Mercredi 14 novembre 2007
HLM : la rénovation urbaine pourrait accroître la pénurie
LE MONDE | 12.11.07 | 14h06 Mis à jour le 12.11.07 | 14h06
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C'est un paradoxe : le programme national de rénovation urbaine, qui prévoit, d'ici à 2013, la reconstruction de 250 000 logements sociaux et la réhabilitation de 400 000 autres, pourrait se solder par une aggravation de la pénurie de HLM en France. Le rapport 2007 de l'Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus), dont Le Monde a obtenu des éléments et qui doit être rendu public mercredi 14 novembre, montre qu'il sera difficile de reconstituer une offre locative équivalente à celle démolie dans les quartiers définis comme prioritaires depuis la loi du 1er août 2003.
Premier enseignement : les financements engagés au 31 décembre 2006 prévoient dix démolitions pour sept reconstructions. Même si ce ratio s'est amélioré par rapport aux années précédentes, il apparaît en contradiction avec la règle du "un pour un" : pour un logement social démoli, un autre doit être construit. Christine Boutin, ministre du logement et de la ville, a redit, le 11 octobre, lors des assises du renouvellement urbain, que cette règle "ne saurait souffrir la moindre exception". "Il ne s'agit pas de stopper les démolitions : c'est souvent la seule solution pour régénérer un quartier dégradé. Il s'agit de garantir la croissance du parc de logement social", ajoutait-elle.
DÉCALAGE CHRONOLOGIQUE
Concrètement, sur les 157 projets pluriannuels signés fin 2006 par l'Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU), créée pour mettre en oeuvre cet ambitieux programme de remodelage des quartiers sensibles, le budget engagé prévoyait la démolition de 28 500 logements et la reconstruction de 19 800 autres. Cet écart peut s'expliquer par un décalage chronologique : il est nécessaire de démolir d'abord, pour libérer des terrains pour les nouveaux logements. La moitié de l'offre nouvelle environ est ainsi produite sur le même site. L'ANRU promet en outre qu'en 2013, au terme du programme, la reconstitution de l'offre démolie sera quasiment complète, hormis dans les zones en déclin démographique.
Néanmoins, même si la règle du "un pour un" était scrupuleusement respectée, des statistiques inédites sur la taille des logements concernés permettent d'affirmer qu'un déficit devrait persister. Ainsi, les démolitions engagées touchent essentiellement des logements de plus de 5 pièces (48 % des démolitions, 10 % des reconstructions). D'un autre côté, les nouveaux logements comportent majoritairement moins de trois pièces (24 % des démolitions, 64 % des reconstructions). Des habitations de taille modeste vont donc se substituer à de grands logements. Même si les besoins des familles évoluent, en raison d'une réduction de leur taille, ce constat pourrait, in fine, se traduire par une aggravation des tensions entre l'offre et la demande de HLM. Le rapport souligne par ailleurs les retards pris par certains projets.
Enfin, selon l'Observatoire, qui dépend de la délégation interministérielle à la ville, les 724 communes qui n'atteignent pas le palier de 20 % de logements sociaux fixé par la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) ont fait quelques efforts en 2006. Leur taux moyen de logements sociaux est passé de 13,17 % en 2003 à 13,72 % en 2006. Cependant, 243 de ces communes n'ont financé aucune construction de HLM l'an passé. Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) reste la commune dont la part de logements sociaux est la plus faible (3,2 %) dans le classement des villes qui comptent plus de 15 000 logements et moins de 10 % d'habitations sociales.
Emmanuelle Chevallereau
Article paru dans l'édition du 13.11.07.
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