La France renforce son dispositif de sauvegarde maritime
ARTICLE LE MONDE
Mercredi 16 mars, le cargo philippin Neptunic, soupçonné d'une pollution volontaire par rejet d'hydrocarbures, a été dérouté vers Brest. Une caution de 250 000 euros lui a été imposée. Le 11 mars, pour les mêmes raisons, le cargo italien Enrico-Ievoli a dû régler une amende de 450 000 euros pour reprendre la mer. Ces deux bateaux sont les premiers contrevenants en matière de pollution marine de l'année 2005. En 2004, 7 076 navires ont été interrogés, 17 navires ont été déroutés par la marine française et soumis à des poursuites judiciaires (contre un seul en 2003), et 98 incidents ont été évités.
La France a décidé de se doter de moyens juridiques et militaires accrus pour mieux assumer sa mission de sauvegarde maritime, un concept qui vise à la fois la lutte contre le narcotrafic, l'immigration clandestine, la pêche illicite, les pollutions marines, mais aussi la sauvegarde de la vie humaine.
L'Assemblée nationale a adopté, mercredi, en première lecture, un projet de loi permettant à l'Etat de prendre des mesures de coercition à l'égard de tout navire dans deux cas : soupçons de trafic de stupéfiants et soupçons de trafic de migrants. Ce texte fournit un nouvel outil juridique permettant à la marine nationale d'intervenir à l'intérieur de la mer territoriale d'un Etat étranger, sous réserve de la signature d'un accord ad hoc.
Le même jour, Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, a présenté au conseil des ministres un bilan des missions de sauvegarde maritime, qui représentent aujourd'hui 25 % de l'activité des bâtiments et aéronefs de la marine.
L'échouage, en février 2001, du cargo East-Sea transportant 900 immigrés clandestins, sur la côte méditerranéenne, et les attentats du 11-Septembre ont convaincu les autorités françaises de se prémunir contre les menaces de ce type. En 2004, dans le cadre de la lutte contre le narcotrafic, 2 068 navires ont été interrogés (7 ont été interceptés), et un peu plus de 1 tonne de cocaïne a pu être saisie.
S'agissant de l'immigration clandestine, 3 embarcations ont été interceptées, et 43 immigrants clandestins remis à la police de l'air et des frontières (PAF). Ce bilan de la "police des mers" apparaît modeste au regard des chiffres avancés par Mme Alliot-Marie : un tiers des quelque 1 000 tonnes de cocaïne produites chaque année en Amérique du Sud est acheminé vers l'Europe par voie maritime, et 65 000 des 100 000 entrées illégales par an de migrants en Europe se font par mer.
La France est moins exposée à l'immigration clandestine que Gibraltar ou l'Italie, a rappelé, jeudi 17 mars, le vice-amiral d'escadre Alain Oudot de Dainville, en précisant que le problème se pose surtout à Mayotte et aux Antilles.
Il reconnaît, d'autre part, que la France a eu tendance à baisser la garde en ce qui concerne la surveillance de ses côtes. Le réseau de sémaphores, largement tombé en désuétude, a donc été réhabilité, la surveillance radar a été renforcée, et deux nouveaux remorqueurs d'intervention vont entrer en activité cette année : les Abeille Bourbon et Liberté. S'agissant de la sauvegarde de la vie humaine, 626 personnes ont été secourues en 2004.
Laurent Zecchini
Article paru dans l'édition du 20.03.05