Renault se lance dans la voiture électrique en Israël LE MONDE | 21.01.08 | 13h36 • Mis à jour le 21.01.08 | 14h46 Découvrez le Desk, votre écran de contrôle et de suivi de l'information en temps
réel. Abonnez-vous au Monde.fr : 6€ par mois + 30 jours offerts Israël sera-t-il le premier pays à faire de la voiture électrique une réalité à grande échelle ? Carlos Ghosn, le PDG de
Renault-Nissan, a signé, lundi 21 janvier à Jérusalem, en présence du président Shimon Pérès, un accord de coopération avec la société américano-israélienne Project Better Place pour faire rouler
des voitures électriques dans l'Etat hébreu. Le rôle de Project Better Place, créé en octobre 2007 par Shai Agassi, 39 ans, ancien numéro deux de l'allemand SAP, leader mondial des progiciels de
gestion, est d'établir un réseau de bornes de recharge de batteries pour alimenter les voitures électriques fabriquées par Renault. Le gouvernement israélien a lui aussi soutenu le projet. Il a
fait voter une loi abaissant à 30 % la fiscalité sur l'achat de voitures propres. En temps normal, l'automobile est taxée à 72 % dans ce pays. Les autorités cherchent à réduire la facture
pétrolière tout en souhaitant améliorer les conditions environnementales et sanitaires. Selon un rapport rendu par le ministère de la santé en octobre 2007, 1 250 citoyens israéliens meurent chaque
année de cancers provoqués par la pollution environnementale. "C'est la première fois qu'un système complet se met en place : un gouvernement qui offre un avantage fiscal, un opérateur qui met en
place un système de recharge de batterie et un constructeur qui adapte un véhicule", se félicite Patrick Pelata, directeur général adjoint de Renault. Lors du Salon automobile de Tokyo, M. Ghosn
avait estimé que la commercialisation de masse de voitures électriques serait possible vers 2012 grâce aux progrès des batteries lithium-ion, plus sûres, moins chères et offrant davantage
d'autonomie. "Les premiers tests auront lieu cette année", explique M. Agassi, et le véhicule devrait être lancé mi-2011. "Il fera partie de la gamme Renault", indique M. Pelata. La voiture
pourrait être assemblée à partir des modèles Mégane ou Kangoo. La batterie, elle, devrait être fabriquée par la coentreprise formée par Nissan et Nec. Elle offrira une autonomie d'environ 100
kilomètres en roulant dans des conditions "israéliennes", c'est-à-dire en milieu urbain et avec un usage intensif de la climatisation. Selon M. Pelata, Israël est le pays idéal pour commencer ce
projet : "C'est un tout petit pays où circulent 1 million de véhicules et où 90 % de la population fait moins de 70 kilomètres par jour." M. Agassi a imaginé un système calqué sur la téléphonie
mobile. La batterie sera à la voiture ce qu'est la carte SIM au téléphone : l'automobiliste sera propriétaire de la voiture, mais louera la batterie. Lorsque cette dernière sera faible, le
conducteur la chargera auprès d'un des 500 000 points de recharge répartis sur le territoire israélien. Il pourra aussi l'échanger. Selon M. Agassi, le coût annuel de la voiture électrique en frais
de batteries serait de 60 euros par mois, alors qu'un automobiliste israélien dépense mensuellement en essence quelque 200 euros. Dans un premier temps, Renault acheminera les voitures. en Israël.
"La question de construire une usine se posera lorsque le seuil des 10 000 voitures par an sera dépassé", explique M. Pelata. C'est en 2005 que M. Agassi, alors successeur désigné du PDG de SAP,
Henning Kagermann, se met à plancher sur les ruptures technologiques à venir. Ses travaux le portent à réfléchir sur la voiture électrique. "J'ai rencontré Shimon Pérès et lui ai parlé de mon
projet, il m'a convaincu de continuer, mais je devais trouver un constructeur pour qu'il aboutisse." M. Agassi envoie une lettre aux dirigeants des cinq plus grands constructeurs mondiaux. Renault
et Toyota sont les seuls à répondre. Rendez-vous est pris au Forum de Davos, en janvier 2007. "Carlos Ghosn n'a pas été long à convaincre. Il cherchait un marché pour démarrer un tel projet. Il m'a
dit : "Travaillons ensemble"", se souvient M. Agassi. Deux mois après, ce dernier claquait la porte de SAP. M. Agassi, qui a levé 200 millions de dollars (136,7 millions d'euros), est persuadé que
l'expérience israélienne pourra être dupliquée dans d'autres pays. En France, par exemple : "Nous avons eu quelques conversations et pensons pouvoir rencontrer prochainement le gouvernement."
Nathalie Brafman Article du journal Le Monde paru dans l'édition du 22.01.08. Abonnez-vous au Monde à -60%