Vendredi 16 septembre 2005
ENFANCE Seules difficultés de ce marché florissant : les entreprises
hésitent à accueillir ces structures et le personnel qualifié est rare
Les familles plébiscitent les crèches privées
Delphine de Mallevoüe
[15 septembre 2005]
Quelques semaines après la rentrée, nombre de parents restent encore sans
solution de garde pour leur enfant. Nounou, assistante maternelle mais
surtout places en crèche... l'offre manque. Aujourd'hui, seul un enfant sur
neuf bénéficie d'une place en crèche. Malgré le «plan crèches» qui, lancé en
2002 sous le gouvernement Raffarin, s'est fixé l'objectif de créer 57 000
places d'ici à 2008 (26 000 ont été créées à ce jour), et malgré les 15 000
nouvelles places promises en juin dernier par Dominique de Villepin.
Face à cette pénurie, les crèches privées fleurissent : haltes-garderies au
statut de SARL (environ une quinzaine), telles Babylou ou Am Stram Gram,
mais aussi et surtout les crèches d'entreprise. Un vrai boom à attendre si
l'on regarde le nombre de promoteurs de crèches d'entreprise qui débarquent
sur ce marché une vingtaine, soit autant que les crèches elles-mêmes à ce
jour et la multiplication de leurs projets.
Les familles plébiscitent ces gardes sur le lieu de travail, si l'on en
croit une étude réalisée par TNS Sofres pour le magazine Parents, publiée le
9 septembre, qui révélait que 84% des mamans interrogées étaient «très
nettement favorables» à ce mode de garde. Les avantages majoritairement
cités : «La proximité géographique des locaux» (61%) et «la souplesse des
horaires/la gestion du temps» (48%). Un enthousiasme encore plus marqué
quand on évoque le choix «entre la crèche d'entreprise ou des allocations
plus importantes» : 55% choisissent le mode de garde contre 35% la
compensation financière.
Deux modèles existent. D'abord les crèches mono-entreprises, spécialement
dédiées aux salariés d'une même société. C'est notamment l'exemple du groupe
Total, qui s'apprête à en ouvrir une au sein de son siège social à La
Défense. Ensuite, les crèches multi-entreprises ou interentreprises, qui
accueil lent les enfants des salariés de plusieurs sociétés regroupées sur
un même pôle d'activités. C'est, entre autres, le cas du parc d'entreprises
Silic, à Rungis, ou encore à Courbevoie. C'est précisément là que travaille
Luc, jeune cadre d'Areva, qui met son petit Enzo de cinq mois à la crèche
interentreprise. «C'est vraiment très pratique et très sympa, se satisfait
le papa, qui passe l'heure du déjeuner tous les jours avec lui. C'est tout
neuf, proche du boulot, le même prix qu'à la crèche municipale et les
horaires sont adaptés à ceux des salariés (NDLR : 8 heures-20 heures). Que
demander de mieux ?», résume-t-il.
Ouvert depuis décembre 2004, le site de Courbevoie a été développé par
Crèches de France, une société créée à l'initiative de la pédopsychiatre
Edwige Antier. D'autres projets sont en cours : trois crèches
mono-entreprises en province et trois haltes-garderies privées. «Il y a un
tel manque de places que le marché est prometteur», souligne Tristan Micol,
directeur général de Crèches de France.
Un avis partagé par la société des Petits Chaperons rouges, pionniers de la
crèche d'entreprise en France (dès 2000), qui a ouvert celle de Rungis en
février dernier, et par Thomas Fabius, cofondateur de People and Baby.
«Depuis 2004, notre secteur explose !», assure le jeune entrepreneur, qui
va ouvrir la crèche de Total en décembre. Un boom qu'il attribue en grande
partie aux avantages accordés depuis 2004 (*).
Seules difficultés dans ce marché florissant : le recrutement du personnel
qualifié et un reste de frilosité des entreprises. «Même si elles sont
convaincues des vertus, ce n'est pas encore rentré dans la culture
française, explique Thomas Fabius. Elles préfèrent souvent donner de
l'argent aux parents pour leur mode de garde plutôt que prendre la
responsabilité d'une crèche.»
Reste que les places de crèches privées se créent à un rythme soutenu : la
Cnaf en espère 4 000 nouvelles d'ici à trois ans.
(*) La Cnaf a élargi ses subventions aux crèches privées : jusqu'à 80% de
subvention d'investissement par berceau et jusqu'à 70% de subvention de
frais de fonctionnement, sachant que le plafond par berceau est de 10 000
euros.