A Laval, une rocade menace la forêt de Concise
LE MONDE | 04.04.05 | 15h51 Mis à jour le 04.04.05 | 15h51
Laval de notre envoyé spécial
Du haut de cette grotte, suspendue au-dessus de la vallée du Vicoin, on pouvait voir arriver les Bleus. Jean Chouan qui donna son nom à la chouannerie sous la Révolution française est né dans ce nid d'aigle, dans la forêt de Concise. Aujourd'hui, les jeunes des faubourgs de Laval viennent encore s'y réfugier.
Le département de la Mayenne est peu riche en forêts. Le taux de boisement (7 %) y est très inférieur à la moyenne nationale (27 %). La forêt de Concise, qui s'étend sur 650 hectares aux portes de Laval, est encore intacte. Un poumon vert, à moins de quinze minutes du centre-ville. L'agglomération projette pourtant d'y faire passer une rocade afin de boucler le contournement sud de la ville et de rejoindre, à l'ouest, la route de Rennes.
On aurait pu penser que les aménageurs allaient épargner le massif forestier en repoussant plus au sud le tracé de la future rocade. Ils n'ont pas pris cette peine. Quatre des cinq projets envisagés le traversent de part en part.
Autrefois propriété de la famille de La Trémoille, la forêt de Concise est partagée entre cinq propriétaires privés, qui ont su préserver son homogénéité. Aucune route ne la traverse, aucun grillage ne s'y élève, le gros gibier y circule librement entre les parcelles. Au coeur du massif, se trouve une vaste clairière, non habitée, où les animaux ont repris les habitudes de la vie sauvage. C'est dans cette coulée que deux des cinq projets de tracés convergent.
Ecologistes, chasseurs et propriétaires fait rare ont décidé d'unir leurs efforts pour sauver cette forêt. "Un des arguments employés par certains partisans de la rocade est d'affirmer qu'il est moins grave de léser une forêt privée !", s'insurge Yves Chauvin, responsable de Cardamine, une association écologiste.
"Au contraire, c'est son mode de gestion privé qui en fait la richesse. Si elle était publique, c'est-à-dire moins fermée, sa biodiversité serait moins bien préservée", ajoute-t-il. "Ce projet n'a pas été étudié dans le cadre d'une réflexion globale", déplore, pours sa part, Jean-Michel de Salins, un des propriétaires.
Une partie de la forêt se trouve sur le territoire de Saint-Berthevin, une commune de 7 200 habitants en pleine expansion. Yannick Borde, le maire (div.droite), attend cette rocade avec impatience. Elle devrait, selon lui, soulager le centre de sa commune d'une partie du trafic de la nationale 157. "C'est un projet vital pour l'agglomération insiste cet élu, pour l'environnement des riverains de cette nationale, aux prises avec l'insécurité et la pollution !"
"Les Lavallois ne connaissent pas beaucoup cette forêt qui était fermée, explique Roland Houdiard, le maire (UMP) de Laval. A présent, ses défenseurs nous disent : "Venez voir comme elle est belle !" Nous ne prendrons pas de décision dans la précipitation, poursuit-il. Nous n'irons pas à l'expropriation. Nous rechercherons le consensus."
Les associations de défense avaient organisé, dimanche 3 avril, une "journée de découverte" dans la forêt. "Il y a vingt ans, le bocage mayennais a disparu avec le remembrement, rappelle Yves Chauvin. Ne répétons pas les mêmes erreurs en détruisant les rares forêts qu'il nous reste !"
Régis Guyotat
Article paru dans l'édition du 05.04.05