Indre-et-Loire
Il prend toujours du recul et a horreur de la contrainte
( 08/06/2005 )
Comment fonctionne Jean Germain ? Fait-il confiance à ses collaborateurs, aux élus de sa majorité ? Témoignages.
Malgré une apparente réserve naturelle, il ne dédaigne pas aller dans les quartiers. Ici au Sanitas, lors de l'arrivée du préfet, Gérard Moisselin.
(Photo archives NR)
Dans la vallée des Rois, le nouveau seigneur a-t-il vraiment pris le contre-pied de Jean Royer ? « C'est vrai qu'il laisse une grande autonomie aux adjoints. Il y a de l'écoute, mais est-on vraiment entendu ? », persifle Nicolas Gautreau, conseiller général PS.
Son souci de collégialité est sans doute né de la présidence de l'université ; la rigueur remonte au cabinet Laignel, ministre de la Formation professionnelle en 1988 : « Sa pudeur est souvent interprétée comme de la distance, mais il est très à l'écoute des autres, déteste l'artifice et la mise en scène », confie Jean Breillat, son directeur de la communication.
« Il prend la peine d'appeler un employé s'il sait qu'un enfant est hospitalisé. » « Il est très attentif aux personnes », confirme Alain Dayan, adjoint au tourisme, qui a été son vice-président étudiant à l'université.
Cette forme d'humanisme ne suffit pas à faire un bon maire : « Quand on est arrivé en 1995, j'ai constaté qu'il avait déjà de l'expérience », se souvient Jean-Patrick Gille, son premier adjoint. « Il n'y a pas eu de chasse aux sorcières. Il a conservé le directeur de cabinet, le directeur général. Ce n'est pas du tout un management caractériel. »
Un mélange d'audace
et de prudence
très centriste
de gauche
Dans cette ville si conservatrice, refuge des déroutes gouvernementales de 1870 et 1940, Jean Germain manie à la fois audace et prudence : « Pour la rue Nationale, l'équipe était frileuse », rappelle le premier adjoint. « Il a été inflexible », précise Alain Dayan.
La mécanique du pouvoir passe aussi par une mémoire d'éléphant : « Il n'est jamais pris en défaut sur un dossier. »
À cumuler les mandats, Jean Germain n'en fait-il pas trop ? Maire, président de l'agglo, vice-président de la Région, l'hôpital, l'Opac, le Sitcat, la Set (Société d'équipement de Touraine)
Une nécessité pour compenser l'isolationnisme royeriste, assurent ses amis. L'ambition du 3e mandat ? « Un gros dossier met 10 ans pour aboutir », rappelle Alain Dayan.
Jean Germain est connu pour cultiver l'art du compromis, très « centriste de gauche » : « Il prend toujours du recul, a horreur de la contrainte mais on ne sait jamais quand la décision est totalement prise. C'est son alchimie, avec un travail sur la maîtrise du temps », estime Jean-Patrick Gille. « Il n'est pas sûr de lui », lâche Nicolas Gautreau. « À la présidence de l'agglo, il a la rondeur du bourgueil et la malice de Jean Carmet, le sens de la mesure et de l'équilibre », tempère Jean-Gérard Paumier, maire de Saint-Avertin. « Il a fallu neuf jours de conflit en 2001 sur l'ARTT pour qu'il nous fasse des propositions », rectifie amèrement Jean-Jacques Prod'homme, leader CGT des communaux. Jean Germain aurait-il du mal à prendre une décision ?
Thierry NOËL
Bon courage .