Semaine du jeudi 6 octobre 2005 - n°2135 - Notre époque
La fin des bouchons ?
Lyon invente le vélo-boulot-dodo
La mise à disposition dun millier de bicyclettes dans les rues de Lyon a rencontré un succès inespéré. Avec 25 000 adeptes, lopération suscite lenvie en France et dans le monde
Lyon ne se reconnaît pas. En quatre mois, la capitale des bouchons, gastronomiques et automobiles, est devenue ville à vélos. Un vrai coup de foudre pour une opération au nom prédestiné: « vélov » (prononcer: v-love). Laure, une infirmière de 45 ans, a dit adieu aux métros et bus bondés, à la voiture impossible à garer: « Cest génial, le matin, je prends un vélo en bas de chez moi, vingt minutes après je le dépose devant lhôpital. Aux stations de vélos, on se parle et on se donne des conseils sur les itinéraires. »
Lancée fin mai, lopération a dépassé les espoirs des responsables du Grand Lyon (le nouveau nom de la communauté urbaine NDLR) et des dirigeants de la société Decaux qui a décroché le marché. « Dans mes rêves les plus dingues, je me disais quon doublerait les 8 000 abonnés de Vienne, où lon mène une expérience similaire depuis deux ans. En fait on a triplé ce chiffre en quatre mois », se réjouit Franck Ponsonnet, directeur régional du géant du mobilier urbain. Aujourdhui, 25 000 Lyonnais sont abonnés au vélov et les demandes dabonnement arrivent chaque jour par centaines au siège de la société, qui entend bien sassurer une position de numéro un sur ce nouveau marché.
Mieux, Lyon voit affluer des délégations du monde entier en quête dinspiration: Vancouver, San Francisco, Hongkong
Même Paris, la grande rivale, veut se doter dun modèle semblable. Fiers, les Lyonnais ! Gérard Collomb, le maire PS, nest pas fâché de doubler son collègue parisien Bertrand Delanoë, en réalisant une opération qui laisse lopposition municipale sans voix. « Cest très bien », concède du bout des lèvres Dominique Perben, ministre des Transports et futur candidat de lUMP, « mais bon, les vélov, cest un peu court comme ambition pour une ville ». Voire. Car lopération, pour les Lyonnais, est tout bénéfice. Engagé dans une guerre sans merci avec son concurrent américain Clear Channel, le groupe Decaux na pas hésité à rogner ses tarifs. « Decaux a commencé sa carrière à Lyon, seul, il y a quarante ans, dans les Abribus et le mobilier urbain. Il sen était servi comme vitrine alors quil navait pas un sou et, dans la foulée, il a obtenu des marchés qui ont amené son groupe à employer 7 000 personnes. Aujourdhui, il veut recommencer avec vélov, toujours à Lyon », explique Franck Ponsonnet, le directeur régional. Résultat: le coût pour les Lyonnais est pratiquement nul (voir encadré). Et dans la ville, lirruption dun millier de vélos il devrait y en avoir 4 000 en 2007 a contribué à changer la physionomie des transports, comme en témoigne le passage en zone limitée à 30 kilomètres/heure du centre de Lyon. Bridées dans leur vitesse, submergées par la vague de vélos rouges, les voitures ont dû shabituer à partager lespace public avec les « transports doux ». Gilles Vesco, vice-président (UDF) du Grand Lyon, en charge du dossier, compte bien sappuyer sur ce succès pour développer des pistes cyclables en site propre : « Nous nen avons que 3 kilomètres actuellement, il y en aura 35 dici à 2008, le succès nous y pousse, tout comme il nous obligera à rappeler aux cyclistes les règles de partage de lespace public avec les piétons. »
Lhiver ralentira probablement cet engouement. Le Grand Lyon en profitera pour mesurer limpact du phénomène, avant que lafflux de nouveaux vélov, auxquels se mêlent désormais des bicyclettes remisées depuis de longues années à la cave, ne relance la vague. Avec déjà une certitude, le vélov est entré dans les murs. La preuve: les policiers ont arrêté deux braqueurs qui venaient de rafler la caisse dune supérette avant de repartir
à vélov.
Robert Marmoz
Un système simple et peu cher
Pour utiliser un « vélov », le cycliste doit dabord se munir dune carte dabonnement. Celle-ci peut être dune durée hebdomadaire il suffit alors daller la retirer avec sa carte bancaire dans une des 173 stations qui couvrent Lyon ou Villeurbanne ou annuelle, couplée avec la carte de transports en commun. En échange dune caution de 150 euros, le cycliste peut alors prendre un vélo. La première demi-heure est gratuite et le coût horaire au-delà séchelonne entre 1 et 2 euros. A la fin du trajet (en moyenne 17 minutes pour un parcours de 2,6 kilomètres), lutilisateur laisse sa bicyclette à la station la plus proche de son lieu darrivée à condition quil y ait de la place. En cas de crevaison, il la ramène à nimporte quelle borne et téléphone à un numéro vert pour signaler lincident.