ARTICLE OUEST-FRANCE Une étude de 1 300 experts détermine le coût de la dégradation de la Terre
L'homme abuse de son capital naturel
A force d'exploiter sans mesure les ressources de la Terre, l'homme en vient à menacer sa propre survie. Commandé par l'Onu, un rapport de 1 300 experts sonne le tocsin. Préserver la nature est aussi un impératif économique vital.
« Un suicide économique » : c'est à cela que revient l'exploitation forcenée des ressources naturelles. Klaus Toepfer n'y va pas par quatre chemins. Si la nature est source de beauté, de spiritualité, elle « a aussi une valeur économique qui a longtemps été ignorée », rappelle le directeur du programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue). Le volumineux bilan que viennent de réaliser 1 300 chercheurs de 95 pays (Évaluation des écosystèmes pour le millénaire), à la demande de l'Onu, démontre l'urgence d'un changement radical dans notre façon de traiter la planète.
Menacées d'extinction
Au cours des cinquante dernières années, l'homme a plus profondément modifié les écosystèmes qu'il ne l'avait fait de toute son histoire. Davantage de terres ont été converties à l'agriculture depuis 1945 qu'au cours des deux siècles précédents. Plus de la moitié des engrais azotés synthétiques fabriqués depuis leur invention (en 1913) ont été répandus ces vingt dernières années. Et, aujourd'hui, entre 10 % et 30 % des espèces de mammifères, d'oiseaux et d'amphibiens sont menacées d'extinction.
Quelle est la valeur économique d'une mangrove en Thaïlande ? 1 000 dollars l'hectare si elle est intacte, 800 dollars seulement si elle est convertie à l'élevage de crevettes, répondent les experts. Ils estiment que la tourbière côtière Muthrajawela marsh, au Sri Lanka, rapporte 5 millions de dollars par an par la maîtrise des inondations qu'elle assure. D'une façon, générale, par les bénéfices qu'ils procurent, les écosystèmes intacts et sains ont une valeur supérieure aux écosystèmes transformés ou dégradés.
Les experts ont aussi à déterminer le coût de la dégradation des milieux et ressources naturelles. A Terre-Neuve, où la surpêche de la morue a abouti à son épuisement au début des années 90, des dizaines de milliers de personnes se sont retrouvées sans emploi. Coût des allocations chômage et de la reconversion des chômeurs : 2 milliards de dollars.
En Angleterre et en Écosse, la pollution des eaux douces par l'utilisation excessive de fertilisants et par les eaux usées pèse 160 millions de dollars par an. Fin des années 90, un incendie a détruit 10 millions d'hectares de forêts en Indonésie : l'addition atteint 9 milliards de dollars en soins de santé, production de bois et revenus touristiques perdus.
Restaurer coûte plus cher
Enfin, affirme l'Onu, il est beaucoup moins coûteux de préserver un écosystème que de le remettre en état une fois qu'il a été dégradé. L'État de Louisiane (États-Unis) va devoir dépenser 14 milliards de dollars pour restaurer 10 000 km2 de marais et d'îles, après avoir compris qu'ils faisaient rempart à la montée des eaux, lors d'ouragans.
La dévastation des richesses naturelles augmente aussi la fréquence et l'intensité des inondations et des incendies. Les transformations des milieux, comme la déforestation, influent sur l'abondance des agents pathogènes tels que malaria ou choléra.
Globalement, cet état des lieux évalue à 60 % la dégradation ou la surexploitation des « services » fournis par la nature et qui permettent la vie sur Terre. Loin d'être optimiste, il prévoit que cette dégradation va, si rien ne change, se poursuivre et s'aggraver durant les cinquante prochaines années.
Serge POIROT.
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