NDLR DU BLOG : IL NE FAUT PAS OUBLIER LES PRECURSEURS QU ON ETE CAP 21 QUI NE STIGMATISAIT PAS L ECONOMIE A L AUNE DE L ECOLOGIE : CORINNE LEPAGE LA PREMIERE A DEFENDU CETTE ECOLOGIE OFFENSIVE INTELLIGENTE QUI DOIT S INTEGRER A L ECONOMIE
Questions sur l'après-Grenelle, par Eric Le Boucher
LE MONDE | 27.10.07 | 13h40 Mis à jour le 27.10.07 | 13h40
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Pour avoir, ici, douté de ses compétences, commençons par rendre hommage à Jean-Louis Borloo. Lors du Grenelle de l'environnement, il a su passer, au début du grand basculement national, d'une écologie restrictive, malthusienne, pour qui l'homme est le destructeur de la belle nature, à une écologie offensive, qui veut réorienter le développement économique, pas le freiner. Rendons grâce aussi à Nicolas Hulot pour avoir eu l'intelligence de comprendre que la solution était chez Nick Stern, ancien économiste de la Banque mondiale et auteur d'un rapport qui fait date, remis à Tony Blair il y a un an. Le dossier de l'écologie a donc quitté les mains des écologistes pour devenir un sujet d'économie politique : voilà un grand pas de fait vers une solution durable.
Avant d'y revenir à la fin de cette chronique, quelques questions se posent sur les résultats de ce Grenelle.
1 -. Il faut que les militants de l'environnement nous expliquent pourquoi ils ont accepté le compromis passé sur les pesticides et les OGM. La culture commerciale des "OGM pesticides" est "suspendue" (en clair, le fameux maïs MON810, qui est le seul cultivé en France). Parallèlement, le président de la République s'est engagé à "réduire de 50 % l'usage des pesticides, dont la dangerosité est connue, si possible dans les dix ans qui viennent". On lit bien : dans dix ans "si possible"... Il faut savoir qu'une tonne de maïs OGM importée (par exemple d'Argentine) coûte 50 euros de moins. La vérité est que l'interdiction de l'OGM accordée aux "Bové" se compense par le cadeau fait aux maïziculteurs de pouvoir protéger leur marché, maintenir un prix élevé et de pouvoir polluer tranquilles pendant une décennie. Ce compromis est, pour reprendre un terme désormais gouvernemental qui s'applique parfaitement au cas présent, "dégueulasse".
2 -. Le chef de l'Etat a déclaré au Grenelle qu'il défend le principe de précaution. Peut-il nous expliquer sur quelle lecture de ce principe il s'appuie pour accepter des pesticides "dont la dangerosité est connue" et interdire des OGM sur lesquels il y a "des doutes" ? La logique n'impose-t-elle pas de faire l'inverse ?
La vérité est que ce principe est une ânerie chiraquienne - tout le monde le reconnaît, y compris au sein du comité d'Edouard Balladur sur les institutions - mais qu'on n'y touche pas pour acheter le calme des ayatollahs verts. Cette lâcheté provoque une incohérence, elle en provoquera d'autres. Scorie de l'écologie pré-Grenelle, elle va handicaper la France, qui a besoin d'audace et d'innovation y compris dans les industries de l'environnement (lire l'excellent article de Claude Bébéar sur cette question dans Le Monde du 26 octobre).
3 -. La France "se veut exemplaire" en matière environnementale, a dit Nicolas Sarkozy. Est-ce une telle évidence qu'il est impossible de demander pourquoi ? Au nom de quoi ? Dans quels domaines précis ? Et pour quels bénéfices ? Dans son "Rapport sur les perspectives énergétiques de la France à l'horizon 2020-2050", Jean Syrota, haut fonctionnaire, écrit concernant les gaz à effet de serre dans l'Union européenne : "Une approche équitable serait de viser que les émissions par habitant soient les mêmes dans tous les pays membres (...) rien ne justifie qu'un citoyen français doive consacrer des moyens économiques démesurés par rapport à ceux consentis par ses voisins pour limiter ses émissions à moitié de celles d'un Allemand ou d'un Britannique". Peut-on lui donner tort pour la gloire de l'exemplarité ? Si oui, il faut en dire le coût aux Français.
4 -. Si la France se veut un modèle, peut-elle dans le même temps dire, comme M. Sarkozy, qu'elle veut "imposer aux producteurs hors de nos frontières le respect de nos exigences" ? Cette déclaration contre le "dumping environnemental" est une réponse (il est vrai vague) aux membres du Grenelle qui demandaient qu'on taxe à l'entrée les produits des pays qui ne respectent pas Kyoto. D'abord qui vise-t-on ? Les Etats-Unis ? La Chine ? L'Inde ? Ensuite on sent pointer là une inquiétante écologie qui serait le dernier avatar du protectionnisme. Où serait la belle morale de l'exemplarité s'il ne s'agit en réalité que de mercantilisme ?
5 -. Sur le fret : comment croire sérieusement à son développement en France, puisque les cheminots l'interdisent depuis dix ans ? Sur les énergies renouvelables : comment vouloir passer de 9 % à 20 % de la consommation en 2020 quand les Britanniques viennent d'y renoncer comme "infaisable" ?
Ces questions laissent voir le poids des arrière-pensées et la fausseté de certains compromis du Grenelle. Mais revenons au fond et supposons que l'écologie soit devenue, heureusement, un sujet d'économie politique.
Pour avancer vers la solution efficace, celle fondée sur les prix, il faut remettre en route le marché des permis de polluer et il faut complètement rebâtir la fiscalité sans alourdir les prélèvements globaux. Un travail très lourd (Eloi Laurent et Jacques Le Cacheux, Lettre de l'OFCE n° 291).
Ensuite, et surtout, il faut trouver une réponse au défi que n'ont jamais voulu regarder les militants de l'environnement : en règle générale, l'écologie est anti-sociale. Un pauvre avec une vieille 205 pollue plus qu'un riche au volant d'une Mercedes dernier modèle, une décharge brésilienne qu'une usine de retraitement en France. C'est ça le grand, le vrai problème. Si on aide le pauvre à moins polluer, quelle autre aide sociale faut-il sacrifier ? Qui l'acceptera vraiment ?
Eric Le Boucher
Article paru dans l'édition du 28.10.07.