion, mais, je le répète, cette attitude est irresponsable. Je persiste et je signe ! (Applaudissements sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)
M. Yves Cochet. Pas du tout !
M. Jacques Myard. M. Cochet s'est reconnu dans ces irresponsables !
M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. D'autant plus que notre responsabilité est de mettre notre pays en capacité de lancer une nouvelle génération de centrales entre 2015 et 2020 en remplacement de l'actuelle. Autrement dit, les conséquences de notre débat d'aujourd'hui seront visibles entre 2015 et 2020. Le risque, c'est que notre pays se retrouve dans une impasse, dont nous serions les seuls responsables.
Pour cela - entrons maintenant dans le vif du débat -, une seule technologie est actuellement disponible : le réacteur européen à eau pressurisée, EPR. Ce réacteur est dix fois plus sûr, 10 % moins cher et produit, selon les techniques, entre 15 à 30 % de déchets en moins. Son déploiement industriel est possible dès 2020, et, à cet égard, nous voyons toute la difficulté puisque l'effet de latence est considérable entre les décisions que nous devons prendre maintenant et la réalisation : le délai est extraordinairement long. Le déploiement industriel de l'EPR est possible dès 2020, alors même que de l'avis de tous les scientifiques sur le sujet, les réacteurs, dits de quatrième génération, ne seraient - j'emploie le conditionnel, le futur serait sans doute trop affirmatif - au mieux disponibles qu'à l'horizon de 2045.
Vos collègues, Christian Bataille et Claude Birraux n'ont d'ailleurs pas dit autre chose dans leur excellent rapport réalisé au nom de l'Office des choix scientifiques et technologiques en mai 2003. (« Très bien ! » sur plusieurs bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)
M. Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques. Tout à fait !
M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Je ne pense pas caricaturer leur position...
M. Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques. Pas du tout !
M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. ...en déclarant cela, avec prudence, bien sûr, compte tenu de la difficulté du sujet.
C'est la raison pour laquelle le Gouvernement, conformément à l'annonce du Premier ministre, est en faveur de la construction prochaine d'un EPR. C'est le troisième axe prioritaire de notre politique énergétique. Il faut tout de même noter qu'entre la décision que l'on prendrait et l'expérimentation, il s'écoulerait au moins sept ans. On comprend, là encore, la difficulté du sujet.
Mais le Gouvernement souhaite préciser à la représentation nationale qu'il n'est pas question de signer un chèque en blanc à la filière nucléaire.
Le nucléaire a des incidences sur notre vie économique et peut en avoir sur notre vie quotidienne. Il doit donc impérativement accroître sa transparence et assumer un devoir d'information du public. C'est l'objectif de la loi sur l'information et la transparence nucléaires que le Sénat devra examiner avant l'été.
Je veux aussi préciser que le nucléaire n'a pas non plus vocation à produire toute notre électricité et que la France devra également veiller à garder un parc de production thermique, c'est-à-dire utilisant le gaz, le fioul ou même le charbon, en quantité suffisante.
Quatrième axe de notre politique d'énergie : développer la recherche dans le domaine de l'énergie. La recherche est un enjeu majeur. Nous ne vaincrons pas le réchauffement climatique sans ruptures avec nos habitudes, pas plus que nous le ferons sans découverte de nouvelles technologies. Les nouvelles technologies de l'énergie doivent devenir une des priorités de notre recherche.
Je proposerai que soit élaboré un programme d'actions précis et qu'y soient alloués les moyens financiers nécessaires pour préparer l'avenir en la matière.
L'avenir nous permettra de savoir capturer et stocker, par exemple dans un champ de gaz, le CO2 émis dans l'atmosphère. L'avenir, c'est faire fonctionner nos véhicules avec des biocarburants, de l'hydrogène et des piles à combustibles. L'avenir, c'est peut-être savoir s'éclairer avec la technologie du photovoltaïque. Enfin, l'avenir, c'est consommer de l'électricité et du gaz sans les gaspiller.
Telles sont les grandes orientations de notre politique énergétique.
Avant de terminer, je voudrais - c'est un point auquel M. Devedjian et moi-même tenons beaucoup - inscrire cette politique nationale ambitieuse et cohérente dans un cadre nouveau : le cadre européen.
Le temps où la France pouvait définir sa politique énergétique sans tenir compte de celles de ses voisins est révolu, et je vais essayer de le démontrer. L'Europe de l'énergie doit devenir une réalité.
Cela nous permettra de faire gagner nos entreprises et, en même temps, de favoriser l'indépendance énergétique de l'Europe.
Pour cela, nous devons concevoir un véritable projet industriel pour EDF et GDF. A partir du moment où la concurrence s'ouvre sur le marché français, si EDF et GDF ne gagnent pas des parts de marché sur le marché européen, un gigantesque problème d'emploi se posera. Il faut donc donner les moyens à ces deux grandes entreprises d'un projet industriel qui leur permettra de gagner en Europe ce qu'elles risquent de perdre en France avec l'ouverture du marché à la concurrence.
Reconnaissons qu'EDF et GDF - formidables entreprises - présentent des fragilités.
Première fragilité, le principe de spécialité. Ce principe, lié à leur statut actuel, les empêche de faire une proposition commune de gaz et d'électricité. Or à la fin de cette année, leurs concurrents pourront proposer une offre commune, couplée. Pas EDF et GDF si nous ne faisons rien.
Deuxième fragilité, le statut d'établissement public. Il constitue aujourd'hui le premier frein au développement d'EDF et de GDF à l'extérieur de nos frontières.
M. Christian Bataille. C'est un point de vue.
M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Souvenez-vous de ce qui s'est passé en Italie et en Espagne !
Dernière fragilité, EDF comme GDF sont face à des difficultés : EDF est trop endettée et doit renforcer ses fonds propres. Moi, je veux bien que le statut actuel soit merveilleux, mais je pose une question : pourquoi pas un seul gouvernement n'a donné un centime à EDF et à GDF depuis vingt-deux ans ? Voilà la réalité des choses ! Et durant ces vingt-deux années, la gauche a été plus longtemps au pouvoir que la droite ! (Applaudissements sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire. - Exclamations sur les bancs du groupe socialiste et du groupe des député-e-s communistes et républicains.) Nous sommes donc coresponsables !
EDF a 26 milliards d'euros de dettes et 19 milliards d'euros de fonds propres, et si l'on n'a rien fait pour renforcer ceux-ci, il ne faut pas verser des larmes de crocodile sur la fragilité d'EDF. Dans un marché de concurrence, l'État, qui a bien d'autres choses à faire, n'est pas le meilleur actionnaire pour accompagner un développement. Ce n'est d'ailleurs pas une découverte : il l'a déjà prouvé en ne donnant pas à EDF et à GDF les moyens de leur développement. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)
M. Christian Bataille. Ces entreprises n'ont donc rien coûté à l'Etat !
M. le ministre d'État, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Agir, cela signifie donc donner à EDF et à GDF les moyens juridiques et financiers de devenir des champions européens. M. Devedjian et moi-même pensons en effet qu'il y a consensus sur ce sujet : chacun, ici, souhaite qu'EDF et GDF restent des champions, et nul ne peut prétendre aimer EDF et GDF plus qu'un autre. Toutefois, on peut, comme il est normal en démocratie, débattre des modalités pratiques qui permettraient à ces grandes entreprises de progresser et de se développer.
Nous pensons, quant à nous, qu'il faut leur donner une nouvelle forme juridique, celle de société, et en même temps leur offrir les moyens d'augmenter leurs ressources, et donc leur capital. EDF et GDF ne seront jamais des entreprises comme les autres. On invoque souvent l'argument de France Télécom. Oserai-je affirmer qu'il n'est pas pertinent ? Un central téléphonique n'a rien de commun avec une centrale nucléaire. Aussi le gouvernement français a-t-il proclamé solennellement qu'il ne privatiserait pas EDF et GDF. Les centrales nucléaires ne peuvent être comparées à aucun autre équipement technologique. Il y a, en la matière, une mission de service public.
Cela signifie que l'Etat restera largement majoritaire dans le capital de ces entreprises ? nous aurons l'occasion de discuter du niveau de sa participation ? et que ces entreprises resteront publiques.
Quant aux agents d'EDF et de GDF, ils représentent la première richesse de ces entreprises, non seulement en raison de leur compétence, mais pour leur attachement à leurs entreprises.
M. Daniel Paul. C'est bizarre, l'UMP n'applaudit plus !
M. Alain Marsaud. Vous n'avez qu'à applaudir, vous !
M. le ministre d'État, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Au nom de quoi serait-il blâmable de vouloir leur permettre de devenir actionnaires d'entreprises dont ils ont fait la prospérité ? (Applaudissements sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)
M. Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques. Enfin, la participation !
M. Alain Marsaud. Vous voyez, monsieur Paul, l'UMP applaudit !
M. le ministre d'État, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Il y aurait, me semble-t-il, quelque incohérence à dire que les électriciens et les gaziers aiment EDF et GDF, et d'en conclure qu'il convient donc de leur interdire de devenir les propriétaires d'entreprises dont ils sont, au premier chef, responsables du développement, de la prospérité et de l'avenir.
M. Devedjian et moi-même l'avons dit lorsque nous avons reçu les organisations syndicales, et nous le confirmons ici : le statut des agents d'EDF et de GDF ne sera pas modifié, la garantie de l'emploi dont ils disposent ne sera pas touchée, leurs prestations sociales ne seront pas changées, et leur régime de retraite restera toujours un régime spécial, même si son mode de financement doit être modifié pour en assurer la pérennité, la garantie de l'Etat ne pouvant être conservée du fait des règles européennes.
Nous devons nous adapter à l'Europe, mais nous devons aussi redevenir une force de proposition pour l'Europe. La France doit proposer à l'Europe des règles communes. Partager un marché unique, c'est bien sûr bénéficier d'un marché plus efficace, profiter d'une solidarité accrue, mais c'est aussi minimiser ensemble les risques : celui qu'une coupure généralisée n'affecte une partie de l'Europe, celui que la politique insuffisamment prévoyante d'un pays en matière de production ne se traduise par des hausses de prix chez ses voisins. On voit bien que, en la matière, nous sommes solidaires les uns des autres. Nous ne voulons pas faire en Europe ce qu'a fait la Californie. Nous voulons maîtriser collectivement ces risques. C'est pourquoi la France déposera un mémorandum sur l'Europe de l'énergie. Nous voulons que le parc de production électrique européen soit suffisant, que chaque pays dispose d'un niveau minimum de production par rapport à sa consommation, que tout l'approvisionnement ne repose pas sur les exportations : le black-out italien de l'été dernier est là pour nous rappeler cette nécessité. Avec les incertitudes stratégiques actuelles, tous les pays doivent se poser la question de la production.
Nous voulons permettre à nos entreprises gazières de conserver des contrats d'approvisionnement à long terme avec les pays producteurs pour les inciter à investir dans les réseaux de transport dont nous aurons besoin. La concurrence, c'est bien, mais de tels contrats assureront notre sécurité énergétique.
Nous voulons trouver les moyens de préserver la compétitivité de nos industries fortement consommatrices d'électricité, en leur garantissant des tarifs bas. M. Devedjian a évoqué la question de l'acier. Prenons garde à ne pas nous retrouver avec un problème de prix dans quelques mois ou dans quelques années.
Nous voulons faire converger les politiques énergétiques européennes vers un modèle commun, avec trois priorités. A quoi servirait que la France se consacre à la relance de la maîtrise de l'énergie, si ses voisins n'en font pas autant ? Chaque pays européen doit être placé devant ses responsabilités en matière d'énergie nucléaire. Cette énergie, qui produit 34 % de l'électricité européenne, évite un accroissement des émissions de gaz à effet de serre quasiment équivalent à celui de l'ensemble du parc automobile européen. Sans le nucléaire français, c'est l'équivalent des rejets du parc automobile européen qui se retrouveraient dans l'atmosphère. Il faut que ce débat ait lieu dans toutes nos démocraties. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.) Nous, qui produisons moins de gaz à effet de serre, nous n'avons pas à recevoir de leçons de ceux qui en parlent beaucoup et qui en produisent bien davantage que nous.
M. Jean-Claude Lenoir. Très bien !
M. Jacques Myard. J'espère qu'Yves Cochet a entendu cela !
M. le ministre d'État, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Enfin, nous pensons ? c'est un point important ? que l'Europe doit se doter d'une véritable diplomatie de l'énergie. La sécurité d'approvisionnement de l'Europe dépend évidemment de la qualité du dialogue qu'elle saura instaurer avec les pays producteurs, mais aussi avec les pays en voie de développement, pour leur permettre d'améliorer leur efficacité énergétique. En fédérant les intérêts nationaux, l'Europe a assurément, aux côtés de chaque pays, un important rôle à jouer dans ce domaine. Convenons pourtant que, pas plus dans ce domaine que dans tant d'autres, elle ne joue pas son rôle, en tout cas pas à la hauteur de l'ambition qu'on pourrait avoir pour elle.
En conclusion, mesdames et messieurs les députés, en matière d'énergie, la France a la chance exceptionnelle d'être en avance sur ses concurrents...
M. Yves Cochet. Non !
M. le ministre d'État, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. ...sur le plan de la technologie, de l'effet de serre, de la compétitivité, de la protection des consommateurs, y compris des plus démunis.
Nous n'avons pas le droit de gâcher par immobilisme ce que nos prédécesseurs nous ont légué. L'histoire a donné à la France des hommes d'Etat qui ont su relever les défis qu'ils ont rencontrés. Serons-nous à la hauteur des bâtisseurs, de ceux qui ont construit notre indépendance ? Nous sommes à un tournant. Ferons-nous aussi bien, mieux ou moins bien ? Ce qui est sûr, c'est que l'immobilisme est la certitude de l'échec. Vous l'avez compris, ce n'est pas la politique du Gouvernement. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire et du groupe Union pour la démocratie française.)
M. le président. Les porte-parole des groupes vont maintenant intervenir, chacun à son tour.
La parole est à M. Daniel Paul, pour le groupe des député-e-s communistes et républicains. Monsieur Paul, je vous remercie de ne pas dépasser les vingt minutes qui vous sont imparties.
M. Daniel Paul. Monsieur le président, je ne dépasse jamais mon temps de parole.
Monsieur le président, monsieur le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, monsieur le ministre délégué à l'industrie, mes chers collègues, couvrir de manière efficace les besoins énergétiques, dans le respect des hommes et de notre planète, s'interroger sur les meilleures façons d'y parvenir, voila une question sociétale majeure, non seulement pour le développement économique et social, mais aussi pour l'avenir de la France, de l'Europe et du monde.
Cela mérite bien un vrai débat politique, où puissent se confronter des approches différentes, avec une hauteur de vues digne de ce qui s'est passé à différents moments de notre histoire.
Ainsi, à la Libération, le général de Gaulle et Marcel Paul...
M. Jean-Claude Lenoir. Serait-ce le grand-père de Daniel Paul ? (Sourires.)
M. Daniel Paul. ...surmontant leurs différences, ont su tracer la voie pour une politique énergétique du xxe siècle, avec la mise en place des outils qui lui étaient nécessaires.
La même prise en compte des enjeux et des moyens d'y faire face s'est produite, quelques années plus tard, dans les années soixante-dix, avec la décision de doter la France d'une filière nucléaire, adossée à un secteur public puissant, ce qui a permis à notre pays, non seulement d'acquérir son indépendance dans le domaine énergétique, mais aussi de construire une filière industrielle, avec des capacités de recherche et des savoir-faire sans doute uniques au monde.
C'est un tel débat que le Premier ministre avait promis en janvier dernier, mais en annonçant, dans le même temps, sa volonté de mettre en cause le statut d'EDF et de GDF, sous prétexte d'ouvrir à la concurrence le marché de l'énergie, au niveau de 30 % dans un premier temps, puis de 70 % au 1er juillet 2004.
M. Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques. Vous souteniez le gouvernement lorsque cela fut décidé !
M. Daniel Paul. Toutefois, la perspective de ce débat avait fait long feu. En effet, si l'on se reporte à l'ordre du jour de notre assemblée, tel qu'il était connu avant la période électorale de mars dernier, on voit que le débat n'y était pas inscrit avant l'été. Par contre, la volonté du Gouvernement de passer en force, d'ouvrir le capital d'EDF et de GDF s'affirmait, et il entendait également aller de l'avant dans la privatisation d'autres grandes entreprises publiques.
Mais le mois de mars est passé et, avec lui, la sanction électorale que vous a valu votre attitude dogmatique, ultralibérale, injuste, dure pour le peuple et si attentive aux désirs des nantis. Le 8 avril, de façon massive, les salariés d'EDF et de GDF ont dit leur refus de votre politique. Comme rarement, ils ont manifesté, sous des formes diverses, leur volonté que soient respectés les outils mis en place depuis soixante ans, qu'eux-mêmes soient respectés et entendus et que les enjeux énergétiques soient vraiment posés devant le pays.
Cette convergence de la rue et des urnes constitue un événement social et politique important. Sans aucun doute, et les urnes et la rue ont pesé pour que vous décidiez de remettre à l'ordre du jour le débat d'aujourd'hui, pour que vous receviez, il y a quelques jours, l'ensemble des organisations syndicales d'EDF et de GDF, pour que vous annonciez le dépôt devant le Parlement, dès le début du mois de mai, d'un projet de loi d'orientation sur les énergies, que nous examinerons fin mai, avant votre projet de loi sur les industries électriques et gazières. Et vous avez également annoncé l'ouverture de discussions internes dans les entreprises concernées, pour relancer le dialogue social. Oui, vraiment, monsieur le ministre, je pense que les messages conjugués de la rue et des urnes, quand ils convergent de cette manière, portent de beaux fruits.
M. le ministre d'État, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Merci ! (Sourires.)
M. Daniel Paul. Le 8 janvier 2004, le Haut Commissariat à l'énergie atomique notait : « Il est hautement probable que les conditions de production et de consommation d'énergie vont connaître, au cours de cette première moitié de siècle, des bouleversements majeurs, induits par des contraintes environnementales, géopolitiques et physiques nouvelles, telles que, par exemple, l'épuisement progressif des réserves d'hydrocarbures ou les effets du doublement du taux de dioxine de carbone dans l'atmosphère. » Le Haut Commissariat à l'énergie atomique poursuivait : « La France, à l'unisson du reste du monde, devra évoluer au centre de contraintes accrues, parfois contradictoires : assurer notre compétitivité économique, diversifier et garantir nos approvisionnements, réduire considérablement nos émissions de gaz à effet de serre. »
Je partage cette analyse.
Dès lors qu'il s'agit de jeter pour les prochaines dizaines d'années les bases d'une politique énergétique pour la France, il est nécessaire de dresser un état des lieux pour bâtir une stratégie énergétique à court, moyen et long termes, et pour définir le futur bouquet énergétique propre à répondre aux besoins et aux engagements de notre pays.
Un des éléments clefs à prendre en compte, réside dans la mutation climatique qui affecte la planète dont les experts s'accordent à considérer qu'elle résulte largement de l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre, notamment de CO2.
A cet égard, si l'Europe disposait d'un bouquet énergétique comparable à celui de la France, qui n'est responsable que de moins de 2 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ses émissions de CO2 seraient réduites de 30 %.
En effet, alors que dans le monde, la production d'électricité est responsable de 40 % des émissions totales de C02, en France, où l'essentiel de cette production provient du nucléaire et de l'hydraulique, le secteur électrique n'en produit quasiment pas.
Un second élément incontournable tient à la raréfaction progressive des ressources fossiles - le pétrole, le gaz et, dans une moindre mesure, le charbon.
Les experts considèrent ainsi que la production de pétrole devrait atteindre son maximum entre 2015 et 2030...
M. Yves Cochet. Non ! Bien avant !
M. Daniel Paul. ...pour régresser ensuite, décrochant de la courbe de la demande, avec les tensions économiques et géopolitiques que cette situation ne manquera pas de causer en matière de prix et de risques de conflits : on le voit d'ores et déjà avec les enjeux que constituent la maîtrise du pétrole irakien et la domination des territoires où passent les oléoducs et les gazoducs dans l'Extrême-Orient.
M. Yves Cochet. C'est vrai !
M. Daniel Paul. De plus, les réserves de pétrole et de gaz sont inégalement réparties sur la planète : la France en est totalement dépourvue et l'Union européenne, même élargie, n'en possède pas suffisamment pour assurer son indépendance énergétique et la sécurité de ses approvisionnements.
Or, on sait que les temps de réaction, dans l'énergie, sont longs : il convient donc d'intégrer sans attendre ces éléments dans les comportements et les choix de politique énergétique. On ne peut laisser au marché le soin de régler des questions aussi lourdes. C'est ce que nous avions déjà dit, lors de la discussion de la directive, au sujet de nos approvisionnements en gaz.
Un autre élément nouveau est à rechercher dans la pénétration des mécanismes du marché.
Ce dernier est massivement influencé par le court terme. La crise californienne incite, à cet égard, à se doter de règles du jeu stables et cohérentes, garanties par des autorités de régulation fortes. Il faut penser le marché sur le long terme, de façon à mobiliser les investissements indispensables à la satisfaction de la demande.
Cette crise californienne montre également l'atout que constitue l'existence d'opérateurs industriels intégrés, producteurs et vendeurs d'énergie, capables de réaliser des investissements importants, de maîtriser les risques industriels et d'être ainsi mieux à même d'affronter les incertitudes du marché.
Le changement d'échelle intervenu avec la construction de l'Europe constitue un autre élément de réflexion. Une politique énergétique ne peut plus, comme hier, se concevoir à l'échelle d'un seul pays mais au moins à celle du continent, encore qu'il ne faille pas négliger une vision mondiale.
Dans ce contexte, les députés communistes, sans omettre l'impératif de produire une énergie bon marché pour le consommateur,...
M. Yves Cochet. Mais non !
M. Daniel Paul. ...proposent de privilégier quatre axes.
Le premier a trait à la maîtrise de la demande d'énergie.
Des progrès peuvent et doivent être réalisés en matière d'efficacité énergétique dans l'industrie, dans les PME et les PMI, dans les transports, secteur où la consommation a augmenté de 2,4 % par an entre 1973 et 2000, et dans l'habitat.
De tels progrès passent par une réglementation portant sur la réduction des consommations unitaires des appareils ménagers et sur la régulation thermique des logements, mais aussi par des offres commerciales favorisant les économies d'énergie ou les sources alternatives d'alimentation, comme les pompes à chaleur géothermales ou les capteurs solaires.
Mais il ne faut pas négliger les obstacles à de telles orientations. La vie urbaine se caractérise par des migrations alternatives quotidiennes de la main-d'uvre. L'offre de transport ferroviaire reste faible pour le fret tandis que le transport routier connaît une grande flexibilité et que la production en flux tendu s'étend. Enfin, il ne faut pas oublier le poids du lobby pétrolier, ...
M. Yves Cochet. Et du lobby nucléaire !
M. Jean-Claude Lenoir. Les écolos soutiennent le pétrole !
M. Daniel Paul. ...qui ne verra pas d'un bon il une réorientation lourde de la politique des transports en France et en Europe.
Pourtant, sous la précédente législature, la commission de la production et des échanges, devenue celle des affaires économiques, avait adopté, à l'unanimité, un rapport de son président, André Lajoinie. (« Ah ! » sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire). Ce rapport préconisait, au moyen d'un grand emprunt européen, de réaliser un maillage des pays européens pour favoriser le transport combiné. Cette proposition conserve toute sa pertinence.
Le deuxième axe que nous proposons concerne la diversification du bouquet énergétique.
Nous devons privilégier les énergies les moins polluantes et les moins rares. Dans ce sens, il convient de protéger les ressources fossiles, en rappelant qu'aucun moyen de production, à lui seul, ne permet d'apporter une réponse parfaite à toutes les questions posées.
En 2001, l'énergie produite en France provenait à 75,8 % du nucléaire, à 13,9 % de l'hydraulique, à 6,2 % du charbon, à 2 % des produits pétroliers - essentiellement le fioul - à 1,4 % du gaz, et à 0,7 % du solaire et de l'éolien.
La production d'électricité d'origine hydraulique place la France au deuxième rang européen pour les énergies renouvelables.
Du fait de l'existence d'une production nucléaire importante, l'indépendance énergétique de notre pays est passée de 22 % en 1973 à près de 50 % actuellement.
M. Yves Cochet. C'est faux !
M. Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques. C'est vrai !
M. Jean-Claude Lenoir. L'opposition est divisée ! (Sourires.)
M. Daniel Paul. Pour les mêmes raisons, nos émissions de CO2 s'élèvent à six tonnes par habitant contre dix en Allemagne, pays qui utilise largement le charbon et le gaz et qui vient de décider d'abandonner à terme sa production nucléaire.
Alors que notre pays connaît une stagnation de sa production industrielle et que la situation socio-économique de quatre à cinq millions de personnes ne leur permet pas de consommer de l'énergie au niveau moyen, la consommation globale ne cesse pourtant d'augmenter.
Il en est de même en Europe où les besoins augmentent au rythme d'environ 2 % par an.
Par ailleurs, le flux tendu, que l'on connaît bien dans l'industrie, existe aussi dans le secteur de l'électricité. Ainsi, il a suffi d'un mouvement social en février dernier, affectant seulement quelques tranches thermiques, pour déséquilibrer la production, obligeant EDF, pour répondre aux besoins des consommateurs et à ses engagements, en particulier internationaux, à se fournir au prix fort sur le marché international.
M. Guy Geoffroy. Le prix des grèves !
M. Daniel Paul. C'est dire si la réponse en termes de bouquet énergétique doit intégrer toutes les options, qu'il s'agisse des économies d'énergie, du développement des énergies renouvelables, mais aussi du maintien et du renouvellement des centrales thermiques et nucléaires.
M. Yves Cochet. Mais non !
M. Daniel Paul. Nous sommes, en ce qui nous concerne, favorables aussi bien à la relance du petit hydraulique qu'à l'installation d'éoliennes, notamment à proximité d'installations de production thermique classique, nucléaire ou hydroélectrique.
De même, nous souhaitons favoriser la restructuration des centrales thermiques à flamme, la rénovation de plusieurs « tranches charbon » pour assurer leur durée de vie au-delà de 2015, et la remise en service des « tranches fioul » arrêtées, sachant que les technologies de désulfuration et de dénitrification les plus avancées seront utilisées pour la filière charbon.
Nous sommes pour le renouvellement du parc nucléaire...
M. Yves Cochet. Non !
M. Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques, et M. Hervé Mariton. Très bien !
M. Daniel Paul. ...puisque la plupart des centrales arriveront en fin de vie à partir de 2020.
On le sait, les réacteurs de la quatrième génération ne pourront être mis en service, au mieux, qu'à partir de 2040. La continuité de la production comme la responsabilité politique impliquent donc la nécessité d'une étape intermédiaire.
M. Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques. Très bien !
M. Yves Cochet. Mais non ! Il n'a rien compris à l'histoire !
M. Daniel Paul. Dans ces conditions, la France doit, dès maintenant, favoriser leur renouvellement à partir de 2015, en construisant, dans les plus brefs délais, un prototype de réacteur EPR.
M. Yves Cochet. Quelle erreur !
M. Daniel Paul. Et le normand que je suis revendique que ce soit en Normandie...
M. Jean-Claude Lenoir. En Basse-Normandie !
M. Daniel Paul. ...et plus exactement en Haute-Normandie, à Penly. (Sourires.)
La réalisation d'un réacteur EPR, encore plus sûr et plus respectueux de l'environnement, plus fiable et plus compétitif, permettrait aussi de pérenniser les compétences du tissu industriel français et de confirmer la présence de la France dans ce domaine, au mo