La première femme prêtre en France a été excommuniée
LE MONDE | 04.07.05 | 13h55 Mis à jour le 04.07.05 | 13h55
LYON de notre envoyé spécial
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Elles se font un brin de maquillage et mettent du rouge à lèvres avant d'affronter les caméras. Puis enfilent une aube blanche et une chasuble de soie rouge, qu'elles ont peintes elles-mêmes et, autour du cou, une étole. Gisela Forster, qui est Allemande, Christine Mayr-Lumetzberger, Autrichienne, Patricia Freisen, Sud-Africaine en rupture avec l'ordre dominicain, sont trois femmes "évêques" excommuniées par leur Eglise catholique depuis leur "consécration" en juin 2002. Elles sont à Lyon, samedi 2 juillet, pour ordonner, à bord d'une péniche, la première femme prêtre française, Geneviève Beney, 56 ans, mariée, militante associative, après un bagage de théologie.
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Leur anneau pastoral, leur croix pectorale scintillent au soleil, face à la meute des photographes et des cameramen. Et un bouquet de fleurs sur lequel on peut lire le mot "Egalité". "On se croirait au mariage du couple homosexuel de Bègles", ironise un prêtre lyonnais. Geneviève Beney, l'héroïne du jour, arrive à la dernière minute, fuit les caméras, boycotte la conférence de presse qu'elle a convoquée, s'enfuit dans la cale de la péniche où, à travers les hublots, sans retenue, les photographes continuent de la traquer.
Premier paradoxe pour une cérémonie d'ordination sacerdotale : il y a plus de caméras et de micros que de fidèles. Ceux-ci une soixantaine montent à bord avec dévotion, venus d'Allemagne, de Belgique, des Pays-Bas, d'Autriche, de France, de Suisse, témoins âgés de tous les combats menés et perdus contre Rome pour la "fin des discriminations" et contre "l'oppression sexiste" . Parmi eux, deux prêtres mariés, aussi en rupture de ban avec leur Eglise. Le seul journaliste autorisé à monter à bord est le directeur de Golias , bulletin de cette paroisse des mécontents.
Sous les cantiques des fidèles, Geneviève Beney sera ordonnée prêtre entre Rhône et Saône, dans cette péniche promue symbole de la situation d'errance de ces femmes marginales. Une cérémonie de cinq heures selon le rituel classique de l'Eglise, avec litanies, psaumes, prosternation, imposition des mains par les femmes "évêques". Autant de gestes, bien sûr, invalides. Le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon, avait prévenu la veille : un tel passage à l'acte signifie une rupture avec l'Eglise. Geneviève Beney a été excommuniée d'office, sans qu'il y ait besoin de procédure supplémentaire.
Elle conteste cette sanction. Elle s'estime toujours "dans la communion spirituelle avec la communauté universelle" . Elle a laissé un texte à la presse dans lequel elle se dit consciente d'avoir commis un "acte de transgression". Mais, précise-t-elle, c'est une transgression "légitime" , pour répondre à une situation "obsolète" . Les trois "évêques" ont expliqué que toutes les voies étant bouchées pour promouvoir le rôle des femmes dans l'Eglise, il ne leur restait plus que l'illégalité et la clandestinité. "L'un des moyens de changer une loi injuste est de la violer" , affirme Patricia Freisen. Mais sans changer d'Eglise : "On ne q uitte pas une amie qui est malade."
Pour cette première en France, elles ont choisi Lyon, l'ancienne capitale des Gaules, la ville des premiers martyrs chrétiens. Car elles disent vivre "u ne histoire d'isolement et de grandes souffrances" . Ces femmes célèbrent la messe une fois par mois avec des pasteurs protestants , des baptêmes, des mariages, des enterrements. Mais refusent de dire quels évêques les ont consacrées : des hommes " en règle avec le Vatican" , affirment-elles, mais, de source sûre, on sait qu'il s'agit de Romulo Brascho, "archevêque" argentin, membre de l'Eglise apostolique et charismatique du Christ-Roi, non reconnue par Rome.
Pour elles, cet "acte prophétique" est l'amorce d'un mouvement : 65 femmes catholiques dans le monde seraient en train de se préparer au sacerdoce, dont 40 Américaines 9 seront ordonnées, le 25 juillet, sur le fleuve Saint-Laurent, au Canada et une vingtaine d'Européennes (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Suède, Suisse, etc.). Gisela Forster, qui vient du diocèse de Munich, prétend avoir échangé une correspondance avec le cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, ancien collègue de son mari à la faculté de théologie. "Ratzinger m'aime, je l'aime. Ne suis-je pas une femme merveilleuse ?" , dit-elle en riant avant de monter sur la péniche. A l'entendre, une nouvelle "Eglise des catacombes" est en train de naître. Comme aux premiers temps chrétiens.
Henri Tincq
Article paru dans l'édition du 05.07.05
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LA CROIX DU 3 JUILLET 2005
3-07-2005
L'ordination des femmes en questions
Geneviève Beney a été «ordonnée prêtre» samedi 2 juillet, un acte condamné par lEglise catholique. Régine du Charlat revient pour «La Croix» sur lordination des femmes
Régine du Charlat
Religieuse auxiliatrice, théologienne
- La Croix : Comment recevez-vous ce qui sest passé à Lyon, samedi, à savoir l« ordination sacerdotale » dune femme ?
-Régine du Charlat : Savoir si le ministère ordonné est possible ou non pour les femmes est bien une question qui se pose. Mais je crois que la manière avec laquelle on répond à une question est fondamentale. Or, la manière choisie par Geneviève Beney , ce week-end, à Lyon, me semble irrecevable. Dabord, parce quon ne se donne pas à soi-même une mission. Cest lÉglise qui donne la mission. Une compétence ne tient pas lieu de mission ! Ensuite, on ne peut faire dire à lÉglise ce quelle ne dit pas. Même si on peut regretter quelle se trompe. De ce point de vue, la formule du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, expliquant quil ny a « aucune vérité » dans cet acte me convient bien : il est contradictoire de revendiquer une ordination, cest-à-dire, littéralement, une mission dans un cadre institutionnel donné, et en même temps de refuser de respecter lorganisation de cette institution.
Oui, mais dans ce cas précis, pour une femme, cest de toute façon impossible !
Un geste qui nest pas possible du dedans a-t-il une utilité si on le fait de lextérieur ? Je ne crois pas. Surtout, nous sommes quand même dans une Église où les femmes peuvent accéder à des responsabilités. Les femmes actives dans lÉglise sont nombreuses ; on les trouve partout, à des postes importants, engagées avec sérieux. La question de linégalité homme-femme nest pas propre à lÉglise, même si elle sy pose, évidemment. Moi-même, jai eu à en souffrir ; jai dû patienter ; et je crois pouvoir dire que jai obtenu cette reconnaissance dégalité. Ce qui ma permis de patienter, cest que jai toujours pensé quil était important dapporter une réponse juste aux situations données.
Femme ministre, cest complètement exclu ?
Tout dépend ce que lon entend par « ministre ». Le mot ministère signifie service. Je peux dire que jexerce un ministère, mais qui nest pas un ministère ordonné. Il existe des milliers de femmes, en France, qui exercent un ministère. Le problème, cest que le mot est utilisé couramment comme se référant à lordination.
On a cependant le sentiment quaujourdhui la réflexion sur le rôle et la place des femmes dans lÉglise est bloquée ?
Je nai pas didée sur ce qui serait bien ou pas bien, pour les femmes. Mais je crois quil y a aujourdhui tout un chemin à parcourir, pour se poser la question de manière plus juste, et dépassionnée. Dabord, nous devons retravailler la symbolique du masculin et du féminin dans la Bible. Ainsi, lorsque saint Paul parle des hommes et des femmes (« femmes, soyez soumises
» Ep 5, 22), en réalité, il fait jouer le rapport féminin-masculin pour dire quelque chose du rapport de lÉglise au Christ, et non de la situation de la femme par rapport à lhomme. Or, nous nous contentons dune lecture sociologique. Sans explorer ce que cette symbolique biblique peut comporter comme richesse. La féminité dit quelque chose dimportant de la foi, et de notre rapport à Dieu. À partir de là, il faudrait pouvoir sereinement réexplorer lÉcriture et la Tradition. Je plaide pour une relecture dépassionnée. On a quand même le droit de réinterpréter le texte biblique en fonction dune époque. Mais encore une fois, il faut le faire avec justesse.
Que répondre, cependant, lorsquune femme dit quelle se sent « appelée » à la prêtrise ?
Mais un prêtre ne se décide pas de lui-même à être prêtre. Sans doute met-on trop laccent, aujourdhui, sur la dimension personnelle de la vocation. Un évêque, parfois, dit non à un candidat à la prêtrise. On peut se sentir appelé, on peut se proposer au sacerdoce, mais on ne peut « se le donner ». « Je ne fais rien de moi-même », dit le Christ lui-même (Jn, 8).
De ce fait, lÉglise ne donne-t elle pas le sentiment décarter les femmes des responsabilités ?
Aborder la question du sacerdoce des femmes à partir de laccès aux responsabilités, cest confondre les plans. Le prêtre nest pas celui qui décide de tout. Ce nest pas un chef dentreprise. Le ministère ne se définit pas par le pouvoir de décision, il est dordre sacramentel. Cest un signe destiné à signifier la présence du Christ. Si les femmes étaient ordonnées un jour, elles nen acquerraient ni plus ni moins de pouvoir de décision. Je ne suis pas contre le pouvoir, mais ce nest pas la définition du ministère.
Refuser ce droit aux femmes, paraît « inaudible » dans notre société
Le ministère nest pas un droit, cest une mission ! Bien sûr quil existe encore un problème pour les femmes, et leur reconnaissance dans lÉglise. Mais en ne posant que la question des « femmes prêtres », on isole un signe de lensemble. On ignore les cohérences internes à lÉglise. Encore une fois, beaucoup de femmes, dans lÉglise, sont en situation de responsabilité. Il est vrai que la télévision se contente trop souvent de renvoyer, comme image de lÉglise, celle dévêques place Saint-Pierre. Pourquoi ne parle-t-on pas des femmes à luvre dans lÉglise ? Mais cela, sans doute, ce nest pas médiatique
Propos recueillis par Isabelle de GAULMYN
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Dans l'Eglise anglicane
En février dernier, le synode général de lÉglise dAngleterre a entériné lidée que les femmes pasteurs puissent devenir évêques dans leur Église.
Un pas de plus vers une égalité entre hommes et femmes quant aux charges ecclésiales. Mais la violence des discussions a montré combien la question des femmes continuait, au sein de la Communion anglicane , à créer des tensions. En effet, depuis 1994, les femmes peuvent être ordonnées pasteurs dans lÉglise anglicane . Lorsque la réforme est entrée en vigueur, 17 000 femmes avaient déjà été ordonnées diacres depuis 1987. Plusieurs ont désormais gravi les échelons de la hiérarchie, et larrivée de femmes dans les paroisses est généralement bien acceptée par les fidèles.
Mais la décision de 1994 a déclenché une crise entre les « traditionalistes » et les « modernistes », qui nest pas encore résorbée : plus de 720 prêtres ont démissionné, certains rejoignant lÉglise catholique. Leur départ a certes été compensé par lordination de femmes pasteurs, mais le traumatisme a du mal à se résorber : selon les sondages, 85 % des Anglais sont favorables à lordination des femmes. En revanche, sagissant des plus pratiquants, un millier de paroisses, une sur dix, ont exprimé leur refus dadmettre des pasteurs de sexe féminin. Et, à la fin de lannée dernière, le Dr David Hope, archevêque de York (numéro deux de lÉglise dAngleterre), considéré comme favorable aux thèses des « libéraux », a quitté prématurément ce siège pour revenir à la vie de paroisse, en mettant en garde son Église contre le risque de schisme.
Par ailleurs, la décision de 1994 demeure un obstacle pour le dialogue cuménique avec lÉglise catholique. Sur la forme : quun synode anglican ait pu, unilatéralement, décider de lordination des femmes reste, pour lÉglise catholique, non acceptable. Sur le fond : la même année, Jean-Paul II, dans une lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis, opposait un refus «définitif» à lordination des femmes dans lÉglise catholique.
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LE FIGARO
L'Eglise inflexible après «l'ordination» d'une femme à Lyon
Élie Maréchal
[04 juillet 2005]
Tout sourire, Geneviève Beney a enfin obtenu ce qu'elle voulait : depuis samedi, elle est, dit-elle, «la première femme française ordonnée prêtre». La cérémonie s'est déroulée sur une péniche de tourisme naviguant au pied de la colline de Fourvière, siège de l'archevêché de Lyon, comme pour mieux narguer le primat des Gaules, le cardinal Philippe Barbarin.
Cette ordination «ne remplit aucune des conditions requises par l'Eglise catholique, avait fait savoir l'archevêque auparavant. Une telle cérémonie constituera sans équivoque un acte grave de rupture à l'égard de l'Eglise catholique.»
Geneviève Beney est donc excommuniée. Malgré les objurgations du prélat, une soixantaine de personnes sont venues s'embarquer pour relever le défi aux côtés de Geneviève Beney, âgée de 55 ans, épouse d'un protestant, sans enfant, domiciliée dans le Gard. Elle-même de dire : «Cette ordination est une transgression. Elle est une rupture avec une situation que je considère comme obsolète, car injuste envers les femmes, une situation qui maintient l'inégalité entre hommes et femmes en matière de responsabilités et prises de décisions ecclésiales.»
Trois femmes «évêques» une Allemande, une Autrichienne, une Sud-Africaine sont venues imposer les mains à l'impétrante. Les deux premières avaient fait partie des sept premières femmes «ordonnées» prêtres, en juin 2002, sur le Danube, par l'archevêque argentin Romulo Braschi, membre de l'Eglise catholique et apostolique charismatique du Christ-Roi, non reconnue par le Vatican, qui les avait rapidement excommuniées.
A de multiples reprises, l'Eglise catholique a récemment réaffirmé sa différence par rapport aux Eglises protestantes ou anglicane, qui ont des femmes pasteurs, prêtres, voire évêques. Jean-Paul II, dans sa lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis (1994), a confirmé que l'Eglise catholique «ne se considère pas autorisée à admettre les femmes à l'ordination sacerdotale» : cette position, insistait-il, doit être définitivement tenue par tous les fidèles». En 1995, le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi et futur Benoît XVI, coupait court au débat, apposant le sceau de l'infaillibilité sur ce refus.
La controverse n'a cependant pas cessé. En France, outre la revue contestataire Golias, l'association Femmes et Hommes en Eglise continue de revendiquer le sacerdoce féminin, et elle prépare un colloque à Paris pour janvier prochain sur cette question. A la fin de ce mois-ci, Toronto accueillera le IIe Congrès international pour l'ordination des femmes.
Au Canada, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Autriche, en Suisse, aux Pays-Bas et en Suède, une soixantaine de femmes se prépareraient à l'ordination. Pour Christine Mayr-Lumetzberger, fondatrice de l'initiative fem mes ministres ordonnées dans l'Eglise catholique et l'une des trois «évêques» à avoir ordonné samedi Geneviève Beney, il s'agit de renouer avec la tradition de l'Eglise primitive «dans laquelle femmes et hommes prenaient part à égalité dans le service et la direction de la communauté».
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