ARTICLE LE FIGARO L'Eglise anglicane leur promet la dignité épiscopale d'ici à 2010 Bientôt des femmes évêques en Angleterre Londres : de notre correspondant Jacques Duplouich [04 mars 2005] Bon gré, mal gré, l'Eglise établie d'Angleterre s'efforce d'épouser exigences et conventions du temps. Ainsi, au terme d'une longue réflexion, le synode anglican, réuni récemment à Londres, a décidé d'entamer, en juillet prochain, le processus légal autorisant la levée des interdictions faites aux femmes d'accéder aux fonctions épiscopales. Un pas décisif vers la nomination à la fin de la décennie, dit-on, de la première évêque du Royaume-Uni. Le tabou une fois levé, la voie de l'archevêché de Canterbury sera ouverte au sexe dit faible. Du coup, les considérations théologiques et spéculatives saint Paul : «Le Christ est le chef de tout homme et l'homme est le chef de la femme» ; saint Augustin : «Homme tu es le maître, la femme est ton esclave, c'est Dieu qui l'a voulu» ; saint Thomas d'Aquin : «En tant qu'individu, la femme est un être chétif et défectueux» s'abolissent, officiellement, dans l'aberration misogyne qu'elles expriment. La mise en pièce avait débuté d'ailleurs en 1992, quand le synode s'était prononcé en faveur de la prêtrise féminine. Deux ans plus tard, les femmes prenaient la relève des hommes dans les paroisses. Non sans effervescence au sein de l'institution anglicane. Certains fidèles, acquis aux principes défendus par Jean-Paul II sur le statut des prêtres, préféraient rejoindre l'Eglise de Rome. D'autres organisaient la résistance dans les paroisses même, refusant par voie électorale le sacerdoce des femmes. 720 pasteurs renonçaient, avec indemnités, à leur sacerdoce. Pourtant, le mouvement lancé l'adéquation de l'Eglise et de son siècle semble irrépressible. Les femmes constituent, aujourd'hui, 20% du clergé anglican. En 2004, leur nombre a dépassé celui des hommes dans les ordinations pastorales. Pourquoi, donc, seraient-elles interdites de promotion épiscopale ?, interrogent les plus militantes d'entre elles. «Homme ou femme, ce qui compte c'est que l'évêque soit bon, un point c'est tout», soutient Christina Reeves, présidente du groupe de pression Les Femmes dans l'Eglise. Contre cette opinion partagée par le clan «libéral» de l'institution, les orthodoxes s'insurgent. «Il n'y a pas de précédent biblique justifiant cette orientation, estiment-ils. Tous les disciples du Christ étaient des hommes», ajoutent-ils. Et que des femmes aient, un jour, «autorité sur les hommes dans leur capacité religieuse serait une erreur». Réserves d'arrière-garde, apparemment. Les enquêtes au sein de l'Eglise d'Angleterre indiquent que 85% de ses 2,5 millions de fidèles, mais moins d'un million de pratiquants réguliers, ne voient pas d'objection à la perspective de femmes évêques. Et 4 seulement des 43 évêques actuels s'y opposent. D'ailleurs, les femmes ayant accédé à la dignité d'évêque sont légion hors d'Angleterre Etats-Unis, Canada et Nouvelle-Zélande notamment. C'est dans ce dernier pays qu'en novembre 1989, Penny Jamieson a été élue la première évêque de la congrégation anglicane. «Quiconque lit l'histoire de l'Eglise ne peut pas ne pas être impressionné par l'apostolat des femmes chrétiennes tout au long des siècles», commente le très révérend Michael Nazir-Ali, évêque de Rochester. Pourquoi l'Histoire s'arrêterait-elle ?