Eco-Terre
Le photovoltaïque prend la voie de laérotrain
Energie. Dans le Loiret, des panneaux seront installés sur la structure de lancien monorail pour créer le plus gros site de France.
Par Mourad Guichard
QUOTIDIEN : mercredi 20 juin 2007
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Orléans
correspondance
A chacun de ses voyages entre Paris et Orléans, Medhi Jarry, professeur délectronique en lycée technique, regarde avec convoitise le rail surélevé du célèbre et éphémère aérotrain de lingénieur Bertin. Une structure en béton de 17 kilomètres de long abandonnée en pleine Beauce au milieu des années 70. «Je me suis toujours demandé ce que lon pouvait faire de ce rail interminable», se souvient-il. En 1997, dans le cadre dune spécialisation professionnelle, Medhi Jarry se tourne vers lénergie à haute tension. Et cest le déclic. «Jai tout de suite pensé au photovoltaïque.»
Moue. La France étant lun des mauvais élèves européens en la matière (voir encadré), cest lexemple allemand qui le conforte dans la faisabilité du projet. «Lidée naissant, il a fallu rencontrer les différents acteurs locaux, dont la direction dépar tementale de léquipement (DDE), propriétaire de lédi fice, et la région, partenaire naturel de ce type de projet», raconte-il.
Laccueil est intéressé, mais méfiant quant à la faisabilité. «Administrativement parlant, ça na pas été une mince affaire», se rappelle-t-il. Même lentourage de Medhi, ne le prend pas vraiment au sérieux. Alors il affine, avance, consolide son projet, aidé par Ali Zakavati, un ami ingénieur qui officie chez Deciorg Conseil, un petit cabinet parisien spécialisé dans lorganisation. Finalement, la petite structure se saisit du projet et le baptise Solaren. Ce sera son premier chantier denvergure en matière dénergies renouvelables. Concrètement, il sagit dinstaller près de 10 000 m2 de panneaux solaires, pour une puissance totale de 10 mégawatts et un coût de 50 millions deuros.
«La région Centre était partante ; la DDE, propriétaire du site, semblait intéressée. Nous avons décidé de nous lancer», confie Vincent Agossa, responsable marketing de Deciorg. Pourtant lorsquAgnès Thibal, la vice-présidente de région (Verts), en charge de lenvironnement et du développement durable, voit débarquer ce projet de mégacentrale photovoltaïque, elle ne peut sempêcher de faire la moue : «La centralisation des panneaux solaires pose le problème du transport de lélectricité ainsi produite. Nous sommes plutôt dans une logique de petites structures installées sur le bâti existant et situées au plus près du consommateur.» Malgré ces réserves, la région ne peut laisser passer cette chance de voir, sur son sol, la plus grande vitrine photovoltaïque de France. «Nous sommes là dans une filière en pleine expansion», reconnaît lélue verte. «Il y a pour les entreprises locales des places à prendre.» Alors va pour le projet Solaren. Le risque est dautant plus petit que la région refuse de mettre le moindre sou dans laffaire. Une position sans doute influencée par les Verts au plan national, qui sopposent catégoriquement à ces concentrations industrielles.
Si Vincent Agossa juge ces réserves recevables, il insiste sur la complémentarité des moyens de production : «Il est techniquement possible dinstaller un panneau solaire dans un hameau, mais avec ce principe de centrale voltaïque nous allons pouvoir alimenter une agglomération comme Orléans et ses environs.» Et derrière pourrait naître un intérêt touristique auquel la région ne serait pas insensible. «Nous contribuerions ainsi au développement de lactuel pôle dexcellence énergétique régional, déjà alimenté par léolien, veut croire Vincent Agossa. Cette centrale, qui sera la plus grande de France et lune des plus grandes dEurope, intéressera naturellement les scolaires, les enseignants et les chercheurs de Paris et dailleurs.»
Sphère privée. Le projet un peu fou de Medhi Jarry est donc en passe de voir le jour. Côté financement, le cabinet détudes mise sur un accord passé tout récemment avec la direction des énergies renouvelables du groupe Total. Et, selon les estimations les plus raisonnables, les premiers panneaux pourraient être installés dici deux ans. Un délai qui trouve grâce aux yeux du géniteur : «Aujourdhui, la productivité des panneaux solaires est de lordre de 15 %. Dans quelques mois seulement, elle devrait atteindre les 40 %. Toutes nos prévisions sont donc dans la partie basse de la fourchette.» De son côté, EDF sengage contractuellement à racheter lélectricité produite pendant vingt ans pour un montant annuel de 120 000 euros. Une structure de type mixte public-privé pourrait prochainement voir le jour, réunissant des partenaires locaux et nationaux, tels lAdeme (Agence de lenvironnement et de la maîtrise de lénergie), la Caisse des dépôts, Total, et bien sûr le petit Deciorg. «Cette initiative restera dans la sphère strictement privée», insiste Agnès Thibal, avec une fermeté toute politique.