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L'équipe de Cap 21 Pays de la Loire, vous souhaite la bienvenue sur son blog. Lancé en décembre 2004, ce blog est au service de ceux qui recherchent des articles d'information sur les sujets abordant les enjeux de santé-environnement, protection de la nature, qualité de la vie, transport, urbanisme, vie politique de la région, etc, dans une posture d'ouverture du local à l' international. Sur un même sujet, vous pouvez trouver des avis divergents, c'est fait exprès, - la source est toujours indiquée en bas de l'article -. Outre ces informations, vous trouvez nos opinions à travers nos interventions, communiqués et aussi sur le mot du jour "Contre-pente". Depuis le 11 mars 2007, à l'occasion des élections présidentielles, CAP 21 rallié résolument François Bayrou. Son score en Anjou a été magnifique (+ 23 %). Le futur MoDem, qui sera officiellement et statutaire les 1er ou 2 décembre, rassemble des hommes et des femmes venus de l'UDF, de CAP 21 et beaucoup de nouveaux militants en politique. Les 535 candidats aux législatives ont permis de confirmer l'émergence de ce nouveau parti, différent, rassembleur, troisième force politique, qui a montré sa force aux législatives, qui doit concrétiser aux prochines élections, cantonales et municipales.

Bernadette Caillard-Humeau, Conseillère municipale d'Angers, Déléguée d'Angers Loire Métropole

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Jeudi 1 mars 2007
UDF Marielle de Sarnez, l'éclaireuse de Bayrou 17/01/2007 - © Le Point Elle a depuis vingt ans l'oreille de François Bayrou, dont elle est aussi l'oeil avisé. Celle qui sera sa directrice de campagne a décidé de sortir de l'ombre. Portrait d'une éminence grise très lumineuse. S i l'UDF était une flèche, et Bayrou son archer, Marielle de Sarnez en serait la pointe. Silhouette d'escrimeuse, regard bleu ciel affûté et langage direct, tout, chez elle, autorise la comparaison. Surtout quand, grande blonde pressée à l'élégance négligée, elle déboule dans le Thalys en jean et pull à col en V, sac Vanessa Bruno à la main et sourire en bandoulière. Pas pour autant une tueuse, à l'entendre s'émouvoir sur le soleil qui chasse la brume dans la campagne. « Vous avez vu cette lumière, c'est superbe, non ? » Au moins autant que celle qui, samedi matin, faisait scintiller la ligne de crête des Pyrénées au moment de la déclaration de candidature du chef de l'UDF. L'idée de la faire du Béarn, berceau familial de la dynastie Bayrou, ils l'ont eue ensemble, dit Bayrou. Mais c'est « Marielle », il le confesse volontiers, qui l'a décidé à se déclarer en plein air. Sans beaucoup le forcer. « En elle j'ai toute ma confiance , assène-t-il. Elle est le pivot, le point central, la seule qui ait de l'influence réelle sur moi... même si je ne l'écoute pas toujours ! » Tout est presque dit. Marielle de Sarnez a 55 ans. Elle est députée européenne, vice-présidente de l'UDF, et sera la directrice de campagne de François Bayrou en 2007. Dans le microcosme, tout le monde la connaît. Dans la vraie vie, personne. C'en est d'ailleurs bizarre, tant, à la voir, on se dit qu'elle est du pain bénit pour un candidat en campagne. Elle a du charme et du charisme, elle passe bien à la télé, et c'est une femme. En ce moment, ça compte. Elle le confesse, mais ajoute qu'il faut « arrêter de s'esbaudir avec ça, parce que ça va devenir ringard » . Elle l'a dit l'autre jour, chez Christine Ockrent. Un « France Europe Express » « spécial femmes » avec Marine Le Pen, Corinne Lepage et Françoise de Panafieu. Dont elle sera la rivale à la mairie de Paris en tant que tête de liste UDF. « Elle va faire un malheur » , prédit Bayrou, qui se réjouit que celle qu'on appelle sa « tour de contrôle » ait enfin décidé de sortir de l'ombre pour aller se bronzer à la lumière des combats médiatiques. Pour elle, c'est une première. En 1979, Simone Veil - « une femme magnifique » - lui propose d'être sur sa liste. Elle refuse, car elle est enceinte. Aux législatives de 1993, idem avec Bayrou. Niet, mais pour d'autres raisons. « Timidité, complexes » , avancent ses amis. Serait-elle désinhibée ? « J'ai maintenant la distance pour le faire, et je n'ai pas peur à la télévision » , explique-t-elle. Alors pourquoi ne l'y voyait-on pas ? « J'avais fait quelques émissions, mais ça passait inaperçu. » Elle s'arrête et rit : « Peut-être parce que c'était sur l'Europe ! » L'Europe, c'est son dada. Quand elle en parle, ça s'allume au fond de ses yeux. Elle dit que ne pas faire l'Europe, c'est être irresponsable. Que les Français font preuve d'un immense péché d'orgueil en pensant que la France peut peser seule dans le monde. Que c'est facile d'en faire un bouc émissaire « pour des situations qui relèvent de notre propre impuissance » . Elle veut la relancer, y mettre la France au premier rang pour faire rayonner des valeurs et un projet de société à opposer à celui des Américains ou des Chinois. Au Parlement de Bruxelles, elle explique ça aux lycéennes d'Ile-de-France qui pique-niquent sur la moquette. Elle en traverse les couloirs au pas de course, claque la bise à ses collègues et propose qu'on élise le président du groupe à main levée pour gagner du temps. « Marielle, elle se prend pas la tête » , résume Anne Lapérouse, eurodéputée du Tarn. Son extrême proximité avec Bayrou est un mystère. Le goût pour la lecture excepté, tout oppose ces deux sparring partners - c'est le mot qu'elle préfère pour décrire leur relation. Il est provincial, elle est parisienne. Il est né paysan, elle, noblesse d'Empire. Il est croyant et pratiquant, elle a été éclaireuse pour ne pas aller aux scouts. Mieux, alors qu'il est agrégé des lettres, elle n'a pas fait d'études, et a même réussi l'exploit de se faire virer de Sainte-Marie-de-Passy pour avoir retaillé aux ciseaux les cheveux d'une copine. Les vestes en velours en moins, on pense à Brett Sinclair et Danny Wilde, les héros complémentaires d'« Amicalement vôtre ». Peut-être pas un hasard si, comme la série culte, pur produit des années 70, le centrisme revient d'ailleurs à la mode. Elle est tombée dans le centre par hasard. Elle avait 22 ans et, à l'époque, c'était branché, c'était Giscard. Un ami de la famille, Ladislas Poniatowski, lui en entrouvre la porte en lui proposant un mi-temps de secrétaire aux Républicains indépendants. Presque pour la sauver. Elle a quitté le giron familial et, pour gagner sa vie, vend des fourrures au porte-à-porte. Pis, elle fait Mai 68 au moment où son père, Olivier de Sarnez, se fait élire député UDR pour défendre l'ordre gaulliste . Novatrice, elle crée les tee-shirts « Giscard à la barre », et pousse la politique-passion jusqu'à épouser Philippe Augier, chef des jeunes du parti et futur maire de Deauville, dont elle aura deux enfants. C'est dans les coulisses de la campagne de Barre, en 1978, qu'elle rencontre Bayrou. « Elle avait mis des parkas "Barre confiance" à tout le monde » , s'amuse le président de l'UDF. « Elle était responsable des meetings, moi j'étais le chef des plumes. On vantait ses capacités d'organisatrice, son énergie. » « Il était l'intellectuel-plume, le jeune politique qui monte , renchérit-elle. On avait le même âge, je le trouvais sympa. » Le générique au clavecin d'« Amicalement vôtre » peut commencer : ils ne vont plus se quitter. En 1993, elle le suit à l'Education nationale. En deux ans, elle en devient le « dircab ». « C'est bien la première fois qu'il y aura eu un directeur de cabinet autodidacte au ministère de l'Education » , s'amuse Bayrou, qui, aujourd'hui, profite de sa nostalgie du giscardisme triomphant : « Elle a connu le centrisme victorieux, c'est une combattante, et ça tombe bien ! » Oui, ça tombe bien. Car Bayrou aura besoin de cette éminence blonde pour ne pas finir, comme en 2002, sur la bande d'arrêt d'urgence des élections dans un bus au colza en panne de carburant politique. Et pas seulement, comme disent les méchantes langues, pour flatter son ego quand il doute, ou contrôler le périmètre de sécurité qu'elle aurait installé autour du chef. Il aura besoin d'elle, car cette centriste tendance dure n'a pas son pareil pour ringardiser en deux phrases « Ségolène » ou « Sarko », et vous vendre Bayrou comme un Kennedy d'aujourd'hui, qui n'a pas besoin de s'inventer une image, parce qu'il est « plus profond que les autres » et qu' « il a une histoire avec la France » . C'est gonflé, mais elle y croit, comme à l'idée du centre qui serait, à l'horizon 2007, le seul vote contestataire constructif. « Marielle est certainement pour beaucoup dans l'évolution de Bayrou , analyse son collègue européen Daniel Cohn-Bendit. Avant, il était très droite catho-cinq enfants et bondissait dès qu'on évoquait la drogue ; aujourd'hui, il parle d'homoparentalité : c'est un rééquilibrage intelligent. » Cet ange gardien souriant a-t-il trop d'influence, au point d'avoir réussi à faire marcher Bayrou chaque matin à l'aube ? C'est ce que disent ceux qui s'agacent que le chef ne lève pas le petit doigt sans lui parler d'abord. S'étrangleront-ils en apprenant que le fils de Marielle, âgé de 28 ans, rentrera bientôt du Darfour pour rejoindre le staff de campagne ? Il y dirigeait un camp de réfugiés, et a tout connu de cette sale guerre. Face aux razzias que ne manqueront pas de lancer contre les « Bédouins » de l'UDF les « Jenjawid » des rues La Boétie ou de Solferino, c'est déjà tout un symbole. Marielle de Sarnez 1951 : naissance à Paris 1974 : dans le staff de campagne de VGE 1978-1979 : naissance de ses enfants 1997 : directrice de cabinet à l'Education nationale 1999 : élue députée européenne 2004 : conduit la liste UDF aux européennes en Ile-de-France : 12,63 % des voix 2006 : élue à la tête de la fédération de Paris
par article Le Point publié dans : portraits
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Jeudi 1 mars 2007
Special report: France Half the country hates one candidate. Half detests his rival. Enter François Bayrou, next president of France Resign yourself to a French leader with even less charisma than the next British prime minister Marcel Berlins Wednesday February 21, 2007 The Guardian Take my advice, immediately. Rush to your nearest betting shop and place a bet that the next president of France will be called François Bayrou, about whom you may not know much. Unfortunately, Messrs Ladbroke, William Hill and Paddy Power may be equally ignorant of M Bayrou and will refuse to take your bet, so you may have to treat it as a virtual wager. Never mind, it's the thought that counts; and that thought should be to forget all about Nicolas Sarkozy and Ségolène Royal and resign yourself to a French leader with even less charisma than the next British prime minister. Article continues Here's the reason. The polls show that, if Bayrou were to get into the second round of the presidential election, he would beat his opponent, whether Sarkozy or Royal, and on May 7 become Jacques Chirac's successor. So Bayrou's problem is to find a way of being runner-up in the first round. Until recently, that seemed impossible. The final looked like a certain contest between Sarko and Sego, destined to be close. That was until Royal decided to enter self-destruct mode, carelessly whittling away the public support she had gained in the early, heady days of her candidature. She will find it difficult to recover from the failure of her "100 promises" speech to inspire, followed by Monday evening's performance on French television. I have seen only excerpts, but from everything I have been told and read there seems to be a consensus that - discounting the biased views of both her implacable enemies and her sycophantic supporters - she was reasonably relaxed, competent in presentation, and made no specific mistakes. But - and it is an essential but - she was not exciting, charismatic or possessed of obvious leadership qualities. She needed to be sparkling to revive her campaign and reverse her decline in popularity. She wasn't. Enter Bayrou, who has been patiently waiting for just such an opportunity. His ratings in public opinion polls has been rising quietly but significantly. Before Royal's television appearance he had reached 16% for the first round on April 22, against her 23%. (Le Pen looks out of the running; his shock second place in the 2002 elections will not be repeated.) But Bayrou's graph is on the up whereas Royal's is sliding; the gap is far from unbridgeable. Moreover, if the polls keep showing that Royal will be easily beaten by Sarkozy in a run-off, I see a flight of socialists to Bayrou in the first round, to ensure that he makes the final, with an excellent chance of winning. The other day, a separate poll showed that 55% hoped that he would reach the second round. He may not be well known abroad, but he has long been a fixture in French politics - leader of the third largest party in the national assembly, the centrist UDF (Union for French Democracy), a former minister for education and a candidate in the 2002 presidential elections; he came fourth. He is 55, from an agricultural background near the Pyrenees, has six children, loves and breeds horses, and has written several books, mainly on French history. His manner is usually subdued (though his speeches have recently acquired a more emphatic delivery), and his policies are worthy without any hint of excitement or great originality. He calls for a government of national unity; he is at his most impressive when castigating the political elite and the media for being out of touch with the people. How could the French possibly elect someone they have found so uninspiring for so long? Easy. Because half the country hates Sarkozy, and the other half can't stand Royal, or at least finds her unsuitable for the highest office. The election will be fought largely on the "Anyone but ..." principle. My money says that the "anyone" will be Bayrou. Forcing schoolchildren to read the great English classic novelists and poets - as announced last week by education secretary Alan Johnson - seems, on the surface, a good thing. Yet, unexpectedly, I find myself mainly on the side of the sceptics of such ring-fencing. I first learned English when I was 10 or 11, but I do not think that my experience of being force-fed the classics at my English-speaking school differed much from that of my fellow pupils. The result, far from conferring on me the valuable gift of being able to appreciate and take a lifetime's pleasure from the greats, was the opposite. I was put off Shakespeare (and have only partly recovered), hated Milton (and, as a consequence suspected all poetry), and disliked Dickens (I am over that one). I was made to read Pride and Prejudice and Middlemarch by a girlfriend. The compulsion was no less strong than if the school had applied it, and the result was the same. Austen and Eliot were spoiled for me for decades. They are not authors meant to be read by adolescent boys (just as I have not met a girl who liked Dickens or Conrad while still a teenager). But school syllabuses rarely take into account those sexual differences. The dilemma is that if you leave it to government departments to draw up a list of compulsories, it will be full of dense, boring, difficult-to-read, and (to a schoolchild) often incomprehensible pre-20th century novels. But if you don't insist on the classics, the children will be reading books chosen mainly for their allegiance to the fashionable criteria of diversity, inclusiveness, and "relevance" to the children's own lives.
par article du Guardian publié dans : portraits
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Mercredi 7 février 2007
On l'a connu moins rebelle... La tentation Bayrou C'est la somme des humiliations que le parti chiraquien lui a fait subir qui l'a poussé à s'émanciper. Désormais il est prêt à tout : à tendre la main à la gauche s'il affronte Sarkozy au second tour, ou à s'entendre avec la droite si le rêve passe. Pourra-t-il longtemps gérer ce grand écart ? Sur RTL, au petit matin. Ce 30 janvier, François Bayrou est interrogé sur l'arrestation de jeunes soupçonnés d'avoir volé le scooter d'un fils de Nicolas Sarkozy. « Nous vivons dans la France des deux poids, deux mesures », commente-t-il. Avant de citer La Fontaine : « Ce genre de petit événement est révélateur de la manière dont, selon que vous soyez puissant ou misérable, les jugements de cour, en tout cas l'attitude de la police [...] ne sera pas la même. » L'Assemblée nationale, nuitamment. Il n'est pas loin de minuit, ce même 30 janvier, mais Bayrou a tenu à être là. Malgré la fatigue d'une journée surchargée, il entend témoigner. Contre un autre «puissant», une autre puissance : TF1. Dès son entrée en campagne, il a ciblé cette chaîne, symbole à ses yeux de la collusion entre l'argent, le pouvoir et les médias. Il n'a pas supporté que Robert Namias, le directeur de l'information, lui réplique qu'il attaquait TF1 parce qu'il n'avait rien d'autre à dire. Bravache, il vient à la tribune de l'Assemblée en remettre une louche. Dans le cadre d'un projet sur la télévision du futur, le gouvernement a prévu l'attribution d'un nouveau canal à TF1. Cette «décision est partiale, ces avantages sont accordés injustement», clame le candidat UDF devant un hémicycle désert. «On vous a connu moins rebelle» : c'est un animateur de France-Bleue qui fait la remarque à François Bayrou, le lendemain. Et comment ! Le président de l'UDF n'a pas toujours joué les imprécateurs contre les puissants. Il n'a pas toujours défié la droite. Longtemps, ce centriste bon teint, aimable Rastignac béarnais, est surtout apparu animé par le désir de conquérir Paris. Certes, il a toujours contesté la suprématie de feu le RPR. Mais sans prôner un renversement des alliances. Alors, il préconisait la création d'un grand parti de centre droit, qui réunirait le RPR et l'UDF, en excluant les gaullistes paléontologiques, du type Charles Pasqua. «Il a cru longtemps qu'il pourrait faire évoluer le systèmede l'intérieur», admet Marielle de Sarnez, sa coéquipière depuis vingt ans, aujourd'hui sa directrice de campagne. Ministre de l'Education d'Edouard Balladur en 1993, il s'est surtout distingué par sa volonté de réformer la loi Falloux, dans un sens favorable à l'école libre. Ministre de l'Education d'Alain Juppé en 1995, il s'est surtout signalé par sa volonté de ne rien réformer du tout. Et voilà qu'aujourd'hui il ne perd pas une occasion de brocarder Nicolas Sarkozy, son collègue du gouvernement Balladur, auquel rien de fondamental ne l'a opposé à l'époque. Et voilà qu'il rêve tout haut d'un destin à la Romano Prodi, son alter ego italien, chef de gouvernement grâce à une alliance de la gauche et du centre. « Le Roi libre » : c'est le titre de la biographie qu'il a consacrée à un autre Béarnais monté à Paris, Henri IV. Un homme libre : c'est le titre qu'il revendique aujourd'hui. Sa libération s'est jouée en trois actes. Premier acte : les régionales de 1998, ou plutôt, un de leur prolongement. L'élection de Charles Millon, devenu président de la région Rhône-Alpes grâce aux voix du Front national, est cassée. A la place, le RPR veut imposer un « milloniste ». L'ordre vient de l'Elysée. Bayrou tente un coup de poker : une centriste, Anne-Marie Comparini, est élue présidente avec les voix de la gauche. Deuxième acte : les européennes de 1999. Un déjeuner réunit autour de Jacques Chirac, Philippe Séguin et Nicolas Sarkozy pour le RPR, Alain Madelin pour les libéraux, et François Bayrou pour les centristes. Au menu, un plat unique : imposer à l'UDF, parti pro-européen, que Séguin, héraut de la lutte anti-Maastricht, emmène une liste commune RPR-UDF. Bayrou est déjà décidé à constituer une liste autonome. Il commence par dire son amitié pour Séguin. Dans sa récente biographie de Sarkozy (1), Catherine Nay livre la réponse de celui qui est aujourd'hui premier président de la Cour des Comptes : «Ton amitié : tu peux te la carrer où je pense.» Tout le déjeuner est à cette aune. D'une violence inouïe. Tous contre Bayrou, Bayrou contre tous. Chirac jure de briser sa carrière. Quelques semaines plus tard, nouvel affrontement : Séguin ayant jeté l'éponge, Sarkozy prend la relève. Il appelle Bayrou qui se trouve chez lui, dans la cuisine de sa maison de Bordères, près de Pau. Une nouvelle fois, le patron de l'UDF se voit sommé de rentrer dans le rang. Sinon, prévient Sarkozy, «il y aura du sang sur les murs». Ce deuxième épisode, moins connu, sera plus lourd de conséquences. Au fond, Bayrou s'est toujours senti différent des bonapartistes, du type Chirac ou Pasqua. Mais il se croyait des affinités avec les orléanistes, du style de Balladur et de ses affidés. La violence de Sarkozy lui montre qu'il n'y a qu'une seule droite, qui entend régner sans partage. Troisième acte : l'élection présidentielle de 2002. Alors, sa libération est toute relative. Dès son entrée en campagne, Bayrou annonce qu'il votera Chirac au second tour. Dans l'incrédulité générale, il se bat. Ou plutôt se débat. Une grande partie de ses députés, Douste-Blazy en tête, soutient Chirac dès le premier tour. Le soir du second tour, un autre contingent centriste, mené par Borloo et Méhaignerie, part créer l'UMP. Aux législatives, Bayrou arrive à préserver un groupe centriste. Chirac n'en a cure. Pendant des années, il va ignorer l'UDF, pourtant la deuxième formation de la majorité. La droite a autant abandonné Bayrou à son sort que celui-ci ne s'est émancipé d'elle... C'est la somme des humiliations que lui a fait subir l'UMP qui a conduit le président de l'UDF à regarder du côté de la gauche. S'étant heurté au mur de la droite, qu'il assimile volontiers au mur de l'argent, il a décidé de le contourner. La gauche aurait tort cependant de voir en lui un vrai compagnon de route. S'il se qualifie pour le second tour face à Sarkozy, il se prêtera à une expérience à l'italienne : «Dominique Strauss-Kahn, Premier ministre, ça m'irait très bien», confie-t-il. Mais Bayrou n'est pas Prodi : il n'envisage de gouverner qu'avec une partie de la gauche, la gauche moderniste. Et, fidèle à son discours sur le rassemblement des bonnes volontés, il associera au gouvernement des hommes issus de la droite modérée, tel Michel Barnier. Avant que l'éclatement de l'UMP qui ne manquerait de se produire dans ce cas, pronostiquet-il, ne lui offre de nouveaux alliés... Plus que mendésiste, le Bayrou 2007 se veut gaullien : il ne rêve pas d'une alliance entre le centre et la gauche, mais d'une coalition type 1958, regroupant tout l'échiquier politique à l'exception des extrêmes. Dans son acceptation d'un scénario à la Prodi, il entre autant de pragmatisme que de conviction. Il y adhère car il juge la gauche en déshérence. «Y a-t-il encore une gauche en France?» lui arrive-t-il de demander. Mais si, dans la campagne, Nicolas Sarkozy devait s'avérer plus friable que Ségolène Royal, nul doute qu'il réorienterait son discours... Malgré sa progression dans les sondages (voir encadré), le plus probable reste qu'il ne se qualifiera pas pour le second tour. Que fera-t-il en cas de duel Sarkozy-Royal ? Bayrou refuse de répondre à la question, officiellement pour ne pas entamer sa crédibilité. Pas seulement. S'il s'est affranchi de l'UMP, sa formation, l'UDF, est à la traîne. Trois parlementaires UDF, dont Christian Blanc, l'ancien directeur de cabinet de Michel Rocard, ont déjà pris fait et cause pour Sarkozy. Pronostic d'un pointeur de l'UMP : en cas de second tour classique, droite contre gauche, «les deux tiers du groupe UDF soutiendront Sarkozy, quoi que dise ou fasse Bayrou». Dans ces conditions, la marge de manoeuvre du président de l'UDF sera réduite. S'il prônait le vote Royal, le risque serait grand pour lui de perdre une grande partie de ses troupes. Il négociera donc selon toute vraisemblance avec Sarkozy. D'autant plus âprement que son score sera élevé. Son objectif prioritaire est connu : imposer une dose significative de proportionnelle dans l'élection des députés, afin que l'UDF soit enfin... un parti libre ! Voilà donc Bayrou à la croisée des chemins. Prêt à tendre la main à la gauche s'il se retrouve au second tour contre Sarkozy, disposé à dealer avec la droite si le rêve passe... C'est le propre des hommes libres que de savoir épouser les vents dominants. Mais pourra-t-il longtemps gérer ce grand écart ? Tant qu'il n'était qu'un « petit » candidat, Bayrou évoluait à l'abri des questionnements. Maintenant qu'il est entré dans la cour des grands, rester dans l'ambiguïté pourrait se révéler passablement plus compliqué... (1) « Un pouvoir nommé désir », Grasset. Hervé Algalarrondo Le Nouvel Observateur
par lenouvelobs publié dans : portraits
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Samedi 6 janvier 2007
Alain Duhamel, les présidents passent lui reste LE MONDE | 06.02.07 | 14h32 A 8 heures par e-mail, recevez la Check-list, votre quotidien du matin. Abonnez-vous au Monde.fr : 6€ par mois + 30 jours offerts égolène Royal a longtemps attendu avant de lui dire ce qu'elle en pensait. Pendant un an, elle n'a pas soufflé mot à Alain Duhamel de son livre, Les Prétendants. L'affront était pourtant double. Dans la première édition, parue en janvier 2006, elle ne figurait pas parmi ses quinze portraits des plausibles candidats à la présidentielle. Dans la deuxième, parue il y a quelques jours, c'est presque pire encore. Le plus célèbre journaliste politique de France a bien rajouté quelques pages sur Ségolène Royal. Mais elle y est étrillée comme jamais, présentée comme reine du populisme et de la démagogie. PARCOURS 1940 Naissance à Caen. 1962 Diplômé de l'Institut d'études politiques (IEP) de Paris. 1963 Entre comme chroniqueur au "Monde". 1970 Première émission politique télévisée "A armes égales". 1978 Crée avec Jean-Pierre Elkabbach : "Cartes sur table". 2007 Réédition de son dernier livre, "Les Prétendants", éditions Pocket. [-] fermer L'explication a finalement eu lieu, il y a quinze jours. Au téléphone. Alain Duhamel voulait convaincre Mme Royal de la nécessité d'un débat télévisé, face à Nicolas Sarkozy. La candidate du PS n'a pas dit non. Elle n'a pas dit oui non plus. Juste : "Je suis une femme fière et vous m'avez traitée de façon humiliante..." Dans son salon, à deux pas du jardin du Luxembourg, Alain Duhamel n'en paraît pas spécialement troublé. "Si on n'a plus le droit d'écrire ce que l'on pense dans un livre !", sourit-il. Tout de même, oublier Ségolène Royal... "Mais je ne l'avais pas oubliée !, se défend-il. Simplement, elle ne rentrait pas dans mes catégories. J'en avais deux : les chefs de parti et ceux qui avaient la stature. A gauche, c'était le cas de Fabius, Strauss-Kahn, Jospin ou Hollande. Pas de Ségolène." La crise politique, justement, suppose peut-être que l'on change de catégories ? L'éditorialiste balaie vite la remarque. S'il a refusé de distinguer la candidate socialiste, malgré les conseils de tous ceux qui avaient relu son manuscrit, c'est pour une raison plus profonde. "J'ai horreur de cette démocratie d'opinion qui crée un climat d'illusion protestataire." Quant à Ségolène : "Son mélange de Tony Blair et de Virginia Woolf pourrait me plaire. Mais le style me heurte. Elle me fait l'effet de faire du ski en se servant des électeurs comme d'un remonte-pente..." Ces Prétendants sans Ségolène valent aujourd'hui à Alain Duhamel un certain nombre de vacheries de la part de ses confrères. C'est la rançon de la gloire journalistique : chaque fois que l'on commet un faux pas, tout le monde rêve de vous débarquer. Et puis, Duhamel a 66 ans, couvre sa huitième élection présidentielle comme journaliste, et ses détracteurs ont eu vite fait de le placer dans la catégorie désormais menacée des éléphants. Cela ne l'inquiète pas outre mesure. En quarante ans de journalisme politique, il en a vu d'autres. Son frère, Patrice, aujourd'hui directeur général de France 2, se souvient encore des cris de joie, le soir de la victoire de la gauche, le 10 mai 1981 : "Mougeotte, aux chi..., Elkabbach, au placard, Duhamel à la poubelle !" Patrice était chef du service politique sur la première chaîne. Alain, éditorialiste sur la deuxième. Ce dernier s'en sortit tout de même. C'est sa force à lui. Il a du talent. De la culture. Il travaille comme un stakhanoviste. Le nouveau président de la deuxième chaîne, Pierre Desgraupes, lui demanda donc de se faire discret pendant un an. Et lui laissa ensuite créer "L'heure de vérité". Duhamel note surtout en souriant que "trois jours après avoir rejoint l'Elysée, François Mitterrand m'avait tout de même appelé pour proposer que l'on se rencontre... comme avant". C'est une de ses coquetteries : pratiquement aucun responsable politique n'a jamais rompu avec lui. Même Jacques Chirac, lorsque Duhamel passait pour être le chantre des balladuriens. "Il m'appelle de temps en temps après un édito. Mais surtout en période électorale", s'amuse l'éditorialiste. Comme ce matin-là il est d'humeur à tout entendre, on lui énonce la liste des reproches qui lui sont faits : "conformiste et connivent avec le monde politique", "bourgeois", "cumulard des médias", "homme de réseaux". Cumulard, il l'admet pourtant. Pensez, une chronique à RTL, des interviews sur France 2, un éditorial au Point, un autre à Libération, puis des chroniques hebdomadaires aux Dernières Nouvelles d'Alsace, à Nice-Matin, au Courrier de l'Ouest. "Mais je ne fais jamais le même papier", assure-t-il. Six heures de lecture par jour, une écriture déliée - il ignore l'ordinateur -, le sens des formules, une érudition évidente. Et un côté "workaholic" qui terrifie ses proches. Pensez, lors de son triple pontage, il y a quelques années, il a encore dicté ses papiers de son lit d'hôpital et exaspéré son frère médecin, Jean-François, en mettant un point d'honneur à reparaître à la télévision huit jours après l'opération. Bourgeois, c'est une évidence. La famille Duhamel l'a toujours été. "Notre père était médecin, centriste, et notre mère a toujours voté à gauche, explique Patrice Duhamel. Nous étions cinq frères et soeurs, plutôt bien classés au tennis. Et Alain, à 11 ans, lisait déjà sérieusement Le Monde, assis sur le coffre en bois, dans l'entrée de la maison familiale, à l'ouest de Paris." Il joue encore chaque semaine au tennis au Racing mais roule en Solex. C'est son côté bobo... Conformiste et connivent ? Alain Duhamel hausse les épaules. Ce qui est certain, c'est qu'il y avait la plus belle brochette d'anciens premiers ministres et de ministres à sa remise de Légion d'honneur, il y a deux ans. Que sa femme, France, musicienne et grand amour de sa vie, a dirigé le 30 janvier un choeur remarqué d'épouses et d'époux de responsables politiques avec Anne-Marie Raffarin en solo soprano. Qu'on a vu des députés radieux d'avoir été invités à dîner dans l'appartement du couple, comme une consécration suprême. Mais que tout cela peut être à double tranchant : une chronique ironique ou cinglante à 7 h 40 peut vous massacrer durablement l'humeur d'un ministre. Et cela enchantera l'impétrant. Enfin, il y a les réseaux, cette difficulté supplémentaire que l'on vous rappelle dès que vous écrivez sur lui. "Tu n'ignores pas qu'il est l'ami de JMC ?" - entendre Jean-Marie Colombani, patron du Monde. Evidemment, il est aussi l'ami d'Alain Minc, président du conseil de surveillance du journal, celui de Jean-Pierre Elkabbach (Europe 1), de Franz-Olivier Giesbert (Le Point), de Laurent Joffrin (Libération), de Christine Ockrent (France 3) et d'à peu près tout ce qui compte dans le landerneau médiatique. Quant à ses détracteurs, aucun ne se risque à sortir de l'anonymat, signe indiscutable de puissance. Ses livres se vendent très convenablement. Il n'a jamais montré la moindre envie de dételer. Un jour qu'on lui demandait ce qu'il souhaiterait que Dieu lui dise, s'il le rencontrait après sa mort, il ne parla ni de sa gloire de journaliste, ni de politique, ni de pouvoir. Mais d'un souhait : "Je voudrais qu'il me rassure : "Ne vous inquiétez pas, votre femme vous rejoint dans quelques minutes"." Raphaëlle Bacqué Article paru dans l'édition du 07.02.0
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Vendredi 6 octobre 2006
06-11-2006 Hulot, le label "vert" de la présidentielle Le présentateur d'"Ushuaïa nature" rend publiques mardi 7 novembre ses propositions politiques sur l'environnement L’intrusion du présentateur vedette du magazine « Ushuaïa nature » sur la scène politique ne passe en effet pas inaperçue. Rien à voir avec la situation pré-présidentielle de 2002. Déjà, à l’époque, Nicolas Hulot avait voulu secouer la classe politique. Mais si son livre manifeste pour l’environnement Combien de catastrophes avant d’agir ? (2) paru en janvier 2002 avait reçu un succès d’estime en librairie, il n’en avait pas moins fait un vrai flop politique. Depuis, l’écologie a fait une percée dans les esprits, l’idée du réchauffement climatique s’étant notamment imposée. Alors, Nicolas Hulot – réputé proche de Jacques Chirac – est l’homme que l’on s’arrache. Laurent Fabius a surenchéri sur François Bayrou qui l’avait accueilli début septembre à l’Université d’été de l’UDF. Non seulement il retient la proposition de Nicolas Hulot de nommer un numéro deux du gouvernement qui soit chargé du développement durable mais, s’il devient président de la République, il lui proposera le poste, a-t-il annoncé, hier, sur France 2. Ségolène Royal se dit « en phase » avec Nicolas Hulot. Dominique Voynet l’appelle à travailler avec elle « pour que l’écologie pèse dans la campagne ». Mais si 43 % des Français souhaitent qu’il soit candidat, selon le sondage Ifop paru dans le Journal du dimanche de cette semaine, les partis, eux, ne sont guère enthousiastes. Ils redoutent que son engagement et son capital sympathie dans l’opinion ne lui déroulent un tapis rouge au premier tour. "On milite pour une récupération des idées par les autres" C’est justement la stratégie de Hulot et de sa garde scientifique regroupée dans son « comité de veille écologique ». « On milite pour une récupération des idées par les autres, afin que les candidats à droite comme à gauche s’approprient les propositions défendues par Nicolas Hulot », explique le philosophe Dominique Bourg, directeur de l’Institut de politiques territoriales et d’environnement humain de l’université de Lausanne et membre du comité. Telle est la force de Nicolas Hulot de n’être pas trop marqué politiquement, en dépit des liens d’amitié qu’il a noués avec l’actuel occupant de l’Élysée. Par deux fois, en 2002 et 2004, il n’a pas voulu se griller les ailes et a refusé le portefeuille de ministre de l’écologie qui lui était proposé. Il est vrai que le maroquin est réputé peau de banane. « Son double refus a beaucoup fait pour sa crédibilité », estime Dominique Bourg. À 51 ans, avec son air toujours juvénile, Nicolas Hulot incarne la fraîcheur de la relève. C’est au fil de ses pérégrinations planétaires qu’il a rencontré l’écologie. D’abord comme journaliste et photographe-reporter, puis comme baroudeur-producteur-présentateur pour son Ushuaïa première version, alors « magazine de l’extrême » avant de devenir « Ushuaïa nature » en 1998. À force d’explorer les confins de la planète, de dénicher les derniers prés carrés de nature qui rétrécissent sous le poids de l’impact de l’homme, Hulot l’aventurier est devenu Hulot l’écolo. Théodore Monod des temps modernes Une trajectoire un peu inattendue pour ce fils de la vieille bourgeoisie française. Il estime avoir hérité de son père, « vilain petit canard » souffrant d’alcoolisme, son caractère rebelle et aventurier, ainsi qu’il le confiait dans Graines de possibles, conversation avec Pierre Rabhi, l’un des maîtres à penser de l’écologie (3). Lui qui avait cédé à «toutes les illusions matérialistes», et avait même, abomination suprême pour un écologiste, participé à 20 ans au deuxième Paris-Dakar, a entrepris de se rééduquer. Non pas pour devenir révolutionnaire mais «radical de raison». En 1990, il crée sa fondation «Nicolas Hulot pour la nature et l’homme». Et depuis, en Théodore Monod des temps modernes, il arpente la planète, milite pour son sauvetage et entraîne du monde dans son sillage. Plus de 620 000 personnes se sont récemment engagées dans son «Défi pour la Terre», opération lancée avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie qui consiste à réduire l’impact de l’homme sur l’environnement par des gestes quotidiens. Et ne lui dites pas que l’écologie est un caprice de riches, il se départit de son flegme et entre dans une colère noire. C’est «un devoir de riches», riposte-t-il. "Aveuglement plus marqué qu’ailleurs" du gouvernement français Nicolas Hulot touche de près la gravité de la crise écologique et, de surcroît, mesure l’épée de Damoclès du réchauffement climatique. Il ne cache pas son désappointement face à « l’aveuglement plus marqué qu’ailleurs » du gouvernement français mais aussi de tous les autres acteurs de la scène internationale. Après avoir accompagné Jacques Chirac au sommet de la Terre de Johannesbourg en 2002, qui s’est tenu dix ans après le sommet de Rio, il a déploré, dans Le Syndrome du Titanic (4), que ce « Rio + 10 » fût en fait un « Rio moins dix », tant la situation environnementale s’est, à ses yeux, universellement dégradée. Pour autant, Nicolas Hulot n’est pas un chantre du catastrophisme. Il se dit persuadé qu’il existe de colossales marges de manœuvre politique et économique inexploitées. L’environnement doit conditionner le développement économique et social et non l’inverse, estime-t-il. Il entend fournir aujourd’hui les clés de cette politique nouvelle. Marie VERDIER (1) en vente demain, Calmann-Levy, 18 € (2) Poche, essai, 6 €. (3) Calmann-Lévy, 2005. (4) Calmann-Lévy, 2004. Nicolas Hulot s’apprête-t-il à courir le marathon de la présidentielle ? Certes, le très médiatique candidat potentiel, qui rend publiques mardi 7 novembre ses propositions en faveur de l’environnement dans son livre Pour un pacte écologique (1), restera certainement un candidat virtuel. Il n’empêche. Sa stratégie du « retenez-moi sinon j’y vais » se révèle payante
par Marie Verdier La Croix publié dans : portraits
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Samedi 20 août 2005

Frère Roger et François Mitterrand, par Marie de Hennezel

LE MONDE | 19.08.05 | 14h43  

François Mitterrand aimait Frère Roger. Il n'est plus là pour le dire, mais, pendant les douze années de notre amitié, nous avons si souvent parlé de Taizé et de son prieur que j'ai envie, aujourd'hui, de me faire l'écho de ce que je sais de la rencontre entre ces deux hommes.
C'était en janvier 1985. Je revenais d'une nuit de Noël passée dans la communauté de Taizé. Invitée à déjeuner par le président, qui m'interrogeait sur l'impression que m'avait faite ce lieu, j'ai découvert que, lui aussi, était profondément bouleversé chaque fois qu'il entrait dans l'église de Taizé. Il y allait tous les ans, généralement au moment de la Pentecôte. Après son pèlerinage à la roche de Solutré. Seul ou avec quelques amis. C'étaient évidemment des visites discrètes, presque anonymes. Il s'asseyait modestement sur un petit banc de prière dans le fond de l'église, et il était, m'a-t-il dit, "saisi par la profondeur du silence et par une présence palpable". Nous avons évoqué ces centaines de jeunes assis à même le sol, comme à l'écoute intime d'un Dieu intérieur. Et puis ces chants très simples, une phrase répétée avec ferveur, comme ces mantras de l'Inde récités avec le cœur, dans une concentration extrême. Enfin, la voix basse et profonde de Frère Roger, quelques phrases à méditer. Pas de grands discours. Des paroles de confiance et d'amour. Tant de ferveur ! Et puis de nouveau ce silence, impressionnant lorsqu'il monte au milieu de deux mille personnes. "Quand on me parle de se mettre en présence de Dieu, je pense toujours à Taizé", avait ajouté le président. Frère Roger le recevait ensuite dans son bureau. Ils avaient créé un vrai lien. Quand je lui ai demandé comment il percevait l'homme, il m'a répondu : "Je l'aime, il me fait du bien."
Le prieur de Taizé rayonnait. Dans sa façon particulière de vous prendre la main, dans son regard bleu si présent, il faisait passer l'essentiel de sa foi. Jamais de discours. Jamais de théologie. Une présence, un rayonnement. C'est cette présence que lui, François Mitterrand, venait chercher auprès de Frère Roger. "Ne parlons pas trop de Dieu, nous l'abîmons !" lui disait ce dernier, répétant la parole du prêtre suisse Maurice Zundel. Dieu se vit, Dieu se respire, Dieu s'écoute dans le silence. Ces paroles-là, l'homme agnostique, allergique aux théologies sèches et coupées du vivant, pouvait les entendre.
Après la mort de François Mitterrand, je suis revenue à Taizé, avec mon mari et mes enfants. C'était en 1997, le jour de la Pentecôte. Frère Roger, qui avait lu La Mort intime (ouvrage de l'auteur paru chez Robert Laffont) et sa préface (signée par François Mitterrand), nous a invités à déjeuner au sein de la communauté. Il était déjà très affaibli et, d'une voix à peine audible, il m'a raconté l'anecdote suivante.
Juste après son élection à la présidence de la République, en 1981, François Mitterrand, fidèle au rituel de sa visite annuelle à Taizé, est arrivé dans l'église avec deux gardes du corps. Mais il s'était trompé d'heure. La messe était finie. Deux bénévoles balayaient le sol. Lorsqu'ils ont vu le président arriver, ils ont cru avoir une hallucination. Ils ont laissé tomber leur balai, et se sont enfuis en courant.

Marie de Hennezel, médecin spécialiste des soins palliatifs, a assisté François Mitterrand durant ses derniers mois.

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Samedi 20 août 2005
François Léotard, rescapé du pouvoir, par Raphaëlle Bacqué LE MONDE | 19.09.05 | 13h35  •  Mis à jour le 19.09.05 | 13h35 En cas d'actualité chaude, recevez nos alertes par e-mail. Abonnez-vous au Monde.fr : 6€ par mois + 30 jours offerts Ce jour-là de l'hiver 2001, il est parti à l'Elysée voir son vieil adversaire. Il se souvient de la scène dans les moindres détails. Il se voit dire à Jacques Chirac ces mots qui sidérèrent le président : "Je veux arrêter la politique. J'en ai fait le tour." Il se souvient de l'incrédulité du chef de l'Etat : "Tu veux rire !" Bibliographie 1942 Naissance à Cannes. 1978 Elu pour la première fois député UDF-PR, dans la deuxième circonscription du Var. 1993-1995 Ministre de la défense. 2001 Quitte la vie politique. 2005 Publie un roman, La Vie mélancolique des méduses (Grasset). [-] fermer Peut-être est-il encore un peu humilié de ce qui suivit. Chirac sortit de son bureau. Revint cinq minutes plus tard avec une de ces propositions qui vous nourrissent autant qu'elles vous musellent. "L'inspection générale des finances, ça t'intéresse ?" François Léotard ne refusa pas d'être intégré, au tour extérieur, dans le plus prestigieux des corps de la haute administration. Il allait bientôt avoir 60 ans. Le salaire tournait autour des 9 000 euros par mois. Il bénéficierait de la retraite des inspecteurs. "Après tout , dit-il aujourd'hui avec un reste d'arrogance, j'y avais droit. J'ai fait l'ENA." A peine était-il sorti du bureau présidentiel qu'il comprit cependant que la machine RPR s'était mise en place pour reprendre sa circonscription du Var. La politique se passerait de lui sans difficulté après l'avoir distingué, quelque dix ans plus tôt, dans le petit cercle étroit des présidentiables. Aujourd'hui, il parle sans fard de ce monde qui l'a si vite oublié. Il ne revoit pratiquement personne de cette époque. Parfois, un coup de fil à François Bayrou, président de l'UDF, pour s'agacer avec lui des méthodes musclées de l'UMP et de l'indigence du débat public. Il jette à peine un œil sur les pages politiques dans les journaux. Il y a quelques mois, il a écrit au ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres, celui-là même qui avait été son ancien collaborateur du temps où les médias parlaient de "la bande à Léo". La direction de la Villa Médicis, à Rome, était libre. Lui qui s'est toujours piqué d'aimer la littérature et les arts pensait pouvoir prétendre animer ce petit bout de France en Italie qui accueille chaque année des écrivains et des artistes venus y travailler. "Ils ne m'ont même pas répondu" , lâche-t-il. Avant d'ajouter : "Evidemment, je ne leur sers plus à rien." François Léotard s'est mis à publier des romans. Dans le dernier, La Vie mélancolique des méduses (Grasset), le héros est un tueur à la solde de l'Etat français. Mais il refuse d'écrire sur ses anciens congénères. Il entretient encore trop, sans doute, un rapport amour/haine avec la politique. Ce qu'il a aimé de cette vie-là ? "La violence" , dit-il sans hésiter. Ce qu'il méprise aujourd'hui ? Que les autres n'aient pas pris comme lui cette violence au sérieux. "Tous ces compromis, ces bagarres pour rien." A l'écouter, on comprend d'ailleurs combien il a été un pied tendre face aux grands fauves du pouvoir. "Je me souviens d'avoir dit un jour à Giscar d : 'Je ne sais pas vraiment si je souhaite devenir président. C'est une fonction tellement écrasante...' Il m'a regardé d'un air éberlué." Il pourrait en rire. Mais même avec le recul, il a tendance à trouver ce cynisme tragique. Cela l'a en tout cas maintes fois désarçonné. L'aplomb de Chirac, surtout. Il se revoit alors, en 1987, ministre de la culture dans son gouvernement. Jeune et un brin arrogant. "Les relations entre l'UDF et le RPR étaient exécrables et j'avais critiqué  'les moines soldats du RPR'. Chirac me convoque aussitôt à Matignon." Il imite légèrement Chirac : "Ecoute, ne t'inquiète pas mais on va faire un communiqué réclamant que tu te taises ou que tu quittes le gouvernement." Je réponds : "Si tu fais ça, c'est une crise gouvernementale et nous sommes neuf ministres à démissionner." Le communiqué sort tout de même. Léotard réplique publiquement : "Non seulement je continuerai à parler, mais je resterai au gouvernement." "Eh bien, Chirac m'a téléphoné aussitôt en me félicitant : 'Bravo, tu as raison'" . Il soupire : "Quel jeu de con..." Il a pourtant été dans cette autre vie, "Léo", "le Kennedy français", "l'espoir de la droite". Puis, la génération d'avant s'est rebellée. Les vieux Giscard et Chirac "ont fait la peau" de ceux qui croyaient leur succéder. Et il y a eu les affaires de financements occultes de parti, dans lesquelles la plupart de ses amis et lui-même ont été engloutis. Le marathonien Léotard a fini par faire un infarctus et a subi un triple pontage. "Quand je vois que Chirac, qui, avec dix ans de plus que moi, a seulement eu un pépin de santé maintenant... Cette vie-là est tellement stressante. Je vois bien, maintenant, que je n'aurais pas pu..." Rescapé du pouvoir, il l'est donc bien au sens littéral du terme. "Rescapé des officines Pasqua et Marchiani, surtout" , lâche-t-il aussi, lui qui soupçonne l'ancien ministre de l'intérieur et l'ancien préfet du Var d'avoir téléguidé un livre dans lequel deux journalistes l'accusaient d'avoir commandité l'assassinat de la députée Yann Piat. Evidemment, il ne peut s'empêcher de faire la comparaison avec la vie de son frère, Philippe Léotard, le comédien. Pendant toutes ces années où il a été élu, il a entendu mille fois : "Vous, on ne vous aime pas trop, mais lui..." Puis, il l'a vu sombrer dans l'alcool et la drogue. "C'était vraiment difficile de l'aider , raconte-t-il aujourd'hui. Mais c'est tout de même lui qui avait raison. Le pouvoir ne vaut pas la liberté." Et c'est quelques mois après la mort de Philippe que François a quitté la scène politique. Il est donc libre. Plus de costume-cravate. Il a fait les boutiques. Il arbore une chemise souple, à carreaux. S'est acheté un petit pied-à-terre au cœur de Paris, mais il vit la plupart du temps à Fréjus. Sa ville. Celle dont il fut l'élu mais dont il fuit aujourd'hui toutes les manifestations officielles. Il écrit ses romans à la main. Est-il heureux ? "Oui" , dit-il pour ajouter aussitôt "dans la mesure où j'ai 63 ans et que je vieillis" . Il y a quelques jours, il a scié la balançoire sur laquelle son fils avait tant joué dans son enfance. "Je lui avais demandé la permission de le faire. Et pourtant, pendant que je sciais, je pe nsais : 'Je suis un salaud. Il a 12 ans, il est en train de chasser le mâle dominant que j'étais seul à incarner jusqu'ici et cela m'emmerde'." Il regarde désormais le pouvoir de loin. Avec la crainte sourde, toutefois, "que l'on m'appelle un matin pour me proposer un dernier hochet. Et que toute cette histoire se termine très banalement par une légion d'honneur" . Raphaëlle Bacqué Article paru dans l'édition du 20.09.05
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Mercredi 8 juin 2005
Indre-et-Loire “ Il prend toujours du recul et a horreur de la contrainte ” ( 08/06/2005 )   Comment fonctionne Jean Germain ? Fait-il confiance à ses collaborateurs, aux élus de sa majorité ? Témoignages.   Malgré une apparente réserve naturelle, il ne dédaigne pas aller dans les quartiers. Ici au Sanitas, lors de l'arrivée du préfet, Gérard Moisselin. (Photo archives NR) Dans la vallée des Rois, le nouveau seigneur a-t-il vraiment pris le contre-pied de Jean Royer ? « C'est vrai qu'il laisse une grande autonomie aux adjoints. Il y a de l'écoute, mais est-on vraiment entendu ? », persifle Nicolas Gautreau, conseiller général PS. Son souci de collégialité est sans doute né de la présidence de l'université ; la rigueur remonte au cabinet Laignel, ministre de la Formation professionnelle en 1988 : « Sa pudeur est souvent interprétée comme de la distance, mais il est très à l'écoute des autres, déteste l'artifice et la mise en scène », confie Jean Breillat, son directeur de la communication. « Il prend la peine d'appeler un employé s'il sait qu'un enfant est hospitalisé. » « Il est très attentif aux personnes », confirme Alain Dayan, adjoint au tourisme, qui a été son vice-président étudiant à l'université. Cette forme d'humanisme ne suffit pas à faire un bon maire : « Quand on est arrivé en 1995, j'ai constaté qu'il avait déjà de l'expérience », se souvient Jean-Patrick Gille, son premier adjoint. « Il n'y a pas eu de chasse aux sorcières. Il a conservé le directeur de cabinet, le directeur général. Ce n'est pas du tout un management caractériel. » Un mélange d'audace et de prudence très “ centriste de gauche ” Dans cette ville si conservatrice, refuge des déroutes gouvernementales de 1870 et 1940, Jean Germain manie à la fois audace et prudence : « Pour la rue Nationale, l'équipe était frileuse », rappelle le premier adjoint. « Il a été inflexible », précise Alain Dayan. La mécanique du pouvoir passe aussi par une mémoire d'éléphant : « Il n'est jamais pris en défaut sur un dossier. » À cumuler les mandats, Jean Germain n'en fait-il pas trop ? Maire, président de l'agglo, vice-président de la Région, l'hôpital, l'Opac, le Sitcat, la Set (Société d'équipement de Touraine)… Une nécessité pour compenser l'isolationnisme royeriste, assurent ses amis. L'ambition du 3e mandat ? « Un gros dossier met 10 ans pour aboutir », rappelle Alain Dayan. Jean Germain est connu pour cultiver l'art du compromis, très « centriste de gauche » : « Il prend toujours du recul, a horreur de la contrainte mais on ne sait jamais quand la décision est totalement prise. C'est son alchimie, avec un travail sur la maîtrise du temps », estime Jean-Patrick Gille. « Il n'est pas sûr de lui », lâche Nicolas Gautreau. « À la présidence de l'agglo, il a la rondeur du bourgueil et la malice de Jean Carmet, le sens de la mesure et de l'équilibre », tempère Jean-Gérard Paumier, maire de Saint-Avertin. « Il a fallu neuf jours de conflit en 2001 sur l'ARTT pour qu'il nous fasse des propositions », rectifie amèrement Jean-Jacques Prod'homme, leader CGT des communaux. Jean Germain aurait-il du mal à prendre une décision ? Thierry NOËL
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Dimanche 3 avril 2005
ARTICLE LA NOUVELLE REPUBLIQUE DU CENTRE OUEST Maine-et-loire ActualitéChristophe Béchu : “ Ça fait un an… ”( 02/04/2005 )  Le 1er avril 2004, Christophe Béchu, tout juste âgé de 29 ans était élu président du conseil général de Maine-et-Loire. En faisant le point, il assure : “ En un an, j'ai beaucoup appris ”.  Christophe Béchu, un an aprés son élection : « Je ne me suis pas trompé de chemin ». Il y a un an, c'était presque la surprise du chef. Le conseil général de Maine-et-Loire, département tranquille et conventionnel s'il en est, se dotait d'un président tout juste âgé de 29 ans, élu au sein de l'assemblée départementale depuis trois ans seulement et dont la plus importante responsabilité jusque-là avait été de présider le Service départemental d'incendie et de secours. Un adhérent de l'UMP, certes, mais surtout un « bleu » en politique qui creusait ainsi son trou en ce jour de bonne blague, aux côtés des Bachelot, de Charrette et autres Alphandéry, batailleurs politiques de toujours. « Et voilà, ça fait un an… » C'est de cette façon que Christophe Béchu a entamé la conférence de presse destinée à marquer cet anniversaire destiné à jeter un petit regard en arrière. « Et j'ai le sentiment que beaucoup de choses ont été faites. La décision prise sur le parc du végétal qui ouvrira dans 48 mois, notre candidature pour le pôle du végétal spécialisé, la mise en place du nouveau dispositif d'aide aux entreprises, le démarrage du réseau Meliss@, et les deux grands schémas en matière d'action sociale que nous venons d'adopter et qui traduisent de grandes ambitions dans le domaine de la solidarité, le schéma pour les personnes handicapées et le schéma pour la protection de l'enfance. »Un fonctionnement plus collégialAutant de décisions qui s'inscrivent, pour le jeune élu dans la cohérence des trois grandes ambitions de début de son mandat : une identité renforcée pour l'Anjou, une attractivité du département plus importante, une mobilisation pour plus de solidarité.Pour mettre en œuvre cette politique, Christophe Béchu a d'abord choisi de partir à la rencontre de tous les territoires du département : 41 visites cantonales qui se sont achevées la semaine dernière. « Mais, à côté de cela, j'ai aussi eu la volonté de m'appuyer sur une équipe de vice-présidents dans un fonctionnement plus collégial que ce qui existait et aussi de réorganiser les services du département autour de trois grands pôles : la solidarité, la proximité et le développement. »S'il évoque d'abord son travail à la tête de la collectivité départementale, Christophe Béchu ne cache pas que l'expérience a également été enrichissante : « J'ai beaucoup appris, assure-t-il. D'abord en ce qui concerne ce département. Mais également sur le fonctionnement du conseil général dont j'étais loin de percevoir toutes les facettes et toutes les subtilités. J'ai surtout compris que la grande vérité de la politique, c'est qu'il n'est de richesse que d'hommes. Là, avec cette fonction, il m'a été donné de rencontrer une quantité de gens très différents : des artistes, des sportifs, des créateurs d'entreprises ou aussi des gens qui connaissent des difficultés sociales très importantes. Et cette qualité des relations humaines que j'ai pu avoir, c'est ce qui domine avant tout le reste. »“ Le sentiment que je ne me suis pas tromp頔Pour le reste, le jeune élu considère que sa vie n'a pas beaucoup changé fondamentalement : « Certes, les autres me voient différemment, mais moi, j'habite au même endroit, je conserve les mêmes amis, les mêmes habitudes. En revanche, quand je fais quelque chose, il y a davantage de gens qui savent que je le fais. Et la médiatisation entraîne forcément une modification du regard qu'ont les gens. »En se penchant sur cette année passée, l'accueil qu'il a reçu, dans tous les milieux où il est entré lui laisse également un souvenir ému : « La qualité, la chaleur de cet accueil, de la part de tous, témoigne à mon avis de deux choses : d'une part d'une attente très forte d'un changement de génération en politique et d'autre part du fait que le respect se gagne avec le travail que vous faites. »Et le travail, Christophe Béchu n'en a pas manqué cette année. « C'est vrai, mais c'était aussi une année de découverte. Par contre, cette année m'a conforté dans le sentiment qu'il y a beaucoup de noblesse dans le service des autres dans des responsabilités politiques. Un sentiment qui me fait dire aujourd'hui que je ne crois pas m'être trompé de chemin. »Propos recueillis par Laurent PINOT
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Lundi 14 mars 2005
Article LE MONDE Raymond Aron l'émotion continue LE MONDE | 12.03.05 | 15h51 OAS_AD('Frame1');Les archives du "Monde" : plus de 800 000 articles à consulter. Abonnez-vous au Monde.fr Le 14 mars, Raymond Aron aurait eu cent ans. Portrait sensible d'un de nos grands contemporains. Raymond Aron est sorti du Palais de justice de Paris. Il est monté dans la voiture qui l'attendait et s'est éteint sans faire de bruit. Ce 17 octobre 1983, l'année de ses 78 ans, il venait de témoigner longuement en faveur de Bertrand de Jouvenel, penseur politique brièvement rallié au parti fasciste de Jacques Doriot avant de s'engager dans la Résistance, et qu'un livre de l'historien Zeev Sternhell avait qualifié de "pro-nazi". OAS_AD('Middle'); A la barre, de sa voix calme, Aron est venu dénoncer "l'amalgame", au nom de la vérité historique.Ce fut le dernier cours de Raymond Aron. Il lâcha ensuite en aparté, selon son biographe Nicolas Baverez : "Je crois que je suis arrivé à dire l'essentiel." Il pouvait désormais s'en aller tranquillement, la boucle était bouclée : le philosophe venu à la politique dans l'Allemagne des années 1930, par terreur et clairvoyance devant la montée du nazisme, terminait sa vie par un exposé en défense d'un résistant qu'une époque trouble avait laissé un temps s'égarer. Défense-démonstration dépouillée de tout sentiment, analytique, purement scientifique : si "aronienne".Il fut enterré au cimetière Montparnasse. Il y avait autour de lui une petite centaine de personnes : sa famille, ses amis, ses disciples, et, en fin de cortège, les anciens gauchistes André Glucksmann et Bernard Kouchner. Un enterrement "très doux, très discret", selon l'historien Alain Besançon. Rien à voir avec celui du "petit camarade" et meilleur ennemi d'Aron, trois ans auparavant : avec ferveur et enthousiasme, une cohue de plusieurs milliers de personnes avait suivi le cercueil de Jean-Paul Sartre dans les avenues du 14e arrondissement. Au point de s'achever par la chute d'un photographe dans le caveau ouvert de "Poulou", sous le regard médusé de Simone de Beauvoir.Sartre pratiquait la boxe. Aron jouait au tennis à haut niveau, classé en seconde série. L'art du corps-à-corps violent contre celui de la stratégie des lignes. Les images finales de ces deux sportifs, dans le même cimetière Montparnasse, racontent assez bien les attitudes divergentes, quasiment contraires, que purent inspirer ces figures majeures du siècle des idéologies. Aux sartriens, la générosité lyrique. Aux aroniens, la passion maîtrisée.Pourtant, Aron bouillonnait. Ses proches décrivent un homme attentif et tourmenté, à fleur de peau, tendu par l'effort de toujours se contrôler : loin du pur esprit-de-sérieux-froid-et-sans-enthousiasme que la légende du siècle a fait de lui.Un homme qui souffrait des coups que ne cessait de lui porter la gauche, sa famille d'origine. Qui ne se consolait pas de sa rupture avec Jean-Paul Sartre, n'ayant jamais cessé de l'aimer ni de l'admirer, ni de celle avec Pierre Bourdieu, son ancien assistant dont il lança la carrière. Qui ne s'était jamais remis de tragédies intimes - la naissance d'une enfant trisomique, immédiatement suivie par la mort de sa fille de 6 ans. "Il est resté seul avec son désespoir", confie son aînée, Dominique Schnapper, sociologue et membre du Conseil constitutionnel, qui a hérité de son père ce même mélange de douceur retenue, de détachement attentif.La photo de la promotion 1924 de l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm montre Raymond Aron aux côtés de Jean-Paul Sartre, de Paul Nizan, du philosophe Georges Canguilhem et du psychanalyste Daniel Lagache... rien que ça. Un entourage exceptionnel dont Aron gardera la nostalgie des discussions incessantes. La plupart de ses condisciples sont inscrits, comme lui, au Parti socialiste. Et, comme lui, pacifistes forcenés. Né à Paris le 14 mars 1905, Aron est reçu premier à l'agrégation de philosophie en 1928, l'année où Sartre se fait recaler.Ses maîtres sont Léon Brunschvicg et Alain, avant qu'il ne découvre Max Weber. La philosophie le passionne, mais quelque chose ne le satisfait pas. En sortant de Normale, avoue-t-il dans ses entretiens avec Jean-Louis Missika et Dominique Wolton (Le Spectateur engagé, Julliard, 1981), "je savais très peu de chose du monde, de la réalité sociale, de la science moderne. Alors quoi ? Faire de la philosophie sur quoi ? Sur rien ? (...) Alors j'ai fui, d'une certaine manière. J'ai quitté la France, ce milieu, et j'ai trouvé autre chose".Ce qu'il trouve, c'est l'Allemagne du début des années 1930. Il s'y rend pour y étudier la philosophie et assiste au bout de quelques mois à la première victoire des nationaux-socialistes, en septembre 1930. Ce qu'il trouve, c'est la conviction immédiate que le nazisme n'est pas uniquement une folie passagère et peut mener à l'embrasement de l'Europe. L'intuition n'est pas évidente, à en croire la totale indifférence que porte à ce régime de terreur et d'exclusion son petit camarade Sartre, effectuant à son tour un long séjour en Allemagne à la fin des années 1930, une fois le nazisme bien installé.Ce que Raymond Aron découvre encore dans cette Allemagne du totalitarisme naissant, c'est sa propre judéité. Né dans une famille de la bourgeoisie juive française totalement "assimilée" et déjudaïsée, il prend soudain conscience de ses origines. Et décide, dès lors, de se présenter toujours comme juif. Plus tard, en 1967, un choc d'une autre nature lui fera découvrir un attachement à Israël qu'il ne soupçonnait pas : la guerre de six jours. Il y a la fameuse formule de De Gaulle sur "ce peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur". Et, avant la formule, la menace qui pèse soudain sur l'Etat juif. Alors, écrira Aron dans De Gaulle, Israël et les juifs (Plon, 1968) "monte en nous un sentiment irrésistible de solidarité. Peu importe d'où il vient. Si les grandes puissances (...) laissent détruire le petit Etat d'Israël qui n'est pas le mien, ce crime modeste à l'échelle du monde m'enlèverait la force de vivre".A son retour d'Allemagne, en 1933, Aron est traumatisé par un épisode apparemment anodin. Un ami à qui il avait dit son angoisse face à "la fureur nationale qui s'emparait du peuple entier" l'invite à en avertir un sous-secrétaire français aux affaires étrangères. Celui-ci l'écoute et lui demande : "Mais vous qui m'avez si bien parlé de l'Allemagne et des périls qui se lèvent à l'horizon, que feriez-vous si vous étiez à ma place ?" Aron reste coi. Il en tirera à jamais la leçon. "Face à Hitler, la philosophie ne fait pas le poids." Et la pensée politique ne peut se contenter de poser des questions.Parallèlement apparaissent les premiers signes du divorce avec sa "famille" de gauche. En 1936, Aron est toujours "socialiste vaguement" et "de cœur" avec le Front populaire à qui il donne son suffrage, tout en en dénonçant l'absurdité du programme économique. Des "sentiments contradictoires" qui, dit-il, "ont toujours défini ma personne et mon attitude face aux événements". La froideur légendaire d'Aron, explique sa fille Dominique, qui naît justement dans la tourmente des années 1930, traduit un effort permanent contre lui-même.C'est aussi bien contre lui-même s'il finit par rompre avec Jean-Paul Sartre. Les deux camarades se retrouvent après la guerre. Aron a déjà publié son premier grand livre, Introduction à la philosophie de l'histoire (1938), et revient de Londres. Il y a rejoint de Gaulle - sans être jamais gaulliste - et fait ses premières armes de journaliste. A Paris, il devient éditorialiste à Combat et contribue à fonder la revue Les Temps modernes avec Sartre, Beauvoir, Merleau-Ponty, Malraux. Puis s'en va.Il fait une brève expérience ministérielle au cabinet de Malraux et adhère au Rassemblement du peuple français (RPF), qui milite contre le communisme et la Constitution de la IVe République. Le 29 juin 1947 commence au Figaro sa carrière de commentateur engagé des événements politiques. Il y restera trente ans, avant de rejoindre L'Express.La guerre froide qui divise le monde intellectuel est pour Sartre et Aron le lieu du clivage. Aron perçoit la réalité de l'Union soviétique avec cette même lucidité immédiate qui lui avait fait anticiper les conséquences du nazisme. Dans l'affrontement entre les deux "blocs", il soutient l'Alliance atlantique. "Tous les anticommunistes sont des chiens", écrit Sartre pour qui le jugement d'Aron sur le pays de Staline est moralement insupportable.Pour Aron, c'est le début d'une solitude. Rejeté par la gauche, il est incompris par une partie de la droite conservatrice, choquée par son engagement de la première heure en faveur de l'indépendance algérienne. En porte-à-faux avec Le Figaro, il publie dans Le Monde les bonnes feuilles d'un essai proprement révolutionnaire, La Tragédie algérienne (1958).Entre L'Opium des intellectuels (1955), où il analyse les mythes des intellectuels de gauche, et La Tragédie algérienne, Raymond Aron donne en peu de temps de quoi déplaire à tout le monde. Ni réactionnaire ni révolutionnaire : réformiste. Le siècle des idéologies est son objet d'étude. Il analyse le totalitarisme, confronte le marxisme et les crimes des révolutions, pense la guerre, la stratégie, la nécessité des rapports de force. Une attitude peu appréciée dans un environnement intellectuel et universitaire dominé par le marxisme, l'autorité d'Althusser et l'icône de Sartre.Il fait néanmoins autorité à Sciences-Po, à la Sorbonne et à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), avant d'être intronisé au Collège de France en 1970. Une petite bande de fidèles fréquente alors son séminaire de la rue de Tournon. Il y a là Jean-Claude Casanova, cofondateur avec Aron de la revue Commentaire, Pierre Hassner, François Furet, Dominique Schnapper, Alain Besançon ou Pierre Manent, et de brillants émigrés de l'est de l'Europe tels François Fejtö, Pierre Kende ou Alexandre Smolar. Tous "aroniens": porteurs non pas d'une doctrine - leur maître n'en a pas -, mais d'une certaine idée de la justice politique : "Plutôt que la passion, la vérité et l'exactitude."Mai 68 est le point culminant de son affrontement avec la gauche. Aron enrage contre la mise à mort de l'université et la déliquescence de l'Etat, exècre la révolte étudiante dont il est l'une des bêtes noires. L'un de ses anciens étudiants qui fut acteur du mouvement de mai, le philosophe André Glucksmann, lui évite quelques déboires en allant parlementer avec des révolutionnaires armés de jerricans d'essence, décidés à "mettre le feu au séminaire d'Aron", rue de Tournon."Aron n'a pas compris Mai 68", reconnaît à contrecœur l'un de ses plus fidèles disciples, Jean-Claude Casanova. C'est sa limite. "Il est à l'aise pour analyser les questions politiques, économiques, diplomatiques ou stratégiques. Moins quand il s'agit d'un malaise social, à interpréter en termes de génération et de culture. Il était trop préoccupé des conséquences." "Aron ne comprend pas cette force émancipatrice et volontariste, nécessaire en politique, analyse autrement Daniel Cohn-Bendit. Mais sur 68, il a touché des choses justes. Sur les tendances totalitaires à l'intérieur du mouvement. La défense de la démocratie institutionnelle, qui a émergé ensuite, est liée à la pensée d'Aron."Lentement, l'antitotalitarisme conquiert la gauche. En 1974, la publication de L'Archipel du Goulag, d'Alexandre Soljenitsyne, tend à normaliser les analyses de Raymond Aron sur les idéologies du siècle. "Je l'avais dit, mais sans doute fallait-il le dire autrement,concède-t-il à sa fille Dominique Schnapper. Il fallait que la jeune génération le formule elle-même, avec ses mots." Il fallait ce temps-là pour rendre possibles les retrouvailles avec son petit camarade Poulou. Des intellectuels de gauche se mobilisent en faveur des boat people vietnamiens échappés de l'univers concentrationnaire. Le 26 juin 1979, ils vont chercher Sartre et Aron, les inconciliables, pour les emmener plaider la cause à l'Elysée. Aucun des deux ne se fait prier. "Aron était un peu plus ému que Sartre, se souvient André Glucksmann. Il était plus recueilli. Sartre, déjà aveugle, attachait moins d'importance à la rencontre."Ils réclament 3 000 visas au président Giscard d'Estaing. "Après avoir versé une larme", raconte Glucksmann, celui-ci daigne leur en concéder 1 000. Après quoi Sartre et Aron s'en vont côte à côte, comme ils étaient venus. Tels qu'en eux-mêmes. Retrouvant ce sentiment de l'urgence d'agir face à l'ébranlement du monde qui les avait unis au début des Temps modernes. Sartre s'est indigné. Et Aron a analysé l'affaire, le temps d'une phrase : "Ils ont oublié que l'Histoire est tragique."Raymond Aron a juste le temps d'achever ses Mémoires, publiés en septembre 1983, un mois avant sa mort. Il manque de quelques années la chute du mur de Berlin. "C'est mon regret, confie Dominique Schnapper. Il méritait de la voir, lui qui croyait à la liberté humaine."Marion Van Renterghem• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 13.03.05
publié dans : portraits
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