La reprise des vieux appareils devient obligatoire
Sus à la pollution électronique !
Les « déchets gris » de la bureautique font partie des équipements que l'on va s'efforcer de recycler.AFP
OAS_AD('Position2');
Reprise et recyclage obligatoire des vieux appareils électriques et électroniques. La France se met enfin à l'heure de l'Europe dans la lutte contre cette forme de pollution. On en produit 13 kilos par an et par habitant.
Fin du laxisme et des vieux lave-linge, téléphones portables ou ordinateurs démodés et livrés aux poubelles avec les épluchures. Avec une bonne année de retard - et la menace d'une condamnation par Bruxelles -, la France se lance dans la reprise, le tri, le traitement et le recyclage des « D3E », les « déchets d'équipements électriques et électroniques ».
Un décret vient de paraître au Journal officiel et, dès le 13 août prochain, les distributeurs auront obligation de reprendre, par exemple, votre frigo antédiluvien contre l'achat d'un neuf. Ce que certains distributeurs pratiquent déjà.
Qui paiera ?
C'est que l'on croule sous le flot montant des ordinateurs, téléviseurs et autres machines à laver hors d'usage. Selon l'Ademe, l'agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, on en produirait plus d'un million et demi de tonnes par an.
Bruxelles s'en préoccupe depuis 1997. Des directives ont été adoptées en 2003. La France devait les retranscrire dans notre droit l'été dernier, au plus tard. Un an après nous y sommes, mais il faudra encore un bon semestre pour que les négociations aboutissent avec les producteurs, les distributeurs et les collectivités locales.
Discussions serrées en vue. Au coeur du débat : qui collecte, qui retraite et qui paie au final ? Des associations réclament « l'application intégrale du principe pollueur-payeur ». Aux fabricants d'assumer les coûts. Ces mêmes industriels sont priés, par ailleurs, de produire à l'avenir des appareils écologiquement propres, ne contenant pas plus de six matières dangereuses, dont le plomb, le mercure, et le cadmium. Et cela à compter du 1er juillet 2006.
Il leur reste toutefois sur les bras les appareils déjà au rebut ou actuellement en activité. On les a baptisés « les déchets historiques » et, là, le consommateur devra mettre la main au porte-monnaie. Il s'acquittera d'une « éco-taxe » clairement affichée et qui pourrait représenter de 1 à 10 % du prix hors taxes selon le type d'appareil.
240 000 tonnes par an
Combien coûtera la collecte, le tri, le traitement et le recyclage ? Pour l'instant, on est dans le flou. « C'est difficile à chiffrer, indique Alain Geldron, de l'Ademe. Ce sera entre 100 et 150 millions d'euros pour traiter 240 000 tonnes de déchets ménagers par an. » Sans compter les déchets industriels.
Il reste à déterminer à quel prix seront indemnisées les communes qui assureront l'enlèvement et le tri, tandis que les industriels confieront le retraitement à des filières spécialisées. Trois sont en cours de réalisation. L'une s'occupera des déchets « blancs » : le gros électroménager. La seconde des déchets « bruns » : téléviseurs, magnétoscopes, matériel hi-fi... La troisième s'assurera de toute la bureautique, les déchets dits « gris ».
La France n'a plus de temps à perdre. Elle s'est engagée à recycler d'ici à la fin 2006, 4 kilos de DEEE par an et par habitant. C'est possible. L'expérience de Nantes l'a démontré (lire ci-dessous). Mais, pour l'instant, 90 % de ces déchets partent à la casse. Alors qu'aux Pays-Bas, en Belgique ou en Suisse, les filières de recyclage sont déjà opérationnelles.
Bernard LE SOLLEU