Édition du lundi 02 avril 2007
Pour les maires de Maine-et-Loire, la gestion de l'arrivée de nouveaux habitants est l'un des enjeux majeurs de l'avenir de leur commune.
Comment gérer l'arrivée de nouveaux habitants ?
Le phénomène va bien au-delà des villes. Samedi au Lion-d'Angers, il était au coeur de l'assemblée générale des maires du département. Explication.
Aujourd'hui, pour désigner les nouveaux comportements des ménages, notamment, en termes de logement, on parle d'« étalement urbain ». C'est quoi, au juste ?
En dix ans, la donne a changé. Dix ans au bout desquels une nouvelle tendance s'est affirmée : la ville n'est plus l'Eldorado pour se loger. Hausse du prix de l'immobilier, crainte du chômage, saturation, parfois, dans certains quartiers, de l'offre de logements, choix d'une autre qualité de vie. Désormais, le bonheur est dans le pré. En tout cas quand on cherche un toit. Aujourd'hui, les ménages s'installent dans les petites communes rurales. Les lieux de vie et d'emploi se dissocient et on n'hésite plus à « bouffer des bornes » pour aller travailler. C'est ça, l'étalement urbain. Une tendance nationale qui se vérifie aussi dans le Maine-et- Loire.
Quels avantages pour les petites communes ?
Une population qui augmente, c'est plus de développement. Et Jean-Pierre Ferré, le maire de Gené (412 habitants), serait bien en peine de dire le contraire. Son intervention, au cours de l'assemblée générale fut, à ce sujet, éloquente. « Dans les années 90, nous avons frôlé la fermeture de notre école. 18 élèves, seulement. Et puis, de nouvelles familles sont arrivées. Aujourd'hui, l'école compte 90 élèves et nous avons ouvert une quatrième classe en septembre dernier. Nous avons également le projet de construire de nouveaux lotissements, pour répondre à la demande, refaire notre salle communale et remettre aux normes notre assainissement en mettant en place une nouvelle station. »
Et les inconvénients ?
Forcément, quand il y a plus de monde à un endroit précis, la valeur du terrain disponible augmente. L'envolée des prix du foncier, c'est donc l'un des risques pointés par Jean-Baptiste Humeau, professeur de géographie à l'Université d'Angers, lors de son intervention. Mais il n'y a pas que cela. « Nous pouvons également citer la banalisation paysagère, car dans une commune, avoir un rassemblement de pavillons sur catalogue, ce n'est guère valorisant d'un point de vue esthétique. Et puis, de nouveaux habitants, cela génère un coût social non négligeable (accueil périscolaire, par exemple), rendant ainsi l'équilibre budgétaire plus difficile à atteindre. »
Dans ces conditions, que faut-il faire : maîtriser l'extension des bourgs ou laisser faire ?
Pour Bruno Letellier, directeur du Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement (CAUE), également intervenant, il est clair qu'à un moment, il faudra dire « stop ». « Il y a des limites à l'accueil de nouveaux habitants. Foncières, financières, territoriales. » D'autant que, comme l'a souligné Patrick Naudet, consultant et adjoint au maire de Doué-la-Fontaine, « ce phénomène d'étalement urbain n'est peut-être pas durable, car, maintenant, on peut cumuler cinq ou six emplois au cours d'une carrière professionnelle ». Du coup, pour Bruno Letellier, « il faut privilégier la reconstruction de la ville sur la ville, c'est-à-dire réaménager des lieux déjà existants pour les transformer en logements. L'autre solution, pour les communes, c'est de maîtriser le foncier. » Ce qu'a fait Éric Touron, le maire de Distré (1 669 habitants), dans le Saumurois. « Nous avons acquis quatre hectares de terrains, en bordure de route. Cela nous sert de réserve foncière et, surtout, nous a permis de bloquer le système. Aujourd'hui, personne ne peut plus construire sans l'accord de la commune. »
Jean-Philippe NICOLEAU.