Mercredi 03 mars 1999
Manspach en « eaux troubles »
Dévoilant une dilution importante des eaux, une étude de l'Agence de bassin s'interroge sur « l'utilité de la rhizosphère » et met en cause son efficacité.
« Si on avait rien fait, ce serait la même chose!» En affirmant que la rhizosphère de Manspach n'avait aucune utilité, Francis Demuth a jeté un pavé dans le jardin de Daniel Dietmann. Le maire de Manspach s'applique, ces dernières semaines, à prouver la bonne marche du système d'épuration par roseaux. Manquait au dossier les résultats d'une étude réalisée en octobre 1998 par le cabinet IRH-Environnement (près de Colmar) à la demande de l'Agence de l'eau Rhin/Meuse. « Il était impossible de les obtenir, affirme Francis Demuth. Je suis allé les chercher à Metz (Ndlr : siège de l'Agence de bassin). Et pour cause, le rapport indique que la pollution qui rentre dans la station d'épuration est la même que celle qui est rejetée dans la Largue en raison du phénomène de dilution des eaux.» Les résultats obtenus lors des deux campagnes de mesures, indique le rapport, en période humide (février, nappe haute) et en période sèche (septembre, nappe basse), mettent en évidence deux phénomènes majeurs. D'une part, « un taux de dilution communal de 578%, bien supérieur au taux de 100 % généralement toléré pour le bon fonctionnement d'ouvrages d'épuration. L'un des secteurs (Haut de l'église) présente un taux supérieur à 1000%». D'autre part, les prélèvements démontrent « un taux de collecte très moyen de 50 % pour l'ensemble d'un site, où le taux de desserte atteint près de 90%.»
LAGUNE POUR LES NITRATES
Pour les techniciens de IRH-Environnement, « les volumes mesurés en période sèche sont quasiment identiques à ceux mesurés en période humide, ce qui confirmerait une arrivée d'eau constante en provenance de la rigole d'alimentation du canal du Rhône au Rhin». Les rendements épuratoires obtenus par le système d'épuration composée de lits filtrants plantés de roseaux de Manspach sont effectifs, bien que difficiles à déterminer en raison de la très faible charge de pollution collectée par le réseau. En partant de ce constat, IRH-Environnement a établi ses conclusions en fonction de ces paramètres. « Les installations restituent au milieu naturel, en l'occurrence la Largue, un effluent traité conforme pour le premier groupe (matières en suspension et oxydables) et le second groupe (substances azotées).» Des résultats conformes à la nouvelle directive. Pourtant,« le phénomène de dilution important observé en entrée de station minimise les résultats obtenus et ne permet pas d'apprécier dans la globalité le fonctionnement des différents étages de la station d'épuration », insiste IRH-Environnement. « La rhizosphère ne permet pas d'atteindre les résultats escomptés»: ce commentaire de l'Agence de l'eau qui accompagnait la synthèse de l'étude de IRH-Environnement a eu l'effet d'exaspérer Dany Dietmann dont la réponse ne faisait pas dans la dentelle : « S'il est une chose que je ne supporte pas, c'est d'être pris pour un imbécile, ainsi que mon conseil municipal, par vos technocrates aquatiques.» Le maire de Manspach« considère que les résultats en sortie de station d'épuration sont tout à fait remarquables et correspondent totalement à ce qui nous est demandé par la loi » (lire notre édition du vendredi 26 février, en page 38). Antoine Waechter, admettant que la dilution est telle que « la station ne sert à rien » relativise en affirmant « que ça ne veut pas dire qu'elle ne fonctionne pas». Le débat est donc ouvert. D'autant plus ouvert que Francis Demuth, en faisant d'une pierre deux coups, a rappelé que « les rhizosphères ne traitent ni les nitrates ni les phosphates». Deux critères de qualité imposés par les nouvelles directives européennes. « Au bout d'une rhizosphère il faut donc ajouter un lagunage », souligne Francis Demuth. La station d'épuration de nouvelle génération, telle celle du district d'Altkirch, répond aux normes européennes. D'où le choix des élus du district de la Largue et du cabinet qui a réalisé l'étude diagnostic, en préconisant la station d'épuration au bout du tuyau qui se trouve être à Saint-Ulrich.
La rhizosphère de Manspach, actuellement en cours d'entretien (fauchage des roseaux), est l'objet d'une polémique entre l'Agence de l'eau et Dany Dietmann. Le président du SMARL est un chaud partisan de ce système épuratif naturel plus économique pour les communes.
(Photo « L'ALSACE » - A.T.)
A.T.
par article du quotidien l'Alsace 1999
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eau
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